Transformer la contrainte : en avantage concurrentiel 

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Thomas WATRIN

Alors que la transition énergétique s’impose comme un défi stratégique majeur, l’industrie française se retrouve à un tournant : comment conjuguer performance, compétitivité et décarbonation ? Thomas Watrin, Directeur général de la Business Unit Énergie Performance chez Veolia, partage sa vision d’un modèle industriel renouvelé, dans lequel l’énergie devient un levier de souveraineté et d’innovation. Entretien.

L’industrie française traverse une période de mutation. Quel est, selon vous, le principal enjeu aujourd’hui ?

Avec une vision d’industriel, je suis convaincu que notre avenir collectif dépend de notre capacité à repenser le lien entre production et énergie. L’industrie française vit un tournant stratégique : historiquement centrée sur l’innovation et la productivité, elle est aujourd’hui rattrapée par une exigence encore plus large : conjuguer performance, sobriété et souveraineté énergétique. La crise de l’énergie de 2021-2023 a révélé à quel point l’accès à une énergie fiable, compétitive et décarbonée était devenu un critère d’implantation industrielle aussi décisif que le coût du travail ou la fiscalité.

Comment cette exigence énergétique se traduit-elle dans les différents secteurs industriels ?

Dans l’industrie pharmaceutique, par exemple, il s’agit de garantir la sécurité des procédés, notamment la qualité de l’eau, tout en maîtrisant la consommation énergétique de sites à haute exigence sanitaire. Dans l’aéronautique, l’énergie façonne déjà le futur : éco-conception, propulsion bas carbone, choix d’implantation. Du côté de l’industrie lourde, qu’il s’agisse de métallurgie ou de chimie, la transformation passe par l’hydrogène, la chaleur renouvelable ou la flexibilité électrique. En réalité, l’ensemble des secteurs convergent vers un seul et même impératif : accélérer la transition énergétique sans compromettre productivité ni compétitivité.

Pensez-vous que l’industrie française soit prête à relever ce défi ?

Oui, l’industrie française est prête. Elle attend simplement un cadre clair, stable et incitatif, capable de transformer l’énergie en levier de souveraineté industrielle.

Quel rôle joue Veolia dans cette mutation ?

Grâce à notre expertise en efficacité énergétique, nous accompagnons l’industrie française dans sa mutation en tant que partenaire de long terme. Pour rappel, plus de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent aujourd’hui encore de ce secteur. C’est ici que se joue l’avenir industriel français, c’est ici que nous avons choisi d’agir. Forts de 30 ans d’expertise opérationnelle, nous sommes en mesure de proposer des solutions concrètes, efficaces et adaptées aux réalités de chaque industriel. 


“ Ma conviction est simple : l’efficacité énergétique n’est plus une option, mais le socle d’une stratégie industrielle d’avenir, où performance économique et responsabilité environnementale s’entremêlent.”

Ma conviction est simple : l’efficacité énergétique n’est plus une option, mais le socle d’une stratégie industrielle d’avenir, où performance économique et responsabilité environnementale s’entremêlent. Les 4 milliards d’euros que Veolia consacre dans le monde à l’énergie décarbonée traduisent cette ambition : investir massivement dans les technologies les plus avancées pour aider les industriels à franchir un cap décisif vers la neutralité carbone.

Comment répondez-vous concrètement aux besoins spécifiques de chaque secteur ?

Nous déployons des solutions sur mesure, adaptées à chaque secteur et couvrant toute la chaîne énergétique : de l’audit des procédés à la maintenance, jusqu’à l’optimisation continue. Forts d’une connaissance fine des installations industrielles, nous proposons des leviers concrets : pompes à chaleur, réseaux de chaleur et de froid, cogénération biomasse, récupération de chaleur fatale, pour remplacer les énergies fossiles par des sources plus durables. 

Aucune transformation écologique ne se fait seule : en mobilisant l’expertise complète de Veolia dans l’eau, les déchets et l’énergie, nous créons des synergies territoriales et des boucles vertueuses au service d’un écosystème industriel durable. Résultat : nos clients réduisent significativement leurs coûts énergétiques et leur empreinte carbone, inscrivant leur activité dans un cercle vertueux.

Le financement est souvent un frein. Comment accompagnez-vous vos clients sur ce point ?

C’est vrai que le défi de la décarbonation se heurte également à la réalité économique. Quand le financement devient un frein à la transition, nous sommes en capacité d’apporter des solutions adaptées, en partenariat avec des acteurs financiers. À cela s’ajoute l’appui de notre cellule d’expertise qui identifie et active l’ensemble des dispositifs d’aides disponibles, tels que les CEE1, afin qu’aucune opportunité ne soit laissée de côté.

Et au-delà des aides, quelle est votre approche pour garantir la rentabilité des projets ?

TW: Notre conviction est claire : la performance énergétique doit être un moteur. C’est tout le sens de nos Contrats de Performance Énergétique (CPE). En nous appuyant sur le protocole IPMVP2, nous garantissons contractuellement les économies d’énergie : les industriels voient immédiatement les résultats, sécurisent leurs investissements et s’affranchissent de la dépendance aux mécanismes publics. Notre modèle est l’autofinancement par la performance. Les économies d’énergie générées financent directement les investissements nécessaires de demain. Une approche qui transforme la contrainte énergétique en levier de compétitivité durable.

Comment garantissez-vous l’efficacité et les résultats dans la durée ?

La performance se mesure et se garantit. C’est pourquoi nous avons développé un système rigoureux de pilotage et d’optimisation. Nos plateformes de monitoring en temps réel intègrent des capteurs IoT et l’intelligence artificielle (IA) ce qui nous permet  d’offrir aux industriels une maîtrise inédite de leurs consommations : détection immédiate des dérives, anticipation des maintenances et ajustement continu des paramètres pour maximiser l’efficacité énergétique. Grâce à notre certification CMVP3, chaque contrat s’accompagne d’une garantie de résultats, avec des engagements fermes en matière d’économie d’énergie et de réduction de CO2. Parce que décarboner, ça commence par mieux consommer.

Cette rigueur dans la mesure a-t-elle aussi un impact réglementaire ?

Oui, clairement. La rigueur dans la mesure est un véritable enjeu stratégique pour nos clients, car elle est la condition indispensable à toute amélioration. C’est particulièrement vrai aujourd’hui : dans un environnement où le reporting extra-financier est devenu incontournable, nous leur apportons la traçabilité et la crédibilité nécessaires pour affirmer leurs ambitions et tenir leurs engagements en matière de décarbonation.

Quel regard portez-vous sur l’avenir de l’industrie française dans ce contexte de transition ?

L’industrie française a des atouts uniques : une excellence technique, un savoir-faire solide et un écosystème d’innovation dynamique. En parallèle, les évolutions réglementaires européennes dessinent un cadre écologique favorable qu’il est nécessaire de saisir pour faire de la France un leader de l’industrie décarbonée.


“ L’enjeu n’est plus seulement d’optimiser une usine, mais de repenser l’organisation territoriale de l’industrie pour maximiser les synergies énergétiques et bâtir un modèle systémique.”

Ma vision est donc ambitieuse : une industrie française qui exporte non seulement ses produits, mais aussi son excellence énergétique. Une industrie où chaque site devient un modèle de performance durable, créateur de valeur économique et environnementale pour les territoires. L’enjeu n’est plus seulement d’optimiser une usine, mais de repenser l’organisation territoriale de l’industrie pour maximiser les synergies énergétiques et bâtir un modèle systémique. C’est là que se joue l’avenir de l’industrie française : une industrie sobre, compétitive et souveraine qui fait de la transition énergétique son avantage concurrentiel.

Un mot de conclusion ?

Oui, un seul ! La transformation écologique est déjà en marche. À nous de l’accélérer.  


  1. CEE – Certificat d’Économie d’Energie  ↩︎
  2. IPMVP – International Performance Measurement and Verification Protocol ↩︎
  3. CMVP : Certified Measurement and Verification Professional =  permet d’appliquer le protocole IPMVP ↩︎

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