TGE : l’ingénierie au service d’une industrie sobre et performante

Depuis trente ans, TGE conçoit et optimise des installations de concentration et de séchage pour l’industrie. Son dirigeant, Ismaïl Mih, revient sur la place de l’entreprise dans l’écosystème industriel, son engagement pour la transition énergétique et ses perspectives de développement.
Pour commencer, pouvez-vous nous présenter TGE, son cœur de métier et sa place dans l’écosystème industriel français ?
TGE est une société d’ingénierie industrielle fondée en 1994, spécialisée dans la conception et la réalisation d’installations de concentration et de séchage. Nous fournissons à nos clients des solutions clés en main, allant des évaporateurs aux tours de séchage par atomisation. Nous intervenons dans plusieurs secteurs, principalement l’agroalimentaire, mais aussi la chimie et la pharmacie.
Quels sont les secteurs et les produits sur lesquels vous intervenez le plus souvent ?
Nous travaillons beaucoup pour l’industrie agroalimentaire, sur leurs produits principaux comme le lait et ses dérivés, les protéines végétales, les arômes, les extraits végétaux ou les levures. Mais nous intervenons aussi sur la valorisation de sous-produits végétaux et animaux ; directement issus de la transformation des produits principaux — drêches, plumes, peaux ou sang. Ces transformations permettent de produire des biostimulants pour l’agriculture, des ingrédients pour la cosmétique ou encore des aliments pour animaux. Nous comptons parmi nos clients de grands groupes comme Lactalis, Sodiaal ou Lesaffre, qui font appel à nous de manière récurrente.
Votre métier combine-t-il uniquement la conception de nouveaux équipements ou aussi l’optimisation d’installations existantes ?
Les deux. Nous concevons des installations neuves, mais une grande partie de notre activité repose sur le « revamping », c’est-à-dire la modernisation et l’optimisation d’équipements existants. Dans ces cas-là, notre valeur ajoutée est forte : nous améliorons la performance énergétique et augmentons la capacité de production sans remettre en cause les procédés. Nous proposons aussi des unités pilotes qui permettent à nos clients de tester et valider de nouveaux procédés avant de les généraliser.
Comment se traduit concrètement votre rôle auprès de vos clients ?
Nous intervenons à plusieurs niveaux : en amont, par la conception et le dimensionnement des installations ; en partenaire, en accompagnant nos clients dans l’évolution de leurs outils de production ; et en fournisseur de valeur ajoutée, en intégrant flexibilité, expertise spécialisée et accompagnement dans la digitalisation et la transition énergétique. Notre objectif est de construire une relation durable, qui repose sur la performance technique autant que sur la confiance.
La transition énergétique est au centre des préoccupations. Quelle place occupe-t-elle dans votre stratégie ?
Elle est au cœur de notre démarche. Les procédés de concentration et de séchage sont très consommateurs d’énergie, environ 20 % de la consommation totale industrielle. Proposer une installation performante mais énergivore n’est plus envisageable. Nous concevons chacun de nos projets dans une logique de sobriété énergétique et de décarbonation. Cela signifie réduire les consommations grâce à de meilleurs rendements, substituer les énergies carbonées par des sources décarbonées, et intégrer des outils digitaux de pilotage. C’est à la fois une exigence client, un cadre réglementaire et une opportunité d’innovation.
Quelles solutions concrètes mettez-vous en œuvre pour accompagner vos clients dans cette transition ?
Nous agissons sur plusieurs leviers : d’abord réduire les pertes énergétiques, liées par exemple à des défauts d’isolation ou à l’encrassement ; ensuite optimiser les procédés, car gagner 1 % de concentration sur un évaporateur, c’est 4 % de consommation énergétique en moins. Nous valorisons aussi la récupération d’énergie, notamment la chaleur fatale, et nous favorisons l’électrification des procédés thermiques avec des solutions comme la recompression mécanique de vapeur ou les pompes à chaleur.
Quels types de flux ou d’équipements énergétiques traitez-vous en priorité dans les usines agroalimentaires ? Et pourquoi ces choix ?
Nous ciblons d’abord les utilités qui pèsent le plus dans les bilans : vapeur, gaz naturel, eau glacée, air comprimé. Historiquement, nous proposons des procédés alternatifs pour réduire, voire supprimer la vapeur au profit de l’électricité — via la recompression mécanique de vapeur ou encore des boucles de récupération d’énergie. Plus récemment, les pompes à chaleur sont devenues des options de plus en plus fiables pour contribuer à la décarbonation des installations industrielles de concentration et de séchage. En France, l’électricité est très largement décarbonée ou bas carbone (plus de 85 %), et son coût global est souvent plus favorable que celui d’une vapeur produite de manière classique. Avant même que le sujet ne s’appelle « décarbonation », c’était d’abord un choix d’efficacité économique ; c’est aujourd’hui un levier direct de réduction d’empreinte carbone et d’amélioration ESG, soutenu par l’évolution réglementaire.
Comment conciliez-vous contraintes de production et exigences de décarbonation ?
Aujourd’hui, les deux ne s’opposent plus : la décarbonation est un critère de performance industrielle au même titre que l’hygiène ou la sécurité. Pour nos clients, la priorité reste de produire en respectant des normes strictes. Nous proposons donc des évolutions facilement implémentables, qui limitent les interruptions de production. Nous intervenons aussi sur la conduite des installations : comme pour une voiture, le mode de conduite d’une installation industrielle impacte directement sa consommation énergétique. Former et accompagner les équipes fait partie de notre valeur ajoutée.
Comment évaluez-vous l’impact concret de vos interventions ?
La mesure et le contrôle font partie des fondamentaux de l’ingénierie. Les consommations d’énergie sont mesurées, tout comme la réduction des émissions de CO₂. Nous suivons des indicateurs comme les kWh par tonne de produit ou par tonne d’eau évaporée. Cela permet d’apporter une preuve chiffrée et transparente des gains réalisés, qu’il s’agisse d’une réduction des coûts, de l’empreinte carbone ou des deux à la fois.
En tant que PME française indépendante, quels sont selon vous les leviers et les freins à la transition énergétique ?
Nous sommes effectivement un des rares opérateurs français sur ce marché. Les enjeux de décarbonation, de réindustrialisation et de souveraineté énergétique nous engagent pleinement car ils dépassent la seule logique commerciale. Nos atouts sont notre savoir-faire reconnu, notre réactivité et la proximité avec nos clients. Le cadre réglementaire constitue évidemment un levier dans le sens où il oriente les investissements vers la transition énergétique. En revanche, les investissements nécessaires sont parfois conséquents et l’équation économique n’est pas toujours simple à résoudre entre coût d’investissement et prix de revient. Il existe de nombreuses aides publiques facilitant l’accès de nos clients à ces projets.
“ Notre mission est claire : permettre à nos clients de fonctionner, d’évoluer et de rester compétitifs dans un contexte industriel exigeant.”
Certaines solutions sont-elles prêtes à être déployées à grande échelle ?
Oui. C’est le cas de notre logiciel propriétaire TGE Dynamics, qui intègre notre expertise process directement au cœur des installations. Il optimise en temps réel la production en tenant compte de la capacité, de la consommation énergétique et de la qualité du produit. Cette solution est déjà utilisée, et en cours de développement chez plusieurs industriels et s’impose comme un outil clé pour généraliser la décarbonation.
Comment voyez-vous évoluer le rôle de TGE dans les prochaines années ?
Notre ambition est de continuer à accompagner nos clients dans leur mutation énergétique et technologique, en France comme à l’international. Nous avons renforcé notre présence aux États-Unis, et nous explorons de nouveaux domaines comme les protéines végétales, la fermentation de précision ou la lyophilisation. L’innovation restera au cœur de notre stratégie. Notre objectif est clair : transformer les défis énergétiques en opportunités concrètes pour nos clients.




