Paris, crise du logement

Terres rares

Dossier : Le mot du président | Magazine N°811 Janvier 2026
Par Loïc ROCARD (X91)

La France est un pays peu dense par rapport à certains de ses voisins, ce qui ne l’empêche pas de débattre de façon continue sur les questions immobilière, foncière, de logement, d’hébergement. Comme le lecteur du dossier du mois l’aura touché du doigt, dans la période actuelle la thématique suscite des approches non dénuées d’émotion. Elle est au demeurant complexe, mêlant avec intensité des considérations fiscales, sociales et environne­mentales, et se situe en général en haut de l’agenda du politique ou, quand ce n’est pas le cas – on en fait volontiers le reproche à la mandature actuelle –, au premier rang des attentes placées en lui. 

Le logement, finalité première du secteur immobilier, a cette caractéristique de fédérer face aux pouvoirs publics un ensemble d’acteurs aux sensibilités et motivations plurielles, allant des sociétés foncières et des promoteurs immobiliers aux associations de locataires et de défense des mal-logés, en passant par tous les acteurs de la construction, les organismes du logement social sous ses différentes formes. Avec à la clé toujours l’idée qu’il faudrait construire plus et loger pour moins cher, et pour y parvenir des dispositifs d’accompagnement variés, de compétence nationale ou locale.

En juin 2016, une enquête du journal Les Echos relevait entre autres chiffres que « neuf Français sur dix se déclar[ai]ent satisfaits de leur habitation ». Mais au même moment, en fait de façon chronique et c’est encore vrai aujourd’hui, une proportion peu inférieure considérait qu’il y avait une crise du logement en France. Dans notre pays où près de 60 % des occupants sont propriétaires et où les conditions de confort se sont infiniment améliorées en un demi-siècle, les deux opinions ne sont contradictoires qu’en apparence.

Ceux qui se font entendre sont plus intéressés par la valeur de la dérivée que par la valeur du point sur la courbe : les acteurs de l’immobilier sont concernés par son dynamisme économique (l’opérateur doit pouvoir faire ce pour quoi il est là, acheter, vendre, construire, aménager, installer) alors que l’utilisateur final, qui déménagera en moyenne quatre fois dans sa vie, est surtout concerné par l’existant, le stock accumulé de décennies passées, qui donc n’évolue que très lentement au fil du temps. La « crise » de l’immobilier n’affecte en toute hypothèse qu’une faible proportion des habitants. Autre exemple, le développement du télétravail facilite les conditions d’accession pour les entreprises à des surfaces de bureau, mais pour les agents économiques de l’immobilier professionnel c’est un péril. Enfin il y a de nettes disparités entre régions, les zones tendues faisant plus parler que les autres.


“Le logement a cette caractéristique de fédérer en face des pouvoirs publics un ensemble d’acteurs aux sensibilités et motivations plurielles.”

Le fait qu’il y ait dans l’Hexagone environ deux fois plus de surface habitable par occupant qu’en Grande-Bretagne n’est pas surprenant compte tenu des géographies respectives. Autrement dit au premier ordre nous serions deux fois mieux logés. Si crise du logement il y a, toutes choses égales par ailleurs elle est plus aiguë là-bas qu’ici. Mais l’affaire étant moins régulée par la puissance publique outre-Manche, elle est moins sensible aux demandes socioéconomiques, et on en parle moins.

Or aujourd’hui le secteur traverse en France une période difficile. Plusieurs facteurs rappelés dans le dossier se conjuguent pour faire que la production de surfaces nouvelles soit faible depuis plusieurs années. On peut sans risque de se tromper faire l’hypothèse que cette rareté, accélérée par les exigences normatives de l’époque, finira par avoir des conséquences néfastes pour un nombre croissant d’occupants, et donc aussi formuler le vœu qu’il s’ensuivra en réponse quelques mesures de simplification bienvenues, toujours difficiles à faire advenir pour ceux qui s’y emploient.

Ce vœu parmi les autres que je vous présente au nom de l’ensemble de l’AX pour cette nouvelle année. 

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