L’équipe de Terrensis/TBH2 Aquitaine dont Henri PUNTOUS, co-founder & CTO, Jean-Marc FLEURY, co-founder, SVP Explo & CSO et Laure DISSEZ, Projects Manager & Public Affairs.

Terrensis : « Faire émerger une nouvelle énergie primaire »

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Vincent BORDMANN

Terrensis est une entreprise d’exploration-production d’hydrogène naturel, qui détient depuis décembre 2023 le premier Permis Exclusif de Recherches octroyé par la France pour l’hydrogène naturel. Ce permis dénommé « Sauve Terre H² » et opéré par sa filiale TBH2 Aquitaine couvre un périmètre de 225 km² dans les Pyrénées-Atlantiques.

Terrensis a été fondée en 2022, par des ingénieurs et géologues pionniers et passionnés par cette ressource. Elle est domiciliée à Strasbourg et a ouvert des établissements secondaires à Paris et à Pau. Elle ambitionne de découvrir des gisements significatifs d’hydrogène naturel et d’en produire annuellement 100 à 300 kilotonnes à partir de la prochaine décennie. 

Pour atteindre cet objectif, une nouvelle demande de permis est en cours d’instruction en France (« Coucourou, 522 km²) et plusieurs demandes (>2000 km²) ont été déposées et sont à l’étude dans d’autres pays européens. Ces projets sont tous situés à proximité immédiate des marchés, ils permettront de décarboner les bassins industriels et plus généralement ils contribueront à la souveraineté des États et à la transition énergétique.  

Quels sont les défis de l’hydrogène naturel ?

Vincent Bordmann : Cette molécule présente dans le sous-sol est connue depuis de nombreuses années par les scientifiques, notamment les géo-microbiologistes, qui étudient l’origine de la vie. L’hydrogène est en effet une source d’énergie pour tous les microorganismes vivant dans la lithosphère. Mais curieusement, cet hydrogène n’avait jamais été étudié comme une source d’énergie pouvant être exploitée par les humains.

Jusqu’à ce qu’une découverte fortuite ait eu lieu en 1987 au Mali, puis tombée dans l’oubli jusqu’en 2018, année où plus de 20 puits ont été forés à proximité, confirmant la présence d’une accumulation et d’un flux gazeux composé à 98 % d’hydrogène, dans tous ces puits. Cette année-là, l’hydrogène naturel est devenu une réalité. Il a ensuite suscité de nombreux espoirs, des dizaines de sociétés se sont créées depuis 2020 sur tous les continents, dont Terrensis, la 1re en France.

Toutes cherchent à découvrir les clefs pour produire cet hydrogène naturel à domicile, un défi majeur. Il faut revisiter la géologie du sous-sol et redéfinir les concepts d’exploration : non seulement identifier un système générateur, imaginer des chemins de migration, débusquer les pièges (roches poreuses et perméables) où cette molécule peut s’accumuler en grandes quantités et enfin définir une cible à forer pour confirmer le tout. Une succession de défis techniques, scientifiques, juridiques, sociétaux, mais pas insurmontables. Un risque qui en vaut la chandelle : le terrain de jeu est immense, sous-exploré, et en cas de succès, l’hydrogène naturel pourra être valorisé sur le long terme, créant de la richesse et des emplois pour les territoires.

Comment se forme l’hydrogène naturel et en quoi Terrensis se distingue par rapport à ses concurrents ?

Jean-Marc Fleury : La génération d’hydrogène se fait naturellement dans le sous-sol, essentiellement par des réactions entre l’eau de pluie qui s’infiltre en profondeur et les roches qu’elle rencontre. Au contact de ces roches aux propriétés particulières (qu’on appelle le système générateur ou la « cuisine »), et lorsque les conditions de pression et de température sont réunies, la molécule d’eau est dissociée. Une lyse de l’eau qui se fait naturellement en profondeur. Sans apport d’énergie. Sans électrolyseur.

Laure Dissez : À la différence de certains de nos concurrents qui cherchent à stimuler ces réactions chimiques directement dans la « cuisine » (car la réaction eau/roches est très lente), notre approche est différente : nous cherchons des « pièges » situés au-dessus du système générateur, des gisements vers lesquels l’hydrogène a convergé naturellement au cours du temps, en grande quantité et sans intervention humaine, ce qui en fait un avantage majeur. 

Henri Puntous : Les fondateurs de Terrensis étudient depuis plus de 10 ans cette ressource. Notre savoir-faire a été acquis par notre compréhension des « systèmes hydrogène naturel » (génération, migration, accumulation) dans des contextes géologiques très différents ; l’équipe est pluridisciplinaire avec des compétences complémentaires. Terrensis a la capacité de déposer des demandes de permis aux bons endroits et au bon moment.

L’hydrogène naturel n’est pas une énergie fossile.

VB : L’hydrogène naturel est généré en continu, lentement mais sûrement, tous les jours et depuis des millions d’années. Après s’être formé en profondeur dans la « cuisine », il remonte vers la surface du fait de sa moindre densité et lorsqu’il trouve des conditions où il peut s’accumuler, même transitoirement, il offre alors aux explorateurs de Terrensis la possibilité de confirmer, par un forage d’exploration, que l’hydrogène est bien présent, piégé dans une roche poreuse et dans des volumes conséquents. Telle est la vision de Terrensis, découvrir et produire une nouvelle énergie primaire, non fossile et propre, pour décarboner l’industrie. Un « système générateur d’hydrogène naturel » bien différent d’un « système générateur d’hydrocarbures ».

Comment se fait-il qu’il n’ait pas été découvert plus tôt ?

JMF : Les chercheurs d’hydrocarbures étudient les bassins sédimentaires alors que les chercheurs d’hydrogène étudient avant tout les roches riches en minéraux ferreux, deux contextes géologiques complètement différents. Deux stratégies d’exploration différentes. De l’hydrogène a été découvert par hasard au 20e siècle, en Afrique, en Australie et aux États-Unis, mais les puits ont été abandonnés, car découvrir des gaz autres que le méthane n’avait aucune valeur à l’époque. 

LD : La situation est différente aujourd’hui : le monde doit impérativement décarboner toutes ses activités industrielles (acier, béton, engrais, raffinage, chimie…) et pour cela l’hydrogène est incontournable, mais il doit impérativement être décarboné. Or depuis plus d’un siècle, l’hydrogène est fabriqué à 99 % à partir de méthane ou de charbon, libérant à l’atmosphère entre 10 et 20 kg de CO2 pour chaque kg d’hydrogène fabriqué. C’est le bon moment pour l’hydrogène naturel. Il faut mettre les moyens pour qu’il devienne une réalité.

Pourquoi les entreprises pétrolières et gazières ne sont pas (encore) présentes ?

HP : Elles font de la veille, certaines évaluent les opportunités, d’autres accompagnent déjà des jeunes pousses. Le secteur minier est également à l’affût. Ces groupes ont des bases de données et les outils pour imager et modéliser les gisements en 3 dimensions. Avant de fonder Terrensis, nous avons développé nos compétences au sein de majors, où nous avons mis en pratique les techniques et les incertitudes de l’exploration. Nous avons donc toutes les cartes en main pour que nos travaux d’exploration sur l’hydrogène naturel se transforment en projet industriel. Avec beaucoup de jus de cerveaux et une pincée d’IA.

Comment voyez-vous le futur ?

VB : Des investisseurs privés nous ont fait confiance, en 2023 et en 2024 car nous apportons une solution radicalement différente à ce secteur de l’hydrogène, actuellement dans une situation compliquée. Avec Terrensis, nous consacrons tous nos moyens pour faire émerger cette nouvelle énergie primaire en Europe. Nous ne sommes pas qu’une société d’exploration. Nous voulons ensuite développer cette ressource et la produire pendant plusieurs décennies. Nos futurs investisseurs découvrent une 3e voie, complémentaire et très compétitive : un hydrogène propre, abordable et surtout très rentable. Pour atteindre son objectif, Terrensis s’est aussi entourée des meilleurs scientifiques et chercheurs mondiaux. Depuis mars 2025, elle a ouvert un nouveau camp de base à l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP). Encore une première, qui en appelle d’autres.   

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