Technofounders : bâtir des champions industriels à partir de la recherche deeptech

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Olivier LE BLAINVAUX (X06)

Fondé en 2015 par trois anciens de l’École polytechnique, dont deux frères jumeaux, Technofounders s’est imposé comme un acteur singulier de l’écosystème deeptech. À la croisée du studio de création et de la gestion d’investissement, la structure transforme des innovations issues de la recherche en entreprises industrielles. Dix ans après sa création, elle revendique une quinzaine de start-up lancées et près de 90 millions d’euros levés, avec une ambition intacte : faire émerger en France des technologies à fort impact, capables de répondre aux grands enjeux sociétaux et de souveraineté.

Pouvez-vous vous présenter et évoquer la création de votre entreprise ? 

Je suis un X06, associé fondateur de Technofounders, que j’ai créé avec Pierre, mon frère jumeau, et Yves Matton, tous deux camarades de promotion. En dix ans, le studio a donné naissance à quinze sociétés, levé près de 90 millions d’euros et fait émerger des succès tels que Cerbair, Neofarm ou Ion-X. L’idée a germé dès nos années de formation, au contact des laboratoires de l’X et d’une première sensibilisation au transfert technologique. Après McKinsey et Rocket Internet, ma conviction était forgée : la deeptech française recèle un potentiel considérable, encore trop peu valorisé. C’est de cette ambition qu’est né Technofounders en 2015, pour transformer la recherche d’excellence en entreprises à impact. 

Comment définiriez-vous votre rôle dans l’écosystème du private equity ? 

Notre positionnement est unique : nous créons des entreprises à vocation industrielle, afin de les rendre attractives pour les acteurs du private equity intervenant à des stades plus avancés. L’early stage deeptech reste encore peu exploré et difficile d’accès pour les acteurs traditionnels de l’investissement. De studio, Technofounders est devenue société de gestion et nous commercialisons un second fonds nous permettant d’identifier les technologies qui donneront naissance à notre prochaine cohorte de start-up. L’investissement deeptech demande un réseau et une expertise scientifique conséquents, et c’est cela que nous apportons à nos investisseurs et business angels. Notre modèle de studio exige une maîtrise fine du design produit. Succès ou échecs, ce sont les apprentissages, répliqués de projet en projet, qui font la force du modèle et permettent de faire émerger davantage d’opportunités pour l’ensemble de l’écosystème. 

Qu’est-ce qui guide vos décisions lorsque l’incertitude est maximale ? 

Ce qui nous guide, ce sont les grands enjeux de notre époque : mieux produire, mieux soigner, renforcer notre souveraineté industrielle. Notre rôle n’est pas d’éliminer le risque – ce serait illusoire – mais de le réduire significativement dès le premier jour, en construisant une roadmap technique, économique et stratégique, ambitieuse mais compatible avec un financement limité. Nos décisions reposent sur des analyses poussées et sur la conviction que chaque plan de développement est réellement faisable. Nous sommes par nature peu sensibles aux effets de mode, qui n’émergent que bien après l’initiation des projets véritablement avant-gardistes. 

En quoi les cycles longs de la deeptech modifient-ils la manière de penser la création de valeur ? 

Les cycles technologiques et réglementaires imposent des trajectoires de création de valeur progressives, rarement compatibles avec les engagements des fonds traditionnels – d’où un manque réel de capitaux à ce stade. Nous ne mesurons pas la valeur à l’aune des levées de fonds ou des valorisations, mais à celle de la rentabilité rapportée aux capitaux investis. Nous commençons à vraiment créer de la valeur quand nos sociétés ont prouvé un modèle commercial qui passe à l’échelle. Notre levier réside dans une frugalité assumée dès les premières années – une discipline qui, dans notre univers, est autant une force qu’une nécessité. 

Comment s’organise la transmission du pilotage opérationnel et quels en sont les enjeux ?

Nos équipes internes portent chaque projet jusqu’à la phase de pre-seed ; l’équipe dirigeante n’est constituée qu’une fois le projet suffisamment mature. L’enjeu stratégique est d’attirer les meilleurs profils, pour lesquels rejoindre un projet « papier » est souvent impossible. L’enjeu humain est tout aussi déterminant : permettre à cette équipe de s’approprier pleinement l’aventure, avec une vision forte et incarnée. Le fait que le studio soit lui-même fondateur offre une sécurité précieuse : un désalignement éventuel en phase de seed n’implique pas la fin du projet ni une perte définitive pour les investisseurs. 

Quelle place conserve Technofounders après ce relais ? 

Nous restons des partenaires actifs, en tant que membre de board doté d’une connaissance approfondie de chaque société. Nous accompagnons les équipes sur les sujets techniques, opérationnels et stratégiques, avec un support ciblé – juridique, financier ou RH – lorsque cela permet à la direction de gagner en agilité. Mais au-delà des mécanismes formels, ce qui nous tient le plus à cœur reste la relation humaine : transparence, honnêteté, proximité. C’est souvent là que réside la valeur la plus déterminante de notre accompagnement. 

Percevez-vous un changement de culture au sein du private equity ? 

Le constat de fond reste similaire : peu d’équipes sont à l’aise avec la prise de risque initiale en deeptech, car cela requiert une expertise entrepreneuriale et technologique rare. Ce qui a changé, c’est l’intérêt croissant pour les enjeux de souveraineté industrielle. Parallèlement, les investisseurs institutionnels et privés souhaitent désintermédier leur accès à l’investissement, et se concentrent aujourd’hui sur des technologies à forte valeur ajoutée, après le choc de réalité ayant marqué les valorisations et la course à la croissance au cours des dernières années

La notion d’impact prend une définition plus large, intégrant les enjeux stratégiques et la quête de conscience des investisseurs quant à l’utilité sociétale de leurs participations. Mais cette évolution ne doit pas masquer une réalité fondamentale : les investisseurs recherchent avant tout la performance. Les promesses de souveraineté ne valent que si elles reposent sur un plan industriel crédible. 

Comment trouvez-vous l’équilibre entre implication et prise de distance ? 

Dix ans d’expérience nous ont conduits à une conviction claire : il faut rapidement confier les opérations à l’équipe dirigeante constituée, et réfléchir avec elle plutôt qu’à sa place. Les Venture Partners passent rapidement la main ; les Associés restent eux fortement impliqués. À vrai dire, la « prise de distance » n’est pas la bonne lecture de notre modèle : tant que nous sommes investis, nous restons des partenaires engagés. Ce qui évolue, c’est la nature de cet engagement : d’une implication opérationnelle intense vers un soutien stratégique et humain. 

Quels signaux vous semblent les plus pertinents pour apprécier la maturité d’un projet deeptech ? 

Valoriser un projet deeptech avant la maturité commerciale est un exercice délicat. Notre approche est de l’ancrer sur des éléments tangibles : performance technique, premières commandes, capitaux nécessaires à la rentabilité, adéquation de l’équipe avec la phase en cours.  Ces signaux sont présents dès la sortie du laboratoire – encore faut-il savoir les lire avec objectivité, sans se laisser séduire par la promesse technologique au détriment de la réalité opérationnelle. 

Quels sont les principaux points de friction à lever en France et en Europe ? 

Nous disposons d’atouts majeurs, que nous fragilisons souvent par excès de complexité. Le cadre du transfert technologique français est un mille-feuille dont tous les acteurs partagent l’objectif, mais qui manque d’uniformité pour être lisible par les investisseurs. Sur le plan industriel, la volonté d’accompagner l’industrialisation est sincère, mais l’Europe peine à transformer des objectifs de long terme en commandes rapides et à grande échelle. L’émergence d’un acteur européen combinant autonomie, cycles courts et culture du risque – à l’image de la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency)américaine ou de la (Directorate of Defense, Research and Development) israélienne – serait une avancée décisive. 

Comment souhaitez-vous positionner Technofounders à long terme ? 

Les perspectives sont enthousiasmantes : nous accélérons notre rythme de création et levons actuellement un fonds FPCI, notre second véhicule, fort des succès de cette première décennie, accessible à partir de 100 000 €. Notre objectif reste de délivrer une performance attractive tout en offrant à nos investisseurs des opportunités uniques et porteuses de sens. Et pour les anciens qui souhaiteraient contribuer à nos côtés à de belles aventures industrielles, la porte est ouverte. Notre positionnement d’acteur hybride du venture capital n’est pas un compromis – c’est une conviction profonde. La performance en early-stage deeptech repose sur une culture industrielle solide – les deux sont indissociables.  

www.technofounders.com


Technofounders :

Nous sommes actifs sur 3 grandes thématiques : 

  • Production durable : Développer des méthodes de production plus propres et plus économes en énergie. Réduire les polluants dans les sols, les océans et l’atmosphère.
  • Santé : Améliorer l’accès à des soins plus efficaces et abordables
  • Souveraineté : Réduire la dépendance aux technologies étrangères. Fournir des solutions de sécurité souveraines.

Quelques exemples de sociétés créées par le studio :

  • Cerbair : fournit des solutions anti-drones pour les secteurs public et privé.
  • Ion-X : fournit des systèmes de propulsion puissants, efficaces et modulables pour les petits satellites.
  • Stimuli Technology : propose une solution centrée sur le patient pour le traitement du syndrome de la vessie hyperactive.
  • Les Fermes Debout (ex Neofarm) : développe des fermes agroécologiques hautement automatisées, permettant la production de légumes biologiques à prix compétitifs et à grande échelle.

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