Springsteen : Deliver me from Nowhere / L’Étranger / La Femmela plus riche du monde / Les Braises / L’Inconnu de la Grande Arche

Dix films vus, cinq retenus. Dans les recalés, Nino (Pauline Loquès) est joli… mais il faut choisir. Desplechin (Deux pianos) a raté son coup malgré un beau casting. Même grosse déception avec Cédric Jimenez (Chien 51). Deux procureurs (S. Loznitsa) est un travail soigné mais n’apporte rien et La petite dernière (Hafsia Herzi) n’est qu’une ode à la libido saphique grognon.
Springsteen : Deliver me from Nowhere
Réalisateur : Scott Cooper – 1 h 54
Beau film, inattendu et touchant. Acteurs excellents. On est tout du long dans l’émotion, le poids et les résonances de l’enfance. Le mal-être qui débouche sur l’art n’est pas une originalité, mais le traitement du poncif est ancré dans une réalité traitée avec finesse, équilibre, pertinence et tact. Springsteen en sort plus fragile, plus proche, plus complexe, plus attachant que ce Boss dont j’aimais peu Born in the USA. La gestation et l’accouchement de l’album Nebraska ont quelque chose de bouleversant. Une lumineuse et émouvante découverte.
L’Étranger
Réalisateur : François Ozon – 2 heures
J’ai vu Benjamin Voisin quatre fois à l’écran. Fort mauvais en Rubempré dans Les Illusions perdues, amusant dans L’esprit Coubertin, simple potacherie, puis très bon dirigé par les sœurs Coulin dans Jouer avec le feu, il confirme dans L’Étranger. C’est un Meursault crédible, passé un premier quart d’heure d’adaptation. Le film est intelligent, très bien monté, avec des choix originaux par rapport au roman. Moins fort, inévitablement, dans la saisie du personnage, de son énigme, mais efficace, avec le beau soutien de Rebecca Marder, la solide incarnation de Pierre Lottin, les scènes avec le vieux Salamano (Denis Lavant), l’odieuse onctuosité du prêtre (Swann Arlaud). Je n’ai reconnu ni Mireille Perrier (la mère), ni Christophe Malavoy (le juge). Un beau film qui ne peut restituer le choc qu’est la lecture du roman, mais qui en offre une attachante transcription.
La Femme la plus riche du monde
Réalisateur : Thierry Klifa – 2 h 03
Intelligent et parfaitement joué. Les acteurs sont maîtres absolus de leur art. Tous. Le numéro de Laurent Lafitte est assez bluffant et prend beaucoup (à juste titre) la lumière mais personne n’est en retrait, ni Isabelle Huppert, ni Marina Foïs, ni André Marcon (émouvant), ni Raphaël Personnaz (talent indiscutable et sous-employé du cinéma français). On connaît l’histoire. Je ne suis pas entièrement entré dans la fascination de Liliane Bettencourt – Marianne Farrère pour François-Marie Banier – Pierre-Alain Fantin, même si les éteignoirs que sont l’époux et la fille de celle-ci invitent à la déprime. Mais enfin, tout fonctionne dans le scénario et les insolences stupéfiantes de P.-A. Fantin construisent quand même autour de Marianne, avec l’aide de son immense fortune, un monde parallèle qui l’arrache avec vraisemblance à sa sinistrose quotidienne. De la qualité des acteurs au surréalisme des situations, on passe un excellent moment parsemé de trouvailles scéniques.
Les Braises
Réalisateur : Thomas Kruithof – 1 h 45
Formidable ! Virginie Efira et Arieh Worthalter prennent en charge avec un beau talent, tout en retenue, leurs personnages, elle embarquée dans une forme d’idéalisme collectif né du mouvement des Gilets jaunes, lui, plus réaliste, plus individualiste, centré sur le groupe familial et sur son entreprise, aux survies parallèles menacées. Le scénario est riche et précis, on sent vivre les tensions au sein du couple, la focale s’élargit au-delà des deux enfants à la fratrie du père en des scènes chaleureuses, vraies, on vit le déchirement assumé de la mère que le collectif emporte dans d’illusoires attentes déstructurées. La peinture sociale et intime est devant nous, au plus près du vécu, la trame dramatique est passionnante. Un très beau film.
L’Inconnu de la Grande Arche
Réalisateur : Stéphane Demoustier – 1 h 46
Tout à fait intéressant. Très instructif. Deux angles d’attaque évidents au-delà d’un aspect documentaire passionnant. D’une part, les ridicules d’un pouvoir léonin (ici Mitterrand) imbu de sa sotte grandeur et noyé dans les courtisaneries du quotidien ; d’autre part, thème principal, la dérive mégalomane d’un architecte qui refuse la moindre remise en question de son projet, jusqu’au choix du renoncement et de l’autodestruction. Très bien interprété par Claes Bang, surinvesti et rigidifié, Sidse Babett Knudsen, subtile, Michel Fau, plus mitterrandien que nature, Xavier Dolan, obséquieux vibrionnant, et Swann Arlaud dont la finesse de jeu est chaque fois plus affirmée. Très réussi.





