« Simplicité Software : un éditeur français du low-code face aux géants américains »   

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Thomas REPOLT

Créée en 2006, Simplicité Software s’est imposée comme l’un des rares éditeurs français indépendants spécialisés dans le low-code. Sa plateforme permet aux grands comptes et administrations de concevoir rapidement des applications métiers sur mesure. Rencontre avec son cofondateur Thomas Repolt, qui revient sur son parcours, les défis de la souveraineté numérique et l’avenir d’une PME technologique en quête de croissance raisonnée.

Pour commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours et sur la genèse de Simplicité Software ?

Je suis ingénieur de formation et j’ai commencé par des fonctions techniques dans l’installation et le paramétrage de serveurs, puis dans la messagerie et l’urbanisation des systèmes d’information. Très vite, je suis passé par l’avant-vente, pour atterrir au commerce, avant de rejoindre des sociétés de conseil où j’ai croisé mes futurs associés, David Azoulay et François Genestin. Ensemble, nous avons constaté l’insatisfaction récurrente des grandes entreprises face aux approches classiques de transformation des SI. Nous avons alors imaginé une plateforme « méta-outil », combinant la robustesse et la sécurité d’un progiciel avec la souplesse du développement spécifique. C’est ainsi qu’est née Simplicité Software, en 2006, bien avant que le terme « low-code » ne s’impose.

Quelle est aujourd’hui l’ambition de votre entreprise en France et en Europe ?

Simplicité Software est désormais identifiée comme l’un des éditeurs français de référence du low-code, avec une implantation solide dans le secteur public auprès de grands clients comme les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Santé, des Finances, ou encore Renault, BNPP, Egis, BPI. Notre ambition est double : rester la plateforme française de référence, tout en élargissant notre présence européenne, encore limitée aujourd’hui à la Suisse et à quelques projets en Espagne et en Allemagne. Nous privilégions une croissance raisonnée, en nous appuyant sur nos clients internationaux déjà équipés de nos solutions. Notre objectif n’est pas de multiplier les filiales, mais de développer pas à pas un ancrage solide dans les écosystèmes locaux.

En termes simples, comment définiriez-vous votre logiciel et à quoi sert-il concrètement ?

Simplicité est une plateforme logicielle permettant de créer des applications métiers rapidement, avec peu de développement. Les intégrateurs paramètrent une application à la souris et n’ajoutent du code spécifique que là où la valeur ajoutée est forte. On peut ainsi concevoir des applications de gestion, RH, financières ou encore référentielles. Renault Group, par exemple, utilise notre solution pour modéliser son système d’information et ses données métier, tandis que l’Agence française de développement gère une partie de son cœur de métier bancaire à l’aide de Simplicité. Au ministère des Armées, ce sont des applications RH ; à l’Agence du Médicament, des outils aussi divers que la gestion de la mise sur le marché des médicaments, la gestion des stocks de médicaments ou le suivi du cannabis thérapeutique. Notre logiciel s’apparente à une « page blanche », sur laquelle est décrit le métier et que le moteur interprète pour en faire dynamiquement une application opérationnelle.

La souveraineté numérique est un sujet sensible. Est-ce un atout décisif pour vous ?

Être un éditeur souverain est indéniablement un avantage, mais ce n’est jamais le seul critère de choix pour un client. La priorité reste l’efficacité, la sécurité, la robustesse et la pérennité de la solution. Depuis le Covid, la dépendance aux fournisseurs extra-européens a toutefois été mise en lumière, renforcée par les tensions internationales. Nous sommes donc de plus en plus sollicités sur ce terrain. Mais il subsiste des freins : beaucoup de décideurs continuent de s’appuyer sur les recommandations de cabinets comme Gartner ou Forrester, dont les classements favorisent les géants américains. Nous devons donc convaincre par la qualité de nos solutions autant que par notre ancrage souverain.

Quels sont vos principaux atouts face aux éditeurs américains ?

Notre proximité avec nos clients est déterminante : réactivité, souplesse commerciale et capacité d’adaptation font la différence. Nous maîtrisons intégralement notre modèle économique et pouvons ajuster nos conditions aux contraintes de chaque client, ce que les grands éditeurs mondiaux ne peuvent ou ne souhaitent pas faire. Notre feuille de route en R&D reste ouverte : lorsqu’un client propose une idée pertinente, nous pouvons la prioriser et l’intégrer rapidement au produit, sans surcoût. C’est une approche collaborative et pragmatique, qui nous permet de rester innovants tout en renforçant la confiance de nos utilisateurs.

Comment voyez-vous l’avenir de Simplicité Software et quels profils recherchez-vous ?

Notre équipe compte aujourd’hui une douzaine de collaborateurs, principalement des ingénieurs dédiés à la R&D et au support. Nous souhaitons recruter de nouveaux talents techniques, notamment pour approfondir nos travaux sur l’intelligence artificielle appliquée au low-code. Nous développons aussi un réseau de partenaires intégrateurs, car notre modèle est orienté B2B2C : nous formons et accompagnons, et confions la réalisation des projets à nos partenaires intégrateurs ou directement aux DSI de nos clients. Enfin, nous restons fidèles à une gestion « en bon père de famille », sans levée de fonds, pour préserver notre indépendance et garantir la pérennité de notre entreprise.

Vous évoquez l’intelligence artificielle. Quels usages imaginez-vous dans votre domaine ?

L’IA ouvre des perspectives considérables pour le low-code. Nous travaillons déjà sur des fonctionnalités que nous appelons « vibe low-coding » : des assistants intelligents capables d’aider les développeurs à paramétrer plus vite leurs applications, ou d’assister les utilisateurs dans leur usage quotidien. L’objectif n’est pas de remplacer les équipes mais de leur donner de nouveaux leviers d’efficacité. À terme, nous pensons que l’IA contribuera à démocratiser la création d’applications métiers, en rendant le paramétrage encore plus accessible, sans compromettre la robustesse technique ni la sécurité des données.

Dans ce contexte, comment situez-vous votre entreprise par rapport aux initiatives nationales sur la souveraineté numérique ?

Nous nous inscrivons pleinement dans les initiatives portées par l’État et la DINUM ou encore la French Tech ou le CIGREF, qui encouragent l’adoption de solutions européennes. Nous saluons par exemple la création de l’Indice de Résilience Numérique (IRN), qui permet aux grandes entreprises de mesurer leur dépendance aux solutions extraterritoriales. De tels outils poussent naturellement à rechercher des alternatives souveraines, comme la nôtre. Nous participons activement à ces dynamiques, car elles créent un cercle vertueux : plus la demande pour des solutions françaises se renforce, plus notre capacité à investir et innover augmente.

Si vous aviez un message à adresser aux lecteurs de La Jaune et La Rouge, lequel serait-il ?

C’est d’abord un clin d’œil personnel puisque mon père était polytechnicien et que j’ai grandi avec cette revue à la maison. Mais c’est aussi un appel aux décideurs issus de vos rangs : pensez à regarder du côté des éditeurs français et européens, souvent plus discrets mais tout aussi performants. La souveraineté numérique ne doit pas rester un slogan, c’est une réalité à construire collectivement. Simplicité Software apporte une preuve concrète qu’il est possible d’innover, de servir de grands comptes et de rester indépendant. C’est en conjuguant ambition industrielle et responsabilité collective que nous renforcerons notre autonomie numérique.  

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