Shana / La bataille de Gaulle – II / The last Viking / De la Comédie-Française / Cap Farewell

En vrac : Le Vertige – Jim Queen – La Chaleur – Le Triangle d’or – Les Matins merveilleux. Respectivement : BD sympa – autodérision gay – ado mal dans sa peau – femme de ménage et prince arabe – quadra lunaire à ressourcer. Dispensables (très pour le prince arabe) avec un petit faible pour le dernier (India Hair, Raya Martigny).

Shana
Réalisatrice : Lila Pinell – 1 h 20
L’explosive Eva Huault, soutenue par Noémie Lvovsky et Inès Gherib, est l’atout majeur du film. Sa chair excessive emplit l’écran. Son énergie balaie tout sur le trajet de ses constantes galères de jeune femme que le destin a décidé de ne pas aider et qui va d’un mauvais choix à un autre. Elle est malheureuse et sympathique et ses copines aussi et on la suit, rebondissant d’ennuis en emmerdes, s’accrochant au mauvais mec et s’adossant à des solidarités féminines qui courent, réelles, sur les sentiers de l’amoralité et de la combine, définitivement touchante dans son inarrêtable élan vital. La pirouette finale, pleine d’humour, est une jolie façon de clore un déroulement savoureux qui pouvait être sans fin. Extrêmement attachant.

La bataille de Gaulle – II
Réalisateur : Antonin Baudry (X94) – 2 h 40
Deuxième volet héroïsé par la réincarnation de Leclerc en un Niels Schneider épique et charismatique. Pour le reste, schéma narratif un peu flottant et manque de clarté dans le fouillis des efforts d’organisation de Jean Moulin (Félix Kysyl ne parvient pas à transcender son physique anonyme). Thierry Lhermitte (général Giraud), Loïc Corbery (René Pleven), très bien. On retrouve avec plaisir, inattendu et hésitant, Karim Leklou comme on retrouve, inénarrable et savoureux, Simon Russell Beale en Churchill. Impression générale un peu brouillée. Trop d’informations éparpillées (sur l’AMGOT, le gouvernement militaire allié, c’est-à-dire américain, des territoires occupés envisagé, ou les billets de 100 F imprimés aux USA : cf. l’analyse critique de Patrick Cohen sur France Inter). Demeure la richesse de l’information sur les étonnants aléas d’une démarche gaullienne contrariée et le souffle, le souffle enthousiasmant qui porte et sublime Leclerc/Schneider.

The last Viking
Réalisateur : Anders Thomas Jensen – 1 h 56
Une ligne classique, simple – braquage, butin énorme enterré, récupération obligée après quinze ans de détention – et de superbes variations sur une fraternité soudée par la maltraitance paternelle et sur les identités multiples, la folie. Noirceur profonde et absurdité loufoque d’une galerie de personnages déjantés mais porteurs de vérité, qui voguent sur les flots d’un humour délirant. Mads Mikkelsen impose la grâce d’un personnage dérangé sous l’aile d’un frère braqueur, le seul presque normal du lot (solide Nikolaj Lie Kaas). Cela construit, hallucinante de dinguerie et de rebondissements, une marche horrifique et hilarante vers le triomphe du bien mal acquis et l’invincibilité du lien fraternel. Formidable.

De la Comédie-Française
Réalisateurs : Martin Darondeau et Bernard Usclat – 1 h 15
De Funès, maestro de La Grande Vadrouille : « C’est bien, c’est très bien… enfin, vous… etc. » et il descend l’exécution. On n’ira pas jusque-là. Mais ce très bon film, très bien joué, qui nous régale d’acteurs tous excellents qu’on aime, qui pullule de gags réussis (parfois un peu étirés : le vélo de Pauline Clément, Lavernhe-Molière) est sans véritable enjeu. C’est le feu d’artifice d’une troupe dont le talent permet de transformer un spectacle potache de fin d’année en comédie haut de gamme. Il renvoie au nombrilisme d’une profession se gargarisant de son ego en mythifiant un show must go on idéalisé. Et alors ? Alors, ils sont formidables, on boit du champagne. Il faut y aller ? Absolument !

Cap Farewell
Réalisatrice : Vanja d’Alcantara – 1 h 48
Très bon petit polar classique à la belle psychologie. Ville portuaire. Trafic de drogue sur les docks. Trois copains d’enfance, une fille, deux frères, jeunesse espiègle qui tombe dans la délinquance. Un coup qui tourne mal. Elle (attachante Noée Abita) en prend pour dix ans en couvrant les deux autres, dont un lui a fait un gosse, une fille. Elle obtient la conditionnelle. Le film déroule sa tentative de nouveau départ alourdie de relations difficiles avec sa mère (Pascale Bussières, bien) qui s’est approprié sa gamine, avec le père de celle-ci, toujours voyou, toujours aimant, avec son oncle (solide Olivier Gourmet), sous-gestionnaire des trafics du port depuis le restaurant où il l’embauche. Les situations s’enchaînent et tiennent en haleine. Un thriller équilibré dont la noirceur crédible parvient à déboucher sur une possible lumière. Bien !


