Sergueï Rachmaninov : Second concerto pour piano / Modeste Moussorgski (orchestration Ravel) : Tableaux d’une exposition

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°815 Mai 2026
Par Marc DARMON (X83)

Magnifique concert de 2022 à la Waldbühne, où le Philharmonique de Berlin joue en plein air, concerts annuels qui sont un succès populaire auxquels les Berlinois en famille se retrouvent à plus de vingt mille chaque année. Et pour notre plaisir toujours filmés, disponibles sur YouTube, sur la plateforme de l’orchestre DirectConcertHall.com et publiés en DVD, en Blu-ray, notamment dans le coffret « Waldbühne – 20 Blu-ray » qui rassemble les concerts de 1998 à 2022, avec des chefs tels que Daniel Barenboïm, Simon Rattle, Gustavo Dudamel et, ce soir-là, Kirill Petrenko.

Pour le premier concert de la Waldbühne qu’il dirige, le chef attitré de l’orchestre Kirill Petrenko (successeur de Furtwängler, Karajan, Abbado, puis Rattle) a choisi un programme russe merveilleux avec le célèbre second concerto de Rachmaninov, puis les Tableaux d’une exposition de Moussorgski orchestrés par Ravel.

Pour le second concerto de Rachmaninov, le pianiste russo-américain Kirill Gerstein remplaçait au pied levé Daniil Trifonov souffrant. J’adore Trifonov (y compris dans Rachmaninov) mais j’affirme que les spectateurs berlinois n’ont pas perdu au change, ni les auditeurs du DVD ou du CD, disque qui est devenu pour moi un des meilleurs enregistrements récents.

En bis, Kirill Gerstein nous joue un formidable Liebesleid de Kreisler transcrit par Rachmaninov (c’est bien sûr initialement une pièce populaire pour violon), magnifique. Remarquons lors de cette pièce pour piano seul, en contraste avec nos salles parisiennes, que les 20 000 spectateurs restent concentrés et silencieux (puis bien sûr acclamant et applaudissant).

Les Tableaux d’une exposition sont, au départ, une œuvre pour piano, succession d’une dizaine de traductions pianistiques de tableaux variés (Gnome, Catacombes, Tuileries…) de Viktor Hartmann, grand ami du groupe des Cinq qui prônaient le renouveau d’une musique spécifiquement russe (Moussorgski, Rimski-Korsakov, Borodine, Balakirev, Cui), tableaux exposés en 1874, un an après la mort du peintre. Ces traductions musicales sont entrecoupées de courtes « promenades », représentations au piano du déplacement du spectateur entre deux tableaux dans la galerie.

Phénoménale au piano, cette œuvre est devenue une pièce maîtresse du répertoire symphonique lorsque Maurice Ravel en a réalisé une formidable transcription. Cette orchestration, nous en goûtons toute la finesse, la pertinence et l’efficacité grâce à l’image, car la réalisation nous fait suivre les interventions successives des différents instruments : par exemple, dans la seconde Promenade, Ravel fait intervenir successivement les différents bois puis les cuivres, comme dans le Boléro. Ou bien dans le Vieux Château, second tableau, Ravel se plaît à représenter du « vieux avec du neuf » puisque la mélodie médiévale lancinante est jouée… au saxophone, alors un tout jeune instrument.

La mise en image de l’orchestre, avec des plans très réussis, est vraiment de très grande qualité et l’attention est continûment soutenue. Petrenko a une direction expressive et un regard mutin, souriant après les effets orchestraux. Il nous hypnotise au même titre que les émotions qu’il crée dans les morceaux dirigés : inquiétude pour le Gnome, les Catacombes et certains passages de Baba Yaga, insouciance pour les Poussins, les Tuileries et le Marché de Limoges

En bis orchestral pour cette deuxième partie, le lent et poignant Pas de Deux du Lac des cygnes de Tchaïkovski. 


Kirill Gerstein, piano ; Orchestre Philharmonique de Berlin, direction Kirill Petrenko

Concert disponible sur DirectConcertHall.com et dans le coffret Waldbühne Berliner Phiharmoniker– 20 Blu-ray

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