Sciences cognitives : d’une révolution discrète à un champ d’avenir

Sciences cognitives : d’une révolution discrète à un champ d’avenir

Dossier : Les sciences cognitives | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Franck RAMUS (X92)

Lorsque j’ai découvert les sciences cognitives en 1993, peu de gens connaissaient ce domaine. C’était une chance que l’École polytechnique eût été quelque peu précurseur, en créant dès 1982 le Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA), qui regroupait notamment des philosophes des sciences cognitives, des linguistes et des mathématiciens travaillant ensemble sur l’esprit humain et la modélisation des systèmes complexes. Et c’était une chance que son directeur, Jean-Pierre Dupuy (X60), donnât un cours d’introduction aux sciences cognitives aux promotions des années 90.

Aujourd’hui, le mot « cognitif » est sur toutes les lèvres. Dans les écoles, nombre d’enseignants s’efforcent d’appuyer leur pratique sur des connaissances relatives à l’apprentissage, issues des sciences cognitives, et on ne compte plus les livres et formations sur ce sujet, qui leur sont destinés. Sur LinkedIn et autres réseaux sociaux, tous les coachs se réclament (à tort ou à raison) des sciences cognitives (ou des neurosciences, qui en font partie) ! Dans l’industrie, la prise en compte des « facteurs humains » puise largement dans les sciences cognitives. Celles-ci sont également bien sûr derrière les progrès phénoménaux de l’intelligence artificielle, ou plus modestement derrière ceux des psychothérapies (thérapies cognitives et comportementales). Dans l’enseigne­ment supérieur, les formations de master et même de licence dans ce domaine se sont multipliées et attirent des candidats toujours plus nombreux.


“Elles ont beau être partout, les sciences cognitives restent mal connues.”

Et pourtant ! elles ont beau être partout, les sciences cognitives restent mal connues. Peu de gens sont capables de les définir, de cerner leur périmètre et l’étendue de leurs contributions. Victimes de leur jeunesse, de leur pluridisciplinarité qui entre mal dans les cadres universitaires, du fait qu’elles restent encore totalement ignorées des programmes scolaires, les sciences cognitives semblent reléguées éternellement au statut de regroupement de disciplines, sans jamais hériter de la légitimité et de la reconnaissance dont bénéficie chacune d’entre elles.

Ce n’en est pas moins un domaine dans lequel nombre de nos camarades se sont épanouis et qui pourrait en attirer beaucoup plus. Le présent dossier vise donc à mieux faire connaître les sciences cognitives à l’ensemble de la communauté polytechnicienne, notamment leurs avancées les plus récentes et quelques-unes de leurs applications. 

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