Richard Wagner : L’Anneau du Nibelung, la Tétralogie
La Tétralogie est naturellement un monument de l’histoire de la musique. Dans cet ensemble de quatre opéras, Wagner pousse à son maximum pendant seize heures les éléments du système qu’il a créé : orchestration révolutionnaire, spectacle total intégrant musique, texte, décors et mise en scène, mélodie continue autour de thèmes musicaux (-Leitmotiv) attachés aux personnages, objets et sentiments, et tout cela sur un livret écrit par le compositeur et tiré
d’anciennes légendes germaniques.
Ce très célèbre spectacle ici en Blu-ray est dans le cœur de tous les Wagnériens. Lors des premières représentations de cette production du cycle à Bayreuth à l’initiative de Wolfgang Wagner, le petit-fils du compositeur, dans la mise en scène de Patrice Chéreau, pour le centenaire en 1976, avec Boulez à la direction, les spécialistes crièrent au scandale. Cinq ans plus tard, c’était devenu un classique,
avec 85 minutes d’applaudissements et 100 rappels en 1980 lors du tableau final. La sortie très attendue du DVD en 2000 a été une grande déception, la qualité de l’image et du son était similaire aux anciennes cassettes VHS que les spécialistes s’échangeaient.
La disponibilité désormais en Blu-ray -permet de conseiller cette version, même si l’image reste vieillie et naturellement sans haute définition.
La taille de cette rubrique ne permet pas de résumer sans caricaturer l’intrigue des quatre opéras que forme le cycle de –L’Anneau du Nibelung, le Ring, que sont L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux. Le monde recréé par Wagner à partir des mythologies nordiques et germaniques, avec ses dieux affaiblis (Odin-Wotan, Thor-Donner, Loki-Loge, etc.), ses hommes vils, ses héros extrêmes, offre de nombreux niveaux de lecture.
On conseille, pour passer un bon moment et en connaître le minimum, d’écouter la courte synthèse faite par votre serviteur, et dite par ma fille Audrey Parisot, avec, je crois, un peu d’humour sur YouTube (pour la trouver, googlez « YouTube Tétralogie simple »).
Avant de réaliser cette mise en scène modernisée et décapante, Chéreau à 36 ans n’avait mis en scène que deux opéras (Offenbach et Rossini !). C’est Boulez qui l’avait présenté à Wolfgang Wagner. Naturellement, avant les spectateurs, les musiciens eux-mêmes ont été partagés sur cette remise en cause du classicisme des productions de Bayreuth (car avec une action transférée fin xixe au milieu de la révolution industrielle, la période où Wagner écrivait, une humanité des dieux, une expressivité des gestes et des visages, une direction orchestrale allégée…). Mais certains ont soutenu dès le début. Notamment Dame Gwyneth Jones qui jouait à Bayreuth depuis dix ans et dans le rôle de Brunehilde depuis six ans, et a été une grande supportrice de Chéreau. Donald McIntyre, inoubliable Wotan, également.
Évidemment tout n’est pas parfait dans cette production. Il n’existe pas de Ring idéal. Et la production a d’ailleurs évolué entre 1976 et 1980. La distribution est la meilleure qui pouvait se faire à l’époque, mais plusieurs niveaux en dessous de ce qui fut l’âge d’or du chant wagnérien (pour simplifier 1930-1965), et inférieure au niveau d’aujourd’hui.
Dans le Blu-ray de compléments, un intéressant making of. Un touchant rappel par la petite-fille Friedling du compositeur de la controverse à la création. Y compris la rencontre de Chéreau avec sa mère Winifred Wagner, l’épouse de -Siegfried, le fils de Wagner et de la fille de Liszt, tenante de la tradition (et amie intime d’Hitler, naturellement interdite de diriger Bayreuth à la Libération), qui donc le détestait.
La production pour la télévision en 1980 a été le projet le plus coûteux d’opéra pour la télévision, avec plus de cent techniciens. Grâce à elle, plus de gens ont vu la Tétralogie que dans toute son histoire en plus de 100 ans. Nous y étions, ces opéras ont été diffusés pour la première fois l’été de mon bac, à un âge où les garçons passent généralement leurs samedis soirs de juillet à autre chose que quatre heures de Wagner par soirée, je n’ai rien raté. Puis je les ai montrés dès que j’ai pu à ma fille aînée, bien avant qu’elle sache lire. Et, aujourd’hui, les Blu-ray sont un pilier de ma vidéothèque.
Festival de Bayreuth 1980, direction Pierre Boulez, mise en scène Patrice Chéreau





