Richard Strauss, Salomé, 2019

Richard Strauss : Salomé

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Marc DARMON (X83)

Jusqu’à la composition de Salomé, Richard Strauss était un compositeur postromantique brillant, qui s’était illustré par de nombreux poèmes symphoniques très appréciés (Don Juan, Till l’Espiègle, Don Quichotte…). Ces œuvres magnifiques et très accessibles associaient un orchestre wagnérien et le don de Strauss pour la narration et la coloration de l’orchestration. La découverte de ce compositeur doit commencer par ces poèmes symphoniques.

Salomé allait tout changer, et faire de Strauss le plus grand compositeur d’opéra du XXe siècle. À la création de Salomé à Dresde en 1905, devant le monde musical d’alors (Mahler était dans la salle), Strauss devint le maître incontesté de l’opéra allemand de son temps et consacra désormais à cette forme la majorité de son activité créatrice.

Strauss, attiré par la pièce d’Oscar Wilde (1893) et le scandale qu’elle avait suscité, décida d’utiliser la pièce sans la modifier (à la traduction près) pour la mettre en musique. Il fit de même l’année suivante avec l’Elektra d’Hugo von Hofmannsthal, alors que l’opéra allemand ne s’était plus intéressé à l’Antiquité depuis les opéras de jeunesse de Mozart, d’ailleurs en italien. La violence, le réalisme, la sensualité de la musique de ces deux opéras, Salomé et Elektra, sont tels que Strauss dut revenir à un style moins agressif pour ses opéras qui suivirent, Le Chevalier à la rose et Ariane à Naxos.

La pièce de Wilde regroupe toute l’histoire en un acte. Salomé, rejetée par Jean-Baptiste (Jochanaan dans la pièce et l’opéra), exige la tête de celui-ci et danse pour Hérode afin de l’obtenir. Elle se livre à une telle scène de folie avec la tête de Jean-Baptiste qu’elle dégoûte l’assistance, qui l’exécute.

Cette production de l’été 2018 est remarquable, c’est pourquoi nous la commentons ici, bien que nous ayons déjà conseillé dans notre revue en mai 2009 la très belle production de David McVicar au Covent Garden de Londres.

La Grigorian est acclamée partout comme un phénomène actuellement et elle transforme en or tout ce qu’elle chante. Elle est ici incroyable et sensationnelle, et pourtant il faut reconnaître qu’on a entendu et vu beaucoup de Salomé magnifiques. 

La production de Romeo Castellucci est comme toujours très recherchée, et pas uniquement la mise en scène : par les costumes, par exemple ; Salomé est en blanc (couleur d’innocence, mais sa robe porte une tache rouge au dos, évoquant la vierge qui s’ouvre au désir) ; Jochanaan est en noir (évoquant des forces obscures) ; et plus largement Castellucci joue avec l’opposition caricaturale blanc et noir (il y a aussi un bain de lait, une tête de cheval noir métaphorique pour représenter celle de Jochanaan, et un aigle noir…), comme il le faisait pour son Moïse et Aaron de Schoenberg à Bastille (très beau Blu-ray également, mais moins accessible pour les non-spécialistes).

Le spectacle se tient dans le décor naturel impressionnant de la Felsenreitschule (Manège des rochers), un lieu creusé dans la montagne de Salzbourg au XVIIe siècle. La scène utilise la paroi rocheuse comme un espace symbolique fort.

De plus, c’est très bien filmé, avec de superbes images. D’ailleurs, en termes d’image et de son, c’est devenu l’un de mes meilleurs Blu-ray, que j’utilise pour des démonstrations.

Peut-être doit-on regretter que la Danse des sept voiles soit trop symbolique, ce qui est dommage car ce passage est souvent un très beau moment à la fois psychologique et esthétique. La direction musicale de Franz Welser-Möst des Wiener Philharmoniker est ample et précise, et met en valeur la modernité d’alors de la musique de Strauss, musique à la fois raffinée, expressionniste, colorée, passionnée. 


Festival de Salzbourg, Asmik Grigorian, direction Franz Welser-Möst, Orchestre philharmonique de Vienne

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