Refashion : Accélérer la collecte, industrialiser le recyclage, sensibiliser le consommateur

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Maud HARDY

La filière française de gestion des textiles et chaussures usagés fait face à des défis majeurs : une collecte qui stagne, des débouchés historiques en net recul et des soutiens financiers qui ne cessent d’augmenter. Refashion, éco-organisme agréé par les pouvoirs publics depuis 2009, mobilise l’ensemble des acteurs autour de la prévention et de la valorisation des déchets textiles et chaussures. Son ambition : structurer une filière véritablement circulaire pour développer la collecte, industrialiser le recyclage et la seconde main tout en poursuivant la sensibilisation des citoyens à la consommation responsable.

Quels sont les grands défis que rencontre actuellement la filière française de collecte et de tri des textiles et chaussures usagés ?

Depuis plusieurs mois, dans l’ensemble des pays européens, la filière de collecte et tri des textiles et chaussures usagés traverse une crise profonde. Le modèle historique repose principalement sur la revente de ces vêtements collectés à l’étranger. Aujourd’hui, 60 % des volumes triés sont jugés reportables et trouvent preneur sur le marché international de la fripe, principalement en Afrique. Or, on assiste depuis 2024 à la diminution des débouchés internationaux (crises géopolitiques, guerres, fermetures de frontières commerciales…) et à l’écroulement des prix de revente de la fripe (concurrence chinoise et intra-pays européens).

“Aujourd’hui, les 2/3 des vêtements et chaussures achetés en France finissent dans les ordures ménagères. C’est une aberration environnementale.”

Cette crise structurelle fragilise l’ensemble de la chaîne de traitement des déchets textiles et met en péril la viabilité économique des acteurs fondateurs de la collecte et du tri, majoritairement issus de l’économie sociale et solidaire. En parallèle, on ne peut pas se satisfaire d’une situation où la collecte stagne depuis des années aux alentours de 30 % alors que l’objectif fixé par les pouvoirs publics est d’atteindre 60 % à l’horizon 2028. Le constat est clair : aujourd’hui, les 2/3 des vêtements et chaussures achetés en France finissent dans les ordures ménagères. C’est une aberration environnementale. Ce modèle de filière est à bout de souffle et il y a urgence à en changer.

Quelles sont selon vous les solutions pour remédier à ces problématiques ?

Pour répondre aux défis actuels, il est indispensable de bâtir une filière de gestion des textiles et chaussures usagés résiliente et performante, en mettant la massification et l’industrialisation du recyclage au cœur de nos priorités. Pour que cette filière devienne efficiente, il faut à la fois augmenter les volumes collectés et stimuler la demande de matières recyclées, tout en soutenant les investissements industriels nécessaires au tri automatisé et au recyclage à grande échelle. Les technologies existent déjà pour transformer efficacement nos déchets en ressources, et cette industrie sera déterminante pour contribuer à la souveraineté matière et énergétique française et européenne.

En parallèle, nous continuerons de soutenir le développement de la seconde main en France, en travaillant par exemple à l’industrialisation de solutions de reconditionnement. Notre étude sur le réemploi publiée cette année montre que la seconde main ne représente aujourd’hui que 7 % de la consommation de textiles, linge de maison et chaussures en France, un niveau bien inférieur à celui de certains pays voisins européens. Ce constat met en évidence un fort potentiel de progression : en doublant cette part dans les prochaines années, la seconde main pourrait devenir un levier majeur de compétitivité pour la filière.

L’objectif est clair : bâtir une offre structurée et massive, capable de rendre la seconde main aussi attractive que le vêtement neuf pour les consommateurs. Enfin, il est indispensable de renforcer la traçabilité des flux, car la confiance des citoyens dans leur geste de tri est essentielle. Ils doivent avoir la certitude que leurs vêtements et chaussures usagés seront bien collectés et valorisés par des professionnels.

Pourriez-vous partager des exemples concrets de l’action de Refashion pour développer cette industrie du recyclage en France ?

Depuis plus de 15 ans, Refashion finance et accompagne des projets de R&D pour développer le tri automatisé (reconnaissance des différentes matières par spectroscopie proche infrarouge), le démantèlement des vêtements et chaussures (séparation des points durs tels que zips, boutons, coutures), la préparation des matières (effilochage, défibrage, broyage…) et enfin la réincorporation de ces nouvelles matières dans de nouveaux produits. Nous avons ainsi engagé plus de 20 millions d’euros pour soutenir des initiatives innovantes et, surtout, pour les aider à passer à l’échelle industrielle.

Nous prévoyons d’augmenter ces soutiens avec plusieurs dizaines de millions d’euros supplémentaires sur les 6 prochaines années sur chaque maillon de la chaîne aval. L’objectif est clair : transformer ces pilotes et démonstrateurs en unités industrielles capables de traiter 500 000 tonnes de déchets/an. Un exemple concret : nous soutenons actuellement un projet initié par Frankenhuis, un spécialiste du recyclage mécanique appartenant au Groupe BOER, associé au centre de tri Gebetex et une grande enseigne de prêt à porter. L’expérimentation consiste à transformer des vêtements usagés en fils recyclés tricotés pour une collection de pulls incorporant plus de 70 % de matières recyclées. Le succès de cette démarche ouvre désormais la voie à une production à grande échelle.

Avez-vous d’autres exemples d’actions de Refashion dans d’autres domaines ?

Pour accélérer la transition de la filière textile, les missions de l’éco-organisme Refashion concernent toutes les étapes du cycle de vie des produits : l’éco-conception, l’allongement de la durée d’usage (réparation, seconde main), la collecte et la valorisation des déchets. Ainsi, le Bonus Réparation, lancé en 2023 et renforcé en 2024, en est une illustration concrète : plus de 1 500 réparateurs (cordonniers et retoucheurs) sont aujourd’hui labellisés en France, et près de 1 million de réparations de vêtements et de chaussures ont déjà été financées. Ce programme soutient directement l’artisanat local, crée de l’activité économique et permet d’allonger la durée de vie des produits. Nous avons également mis en place des primes et des pénalités sur les produits vendus en France pour inciter les marques à éco-concevoir des produits plus durables, mieux recyclables ou intégrant des fibres recyclées…

En tant qu’éco-organisme, comment Refashion collabore-t-il avec les différents acteurs de la filière textiles et chaussures pour maximiser l’efficacité de ses programmes de régénération et de valorisation des déchets ?

Notre rôle, c’est de travailler main dans la main avec l’ensemble des acteurs de la filière. Avec les marques, nous entretenons un dialogue permanent et mettons en place des outils concrets, comme les éco-modulations, pour les inciter à produire mieux. Avec les opérateurs de collecte, de tri et de recyclage, nous apportons un soutien financier et technique afin d’accélérer l’industrialisation de nouvelles solutions. Nous jouons aussi un rôle d’interface entre la recherche, l’innovation et l’industrie, en lançant des appels à projets et en favorisant l’émergence de consortiums. Enfin, avec les collectivités locales, nous développons des partenariats pour renforcer le maillage de points de collecte et sensibiliser les citoyens aux 4 R : Réparer, Réemployer, Recycler et Réduire. Nous sommes convaincus que c’est cette approche collaborative qui permet réellement de faire avancer la filière et de relever les défis de la circularité textile.

Pouvez-vous nous parler des campagnes de sensibilisation menées par Refashion pour encourager la communauté à adopter des pratiques de consommation responsables, et comment ces campagnes sont reçues par le public ?

Refashion place la sensibilisation et la pédagogie au cœur de sa mission. L’éco-organisme s’adresse à la fois aux citoyens, pour les inciter à trier, réparer ou donner leurs vêtements ; et aux professionnels, pour les accompagner dans leurs transformations. En 2024, Refashion a par exemple lancé avec M6 une émission On Refait la Mode qui a permis de toucher un large public et d’ouvrir le débat sur la consommation textile responsable. L’éco-organisme mène également des campagnes et des actions sur le terrain dans les territoires, en particulier auprès des jeunes générations. Les retours sont encourageants : les campagnes contribuent à modifier progressivement les comportements, en valorisant des gestes concrets et accessibles comme la réparation ou le réemploi. Cette dynamique est indispensable pour réduire les volumes de déchets textiles et chaussures et accompagner la transformation en profondeur des pratiques de consommation.  

https://refashion.fr/

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