Rebuilding / Los Tigres / Une Enfance allemande / Qui brille au combat / Le Temps des moissons

Trions et écartons d’abord sans regrets L’Agent secret (de l’ambition et des séquences réussies, mais…), L’Engloutie (ennuyeuse fable d’aspect documentaire et culturel), Magellan (long pensum épuisant), Father Mother Sister Brother (Jim Jarmusch en demi-teinte, bien joué mais bien mince), Pile ou face (pseudo-western absurde…) et, après une hésitation, L’Incroyable Femme des neiges (pourtant bon petit film au titre dépréciatif). Et retenons…
Rebuilding
Réalisateur : Max Walker-Silverman – 1 h 35
Il est séparé, père d’une gamine qu’il voit peu. Il vit sur et pour son ranch planté au milieu de 80 hectares de l’Ouest américain. Il vivait. Les incendies endémiques ont tout ravagé. Il n’a plus rien et, via l’aide sociale, avec d’autres comme lui, est transplanté un peu plus loin sur un terrain vague et dans un mobil-home provisoire. Les cir-constances, déstabilisantes, le rapprochent de son ex-femme, de sa fille, et l’ouvrent à la petite communauté de paumés qui partage son mauvais sort. Très joli film, tendre, posé, mélancolique, sur la montée d’un refus du désespoir. Le couple père-fille, servi par l’excellente petite Lily LaTorre, touche simple et juste. La mièvrerie si américaine des situations n’empêche pas la finesse des portraits, individuels et de groupe.
Los Tigres
Réalisateur : Alberto Rodriguez – 1 h 49
Captivant thriller au scénario, aux situations, aux dialogues crédibles. Formidable binôme fraternel (Antonio de la Torre, Barbara Lennie) et vrai traitement des relations humaines, sens de l’amitié, du risque, suspense. Spectacle complet. Sur un schéma classique (difficultés financières, occasion dangereuse à saisir, trafic de drogue) et avec le plus de la plongée portuaire professionnelle, on est tenu en haleine de bout en bout.
Une Enfance allemande
Réalisateur : Fatih Hakin – 1 h 33
Un dernier plan explicatif. Un vieil homme seul, sur une plage, regarde la mer et feuillette ainsi les souvenirs dont est fait le film qu’on vient de voir. C’est Hark Bohm, décédé en novembre dernier, qui a pensé et écrit la belle narration, lucide et touchante, qu’a réalisée son ami Fatih Hakin et qu’incarne l’excellent Jasper Billerbeck (tous les acteurs sont bons). Un gamin de douze ans vit, dans la petite île d’Amrum (côte allemande, près du Danemark) et dans une famille (réduite aux femmes et à la fratrie) aux convictions nazies, les derniers mois de la guerre, les restrictions, le suicide du Führer, le choc local des idéologies contraires, les conflits afférents, la capitulation. Ressouvenance entêtée, à hauteur d’enfant, où la prise de conscience des positions lutte difficilement avec la fidélité affective et où deux amitiés, l’une constructive (un camarade d’école) et l’autre (une jolie gamine réfugiée) à l’émergence contrariée, portent l’espoir d’une nostalgie positive. Finement observé, subtilement traduit, attachant.
Qui brille au combat
Réalisatrice : Joséphine Japy – 1 h 40
Beau film difficile. Peinture d’une cellule familiale (père, mère, deux filles – milieu aisé) qui gère seule le handicap génétique profond de la petite dernière et – le père, accablé, plus distant – noie d’amour une situation insupportable, au-delà du rationnel. Les actrices et d’abord Mélanie Laurent sont merveilleuses. Le schéma narratif peine un peu à dessiner les essais d’autonomie extra-familiale de l’aînée, mais l’étude de cas est d’une tenue et d’une précision remarquables et dessine le destin épuisant d’un amour désespéré, sans avenir que lui-même et sans retour, affronté à l’incommunicable d’un sort contraire épuisant, imposé et consenti. Le sublime et l’absurde de volontés qui parviennent à transformer en joie l’effondrement dans le dépassement implicite de soi.
Le Temps des moissons
Réalisateur : Huo Meng – 2 h 15
Beau film lent où l’on s’installe… lentement, avec quelques pertes de contact (j’y suis allé fatigué). 1991, la Chine rurale comme une France fin xixe. Une petite communauté perdue et les yeux d’un gamin de dix ans qui y est confié à sa grand-mère. Le village, ses rites plus ou moins déchiffrables, sa convivialité mêlée de jalousies, sa petite école où l’on paie le maître en sacs de grains, son idiot, ses frustrations, ses inquiétudes, l’avancée de la mécanisation agricole, de l’exploitation industrielle, ses obscurantismes, ses brutalités, ses traditions… Une douzaine de personnages à peu près identifiés échangent, peinent, rient, pleurent, crient et vivent intensément. Des images souvent magnifiques et picturales qui, malgré mes paupières lourdes, ont largement récompensé l’effort de les tenir ouvertes.





