Alexandre Frantz (X11, à gauche) et Thomas Brichard (X10, à droite).

Quand les X reviennent se former à l’École

Dossier : Nouvelles du platâl | Magazine N°815 Mai 2026
Par Cécile CHAMARET (D12)
Par Thomas BRICHARD (X10)
Par Alexandre FRANTZ (X11)

Pour la première fois depuis son lancement en 2017, l’Executive Master compte deux anciens du cycle ingénieur. Participants de la douzième promotion de septembre 2025, Alexandre Frantz (X11) et Thomas Brichard (X10) nous racontent pourquoi ils ont décidé de revenir se former à l’École et nous font partager leur expérience à mi-parcours. 

Quel a été votre parcours depuis votre sortie de l’X ?

Thomas Brichard (X10) : J’ai suivi un chemin atypique pour un X10 en choisissant l’IFP School, la référence du moteur thermique, comme école d’application. J’étais le seul de la promo. Cela m’a ouvert les portes de l’équipe Renault F1 (aujourd’hui Alpine Racing), que je n’ai plus quittée. J’ai débuté au bureau d’études en simulation numérique des fluides (CFD), en utilisant ce que j’ai appris durant mon PA en 3A puis en école d’approfondissement. Durant cinq ans, j’ai optimisé le refroidissement et la lubrification, et conçu le turbo.

Ma plus grande fierté technique reste la résolution du problème d’ébullition avec un concept innovant pour le moteur 2017, ainsi que le premier Grand Prix couru avec « mon » turbo en 2016. Fin 2019, changement de cap vers la data science. J’ai toujours aimé la programmation et les mathématiques appliquées (je préfère quand il y a des chiffres plutôt que de la théorie pure !). J’y ai vu l’avenir de notre métier. La période Covid m’a permis de me former hors de la pression des courses. J’ai progressivement pris la responsabilité du département data science et des outils d’analyse de performance, fin 2022. Ce poste transversal me permet de travailler au cœur de l’action en ops room avec les ingénieurs d’exploitation sur tous les Grands Prix.

Alexandre Frantz (X11) : De la promotion X11, j’ai choisi de servir dans l’armée de Terre, en tant qu’officier de sapeurs-pompiers de Paris. J’ai donc d’abord intégré l’école du Génie à Angers pour ma formation initiale de chef de section du Génie, avant de rejoindre la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. J’y ai vécu sept années de terrain passionnantes et engagées dans le nord de Paris, puis en Seine-Saint-Denis, où j’ai commandé la 14e compagnie d’incendie et de secours.

Depuis les trois centres de secours de Clichy-sous-Bois, Bondy et Drancy, nous étions 245 sapeurs-pompiers chargés de défendre 14 communes. Un peu plus de 32 000 interventions par an pour l’unité ; j’y ai trouvé l’aventure opérationnelle que je cherchais après l’X. Ensuite, j’ai eu la chance de servir à l’état-major des armées, dans des fonctions au cœur des opérations interarmées, ce qui m’a permis de réussir le concours de l’école de Guerre dans les meilleures conditions. C’est à ce moment que j’ai rejoint le cabinet du ministre des Armées, où je suis conseiller militaire depuis 2024, d’abord au sein de la cellule militaire opérations et relations internationales et, depuis l’été dernier, chargé de l’innovation et de l’export auprès du conseiller industrie et innovation du cabinet civil.

Pourquoi avez-vous choisi de revenir à l’École ?

TB : Sans doute un peu par nostalgie, mais surtout par alignement stratégique. J’ai été approché par l’équipe du Master au moment où Alpine Racing entamait sa transformation et où je proposais la création d’une direction de la data. Le timing était parfait. Je recherchais ce mélange de technologie, d’innovation et d’entrepreneuriat qu’offre l’Executive Master. Ayant une confiance absolue dans la formation polytechnicienne après la prépa, je n’ai pas hésité face aux MBA plus classiques.

AF : Dans le cadre de la formation des officiers supérieurs, l’armée de Terre offre la possibilité de compléter l’école de Guerre par des formations de spécialité. L’Executive Master de l’X s’est naturellement imposé comme une occasion d’explorer l’état de l’art scientifique, bien au-delà du cadre militaire, et de me reconnecter avec l’exigence universitaire qui a forgé ma scolarité – mais cette fois en la confrontant à mon expérience très concrète du commandement et des opérations.

J’attends aussi beaucoup du SOTA Report, qui me permettra d’approfondir un sujet technique pointu, en m’appuyant sur les laboratoires de l’X et sur ce temps précieux, presque suspendu, que m’offre l’Executive Master chaque mois. Une occasion rare de creuser une réflexion utile, tant pour mes missions actuelles que pour les défis futurs de l’armée de Terre. Enfin, après ces années d’engagement opérationnel, j’avais aussi simplement envie de redevenir élève, ne fût-ce que quelques mois. La richesse humaine de la promotion est vraiment stimulante. Ce retour à l’X, c’est donc une chance unique d’élargir mon horizon en croisant nos expériences avec les autres « élèves ».

Comment s’est passé votre retour sur le platâl ? Quelles ont été vos premières impressions ?

TB : En revenant sur le campus, j’ai d’abord été impressionné par la métamorphose des lieux et les nouveaux bâtiments construits ces quinze dernières années. Mais, passé ce premier choc visuel, j’ai très vite retrouvé mes marques et l’atmosphère unique du platâl. On se sent vite « à la maison ».

AF : Le plateau a beaucoup changé ! De nouvelles écoles, des portes à badge et une diversité de formations vraiment impressionnante. L’environnement comme les étudiants qui peuplent le platâl n’ont plus grand-chose à voir avec ce que j’ai connu. La statue du conscrit sur la place Vaneau et le BôB sont toujours là pour nous rassurer et, il faut le reconnaître, nous laisser un peu nostalgiques. Donc je dirais que c’est un mélange de fierté et d’humilité : redécouvrir l’École à 34 ans, bien changée mais toujours aussi vivante !

Vous êtes à plus de la moitié de votre parcours dans l’Executive Master. Quel est votre regard sur la formation ?

TB : Je ne regrette absolument pas. Les cours sont passionnants, tout comme les intervenants, mais la véritable richesse vient de la diversité des profils de mes camarades. C’est une vraie « mise à jour » intellectuelle, même dans les domaines que l’on pense maîtriser. Nous sommes déjà à la moitié et, comme les anciens nous l’avaient prédit, les modules s’enchaînent trop vite. C’est une véritable bouffée d’oxygène dans une carrière, qui permet de prendre du recul.

“On apprend autant des autres participants que des intervenants.”

AF : À mi-parcours, l’Executive Master tient ses promesses, fidèle à l’ADN de l’X ! La formation est exigeante, rigoureuse scientifiquement, mais toujours adaptée à notre public bien particulier. Chaque module s’ancre dans des sujets concrets, avec des intervenants de haut niveau. Mais, ce qui fait vraiment la différence, c’est l’alchimie humaine de la promotion.

L’École sait rassembler des profils d’une diversité et d’une qualité exceptionnelles, chacun apportant une expérience unique. Cette mixité crée une dynamique collective rare, entre nos team projects, les journées sur les bancs en amphithéâtre et nos « fins de journée » ; l’esprit de promotion se forge. Concilier travail et cours demande de l’organisation, mais la promotion entière fait corps pour passer les obstacles. Finalement, en plus d’une formation scientifique de haut niveau, j’ai trouvé une très belle aventure collective, où l’on apprend autant des autres participants que des intervenants. Une parenthèse exigeante mais formidable. Une expérience à la hauteur de l’X !

Comment imaginez-vous la suite de votre parcours professionnel ?

TB : Cet Executive Master a déverrouillé quelque chose : sans lui, je n’aurais jamais envisagé l’entrepreneuriat. Selon l’évolution de notre team project, cela pourrait aboutir à la création d’une start-up. Sinon, je viserai des postes de direction pour mettre à profit cette double compétence technique et stratégique. L’avenir nous le dira !

AF : Avec toujours la même passion et le même engagement, sur le terrain, comme en état-major. D’abord, je veux retrouver le terrain opérationnel. Ce serait une vraie fierté de reprendre des responsabilités de commandement au sein de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. C’est là que mon chemin a commencé et c’est là que je souhaite continuer à servir, avec l’expérience acquise pendant cette formation, mais aussi en tirant parti de ces moments uniques que j’ai eu la chance de vivre à l’état-major des Armées et en cabinet ministériel. Ensuite, mon objectif est de contribuer à la transformation de nos armées, dans un contexte où la primauté technologique et scientifique conditionnera demain, plus que jamais, la supériorité opérationnelle. La France dispose d’atouts considérables pour tenir son rang, et l’Executive Master en est un concentré ! 

Se former tout en continuant de travailler
L’Executive Master a été lancé en 2017. Destinée aux dirigeants, cette formation diplômante repose sur l’expertise des laboratoires et des chercheurs de l’École, pour fournir des états de l’art scientifiques permettant de mettre à jour les connaissances des participants, d’anticiper et de gérer les prochaines ruptures technologiques. Le format modulaire et flexible est pensé pour permettre aux participants de se former tout en continuant de travailler. Ouverte aux professionnels de tous secteurs et toutes formations initiales (ingénieurs, business schools, sciences politiques, etc.), cette formation s’adresse avant tout à celles et ceux qui souhaitent comprendre l’innovation pour mieux la piloter. 

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