discographie 809

Pour le plaisir

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Jean SALMONA (56)

Qui ne se donne loisir d’avoir soif, ne saurait prendre plaisir à boire.
Michel de Montaigne, Essais

Il y aurait quelque inconvenance à utiliser indistinctement le terme « plaisir » pour décrire ce que l’on éprouve à l’écoute de L’Art de la fugue et à celle de My Funny Valentine par Chet Baker, on le sent bien. C’est que l’écoute de Bach nous emmène bien au-delà du plaisir, et même ailleurs, dans un autre univers. Mais faut-il négliger pour autant les musiques qui ne nous apportent qu’un petit frisson passager ?

Made in USA

Vous n’avez vraisemblablement jamais entendu parler de Earl Wild, pianiste -virtuose et compositeur (1915-2010). Écoutez ses Études virtuoses d’après Gershwin, variations d’une créativité débridée et d’une virtuosité ébouriffante sur des chansons de Gershwin. Vous pourrez comparer, par exemple, Liza par Earl Wild et Liza par Art Tatum, musique dite sérieuse et jazz : passionnant. Ces Études, jouées par Claire Huangci, pianiste américaine, côtoient la Rhapsody in Blue (version de Gershwin pour piano solo) et l’extraordinaire Sonate de Samuel Barber, dont la fugue finale mériterait de figurer parmi les chefs-d’œuvre du XXe siècle. 

1 CD ALPHA CLASSICS

Dans la même veine, des pièces du répertoire américain pour deux pianos par le duo Ludmila Berlinskaya-Arthur Ancelle : le Concerto pour deux pianos de Dana Suesse, clairement inspiré par Gershwin et Rachmaninov, la Suite pour deux pianos sur des mélodies traditionnelles irlandaises de Amy Beach et le Concerto n° 2 pour deux pianos de Victor Babin, à mi-chemin entre Prokofiev et… Poulenc. 

1 CD ALPHA CLASSICS

Korngold

Excepté son opéra Die tote Stadt et son Concerto pour violon, on connaît peu la musique de Korngold, qui a fui l’Autriche et le nazisme pour les États-Unis et s’est consacré à la musique de film. Et pourtant, dans sa jeunesse, Korngold, enfant prodige, était considéré à Vienne comme un nouveau Mozart. L’Orchestre de chambre de Stuttgart vient d’enregistrer sa Sérénade symphonique en quatre -mouvements, dont le troisième, lento religioso, est une petite merveille. Cette pièce témoigne de ce qu’aurait pu être l’œuvre « classique » de Korngold si le nazisme ne l’avait pas conduit, in fine, à Hollywood. Sur le même disque, la 10e Symphonie de Mendelssohn, œuvre de jeunesse.

1 CD CHANNEL

Piazzolla – Ballade pour un fou

L’œuvre d’Astor Piazzolla est bien au-delà du monde du tango, qu’il a contribué à révolutionner. L’accordéoniste Théo Ould, associé au Quatuor Bilitis, à la contrebassiste Blanche Stromboni et à la mezzo Marina Viotti, a rassemblé en un album des tangos – Libertango, Violentango, Meditango – et des pièces plus ambitieuses comme Invierno Porteño, Vuelvo al Sur, et cette Balada para un loco. Traditionnellement, l’instrument principal du tango est le bandonéon ; Théo Ould a choisi l’accordéon, aux timbres et aux harmonies plus riches. L’accompagnement par un quatuor à cordes confère de la profondeur à cette musique qui est, au fond, de la musique populaire, sublimée.

Prenez une bonne bière, asseyez-vous dans votre fauteuil le plus confortable, et… ne boudez pas votre plaisir. 

3 CD ALPHA CLASSICS

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