Pierre Merlin (X57) géographe et urbaniste, grand défenseur de l’université

Pierre Merlin (X57), géographe et urbaniste, grand défenseur de l’université

Dossier : Trajectoires | Magazine N°815 Mai 2026
Par Antoine COMPAGNON (X70)

Expert en urbanisme et aménagement du territoire, Pierre Merlin est décédé le 3 février 2026.
Parallèlement à ses travaux professionnels, il s’est beaucoup consacré à l’université dont il a défendu l’excellence et l’indépendance.

Né en 1937 à Metz, Pierre est très tôt orphelin de son père, officier de marine tué en 1940, et bientôt de sa mère. Pupille de la nation, élève au Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe), puis à l’X, Pierre Merlin rejoint le corps des ingénieurs géographes.

Après une thèse de troisième cycle en démographie locale et un doctorat d’État soutenu en 1966 sur le thème : « Les transports parisiens : étude de géographie économique et sociale », où il a mis au point la méthode de calcul de rentabilité économique qui a servi à la décision de construire le RER, il rejoint comme professeur l’université Paris-VIII Vincennes dès sa création par Edgar Faure en 1968, tout en continuant à participer aux travaux de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (aujourd’hui Institut Paris Région), sous la houlette de Paul Delouvrier.

Il devient vice-président de l’université de Vincennes (Paris-VIII) dès 1971, puis président en 1976, à moins de 40 ans. L’ambiance y est alors tendue, des trafiquants de drogue se mêlant à une population étudiante et non étudiante. Pierre Merlin peine à restaurer l’ordre dans ce « souk », se sent mal aidé par la police et polémique avec le chef de la brigade des stupéfiants.

Démission sur Antenne 2

En 1978, un violent conflit l’oppose à la secrétaire d’État aux Universités, Alice Saunier-Seïté, qui entend restituer le terrain de Vincennes à la ville de Paris et transférer l’université dans des locaux plus étroits à Saint-Denis. Après avoir été molesté puis séquestré dans son bureau le 11 mars 1980, Pierre Merlin annonce abruptement sa démission le lendemain, au journal télévisé d’Antenne 2. Il racontera la fin de l’utopie dans L’Université assassinée. Vincennes : 1968-1980 (Ramsay, 1980).

Après 1981, il assumera de nombreuses responsabilités d’expert dans l’aménagement du territoire, les transports, le logement social et les loisirs touristiques, mais il ne se risquera plus à occuper des fonctions administratives, préférant agir à travers la vie associative et les instances consultatives. Pierre Merlin est l’auteur d’un nombre considérable d’ouvrages dans ses diverses spécialités.

Excellence et indépendance

Il poursuit sa carrière à partir de 1987 à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne tout en continuant de collaborer à l’Institut d’urbanisme qu’il a créé à Paris-VIII et transféré à Marne-la-Vallée, près de l’ENPC, où il enseigne l’aménagement et l’urbanisme jusqu’en 2000.

Pierre Merlin, convaincu du rôle essentiel de l’université dans la nation, a été le véritable pilier de l’association Qualité de la science française, fondée en 1982 par le mathématicien Laurent Schwartz (1915-2002). Celui-ci venait de rédiger un rapport sur l’enseignement supérieur et la recherche et y avait insisté sur l’objectif d’excellence et sur l’impératif d’évaluation. Il avait été nommé président du premier Comité national d’évaluation, mais les réformes de la gauche, tendant à l’égalitarisme dans la recherche comme dans l’enseignement, l’avaient laissé insatisfait.

Pierre Merlin, qui lui succédera à la présidence de Qualité de la science française de 1989 à 2003, a pour sa part longtemps siégé au Conseil national des universités, au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche et au Conseil supérieur de l’éducation, où il a toujours défendu non seulement l’excellence mais aussi l’indé­pendance, l’ouverture et le progrès de l’ensei­gne­ment supérieur et de la recherche. L’université française doit beaucoup à son action inlassable et déterminée. 

Ce texte est tiré d’un article de l’auteur publié par Le Monde.

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