Perenco et Taranis : innover pour la décarbonation énergétique 

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Louis HANNECART
Par David SORIN

Perenco, producteur indépendant d’hydrocarbures, et sa société sœur Taranis, spécialisée dans l’investissement et le développement de projets à impact, portent une vision complémentaire d’une industrie énergétique plus durable : investir dans des solutions concrètes pour bâtir des modèles circulaires et résilients. À travers l’innovation technique et le financement de technologies de rupture, elles réinventent les chaînes de valeur pour accélérer la décarbonation, en s’appuyant sur l’expertise industrielle du groupe Perenco.

Questions à Louis Hannecart, Carbon Capture and Storage (CCS) Manager chez Perenco

Quelle est l’importance du projet développé par Perenco pour le stockage de carbone et comment s’intègre-t-il dans sa stratégie de transition énergétique ?

Le projet « Poséidon » développé par Perenco UK illustre son engagement dans le développement de technologies de décarbonation industrielle, telles que le captage et stockage géologique du carbone (CSC). Ce projet, mené par Perenco UK et ses partenaires, vise à reconvertir le champ gazier offshore de Leman – exploité par Perenco UK depuis 2012- en site de stockage permanent de CO₂ industriel. Il répond à une initiative lancée par les autorités britanniques en 2021 pour soutenir l’émergence d’une filière nationale géologique de CO₂.

Au premier trimestre 2025, Perenco a mené une campagne d’essai grandeur nature, en injectant du CO₂ liquide dans le réservoir ultra-déplété de Leman. Cette opération, une première mondiale, a permis de recueillir des données de terrain essentielles. Poséidon a ainsi démontré que Leman a les propriétés techniques nécessaires pour envisager un projet de stockage industriel à grande échelle.

Quels sont les principaux défis techniques et réglementaires rencontrés pour le développement des projets de stockage du carbone au Royaume-Uni ?

Le pilote d’injection de carbone que nous avons réalisé est une première pour l’industrie. En l’absence de cadre préexistant, il a nécessité une collaboration étroite avec les régulateurs, et les agences de contrôle compétentes (sécurité industrielle et environnement). Le stockage de carbone étant un domaine encore émergent, la réglementation nationale évolue au fil des projets, ce qui impose rigueur, adaptabilité et transparence. Le pilote de Poséidon a mobilisé plusieurs entités du Groupe, dont les équipes de Dixstone à Amsterdam et de Perenco à Londres et Norwich.

Comment Perenco prévoit-il d’utiliser les résultats du test d’injection de CO2 pour développer ses futurs projets de décarbonation ?

Le test a permis de valider des débits d’injection compatibles avec nos futurs besoins commerciaux. Ces résultats nous permettent de progresser vers un modèle technico-économique viable et réaliste pour le développement industriel. L’objectif est de proposer une solution compétitive pour les émetteurs industriels, en alternative au paiement des taxes carbone.

Actuellement le lancement de projets commerciaux de CSC dépend grandement du cadre politique, des régulateurs et d’un soutien financier à destination des émetteurs pour la mise en place de leurs équipements de capture. L’enjeu long terme de ce secteur est d’atteindre des projets économiquement viables sans subventions publiques. Pour y parvenir, il est indispensable d’abord de réduire les incertitudes techniques et ensuite de provoquer des effets d’échelle. Perenco se trouve actuellement dans la première phase.

Comment Perenco prévoit-il d’évoluer dans le secteur de l’énergie, notamment avec les technologies de stockage de carbone, dans les prochaines années ?

Perenco est engagé dans le développement de solutions de stockage carbone. L’expérience acquise à travers Poséidon, nous permet de caractériser plusieurs paramètres clés d’un futur projet commercial. Le champ de Leman dispose d’un potentiel de stockage estimé à environ un milliard de tonnes de CO₂ – soit six années d’émissions industrielles britanniques. Fort de ce potentiel et des enseignements tirés du test, Perenco prépare actuellement une demande de licence commerciale portant sur un premier compartiment géologique de petite taille, en partenariat avec des émetteurs industriels. Cette prochaine étape est cruciale pour prouver la faisabilité opérationnelle et poser les fondations d’un développement à plus grande échelle.

https://www.perenco.com


Questions à David Sorin, directeur de la branche Carbon Ventures chez Taranis

Taranis investit activement dans des startups innovantes. Quelles caractéristiques recherchez-vous chez une start-up avant d’investir ? 

Nous ciblons deux thématiques d’investissement : les émissions de gaz à effet de serre et la pollution plastique. Nous cherchons des start-ups développant un modèle industriel, à fort potentiel de déploiement, dans lesquelles Perenco peut apporter une réelle valeur ajoutée : expertise technique, accès à des infrastructures ou compréhension des marchés. Nous excluons les logiciels et les offres des services. 

L’évaluation repose ensuite sur des critères classiques : marché, technologie, équipe, modèle économique. Nous sommes attentifs aux coûts unitaires : la solution est-elle compétitive face aux solutions fossiles ? Un mécanisme de soutien public ou les marchés carbone peuvent-ils combler l’écart durablement ?

Nous privilégions aussi les technologies modulaires et réplicables, plus simples à financer et à déployer à grande échelle.

Comment Taranis envisage-t-elle de concilier performance économique et impact environnemental positif à travers ses investissements ?

La recherche d’impact environnemental est le point de départ de notre stratégie. Nous sélectionnons des modèles industriels qui contribuent directement à la réduction des émissions ou de la pollution plastique. Cette exigence vient compléter les critères de sélection d’un fonds d’investissement classique. Au-delà de l’investissement en capital, nous accompagnons chaque start-up dans la durée : participation active au conseil d’administration, mobilisation des ressources industrielles du Groupe, accompagnement dans le passage à l’échelle (dimensionnement, contrats, financement)…

Avez-vous des exemples de la manière dont les startups dans lesquelles vous investissez ont collaboré avec des entreprises pour promouvoir des solutions durables ?

Un bon exemple est notre investissement dans Circ, une start-up spécialisée dans le recyclage chimique des textiles. Des acteurs majeurs de la mode tels qu’Inditex (Zara), Zalando ou Patagonia ont investi aux côtés de Taranis et ont intégré les matériaux recyclés de Circ dans des collections pilotes. Cette implication directe de marques clés permet de valider industriellement la technologie et de préparer sa diffusion auprès des consommateurs, partenaires et sous-traitants. Ce type de collaboration est essentiel pour encourager la transformation de l’industrie textile. 

Quels sont les défis à venir dans l’intégration des technologies de circularité du carbone au sein des chaînes de valeur industrielles ?

Ils sont multiples. Le premier est économique car dans la plupart des cas, les solutions décarbonées ne sont pas encore compétitives face aux options fossiles. En l’absence de contraintes réglementaires ou d’incitations, rares sont les acteurs prêts à payer un surcoût.

Le deuxième est structurel, les chaînes industrielles existantes sont complexes à transformer. C’est pour cela que nous investissions dans des technologies qui s’intègrent aux processus existants plutôt que de les réinventer.

Le financement des premières usines est un enjeu crucial. Dans un contexte de frilosité des investisseurs, ces projets exigent des contrats de vente long terme avant toute décision d’investissement. Or, dans de nombreuses filières, les clients sont réticents  à s’engager sur le long terme ce qui complique la sécurisation des revenus pourtant essentielle pour dé-risquer les projets.

Enfin, cette transition ne pourra se faire sans un fort soutien de la force publique : tarification du carbone, obligation d’incorporation de produits décarbonisés ou recyclés, systèmes de responsabilité élargie des producteurs (REP), subventions des projets industriels, supports aux marchés ETS. Ces leviers sont essentiels pour faire émerger une industrie circulaire et bas carbone. 

https://taranis.eu/



Face à la complexité des transitions industrielles, Perenco et Taranis conjuguent leurs forces pour faire émerger des solutions pragmatiques et industrielles. Du stockage géologique du carbone aux technologies de rupture, elles soutiennent le développement de modèles concrets, réplicables et capables d’accélérer une transition bas carbone à grande échelle.  

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