bâtir la confiance numérique à l’ère de l’IA

OpenText, bâtir la confiance numérique à l’ère de l’IA

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Christophe GAULTIER

Leader mondial de la gestion de l’information, le groupe canadien OpenText place la souveraineté numérique et la cybersécurité au cœur de sa stratégie. Présent dans 180 pays et fort de 22 000 employés, il accompagne les grandes entreprises dans la protection et la valorisation de leurs données, à l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les équilibres technologiques.

Comment décririez-vous l’ADN de l’entreprise à quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?

OpenText a été créée en 1991 et s’est imposée comme un leader mondial des solutions de gestion de l’information. Nous comptons plus de 22 000 employés et accompagnons 98 % des entreprises du Fortune 100 dans 180 pays.

La gestion de l’information, c’est la capacité à transformer les données – souvent dispersées et non structurées – en connaissances exploitables et sécurisées. Nous aidons les entreprises à organiser, protéger et valoriser leurs informations, qu’elles soient stockées sur site, dans le cloud ou dans des environnements hybrides.

Cette mission se concrétise dans des usages quotidiens : si vous avez lu les actualités sur votre téléphone ce matin, vous avez probablement bénéficié d’OpenText sans le savoir. Nous collaborons avec des opérateurs comme Verizon ou Avatel pour assurer la visibilité et la sécurité de leurs actifs informatiques à l’échelle mondiale. Et si vous avez payé une facture via une application bancaire, il est possible que nous garantissions la fiabilité et la sécurité de cette interaction. En résumé, OpenText agit comme la colonne vertébrale de la donnée : ce qui relie, protège et fiabilise l’information dans un monde numérique en expansion.

Votre parcours est marqué par la cybersécurité et la gestion de la donnée. Qu’est-ce qui vous a personnellement attiré chez OpenText et vous semble différencier cette entreprise ?

Ce qui m’a attiré, c’est la cohérence entre la vision d’OpenText et ma conviction : la donnée doit être à la fois un actif stratégique et un bien à protéger.

Le groupe réalise 5,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont 20 % proviennent de la cybersécurité. Cette entité s’est construite au fil de quatorze années d’acquisitions et d’intégrations, notamment HPE Software en 2017 et Micro Focus en 2023.

Nous aidons les grands comptes, les PME et les fournisseurs de services à se protéger contre toutes les menaces. Aujourd’hui, l’identité est devenue la première cible des attaquants : 64 % des incidents en 2023 concernaient des attaques basées sur l’identité. Les données sont au cœur de 95 % des violations, souvent motivées par des gains financiers, et 80 % des attaques visent les applications.

Face à ces menaces, nous avons repensé la cybersécurité pour la rendre adaptative, intégrée et intelligente. Nos solutions couvrent tout le spectre : gestion des identités et des accès – comme la sécurisation des accès numériques de la Ville de Paris pendant les Jeux olympiques –, chiffrement de données (jusqu’à 12 milliards de transactions protégées par jour chez un grand retailer français), détection de failles applicatives pour des acteurs comme Jaguar, ou de grandes banques françaises.

C’est cette capacité à répondre aux nouveaux défis que l’IA amplifie – gestion, sécurité et fiabilité de la donnée – qui fait la singularité d’OpenText.

L’entreprise est née d’un projet universitaire autour du dictionnaire d’Oxford. Comment cette origine a-t-elle façonné l’identité d’OpenText dans sa relation à la donnée et à la connaissance ?

OpenText est née d’un projet académique visant à structurer et indexer le dictionnaire d’Oxford. Cette origine universitaire a profondément marqué notre ADN : nous plaçons la donnée, sa qualité et sa contextualisation au cœur de notre mission.

Dès le départ, nous avons cherché à transformer l’information brute en connaissance exploitable. Cette approche rigoureuse se retrouve aujourd’hui dans nos solutions de gestion documentaire, d’archivage, d’intelligence artificielle et de cybersécurité. Elle nous pousse à innover tout en respectant les principes de fiabilité, de traçabilité et de gouvernance.

OpenText est présent dans de nombreux pays et sert des clients parmi les plus grandes entreprises mondiales. Comment conciliez-vous cette dimension globale avec une approche locale adaptée aux spécificités de chaque marché ?

Avec une présence dans 180 pays et 98 % des entreprises du Fortune 100 parmi nos clients, OpenText combine puissance mondiale et agilité locale.

Nos équipes locales travaillent en étroite collaboration avec les clients pour répondre à leurs enjeux spécifiques, qu’il s’agisse de souveraineté, de conformité ou de performance. Nous adaptons nos solutions aux réglementations, aux contextes culturels et aux priorités sectorielles de chaque marché.

Cette approche hybride nous permet d’offrir des technologies robustes, conformes et pertinentes, tout en cultivant la proximité nécessaire à la confiance.

OpenText est souvent cité parmi les leaders mondiaux de son secteur. À votre avis, quels sont les piliers qui expliquent cette reconnaissance ?

Notre position de leader repose sur un équilibre entre innovation technologique, fiabilité opérationnelle et vision stratégique.

Nous investissons massivement dans la R&D pour anticiper les évolutions du marché, notamment autour de l’IA, du cloud et de la cybersécurité. Mais au-delà de la technologie, c’est notre capacité à comprendre les enjeux métiers de nos clients qui fait la différence.

Nous ne vendons pas des outils, nous construisons des solutions et des partenariats durables. Cette reconnaissance mondiale est le fruit d’un engagement constant : offrir des technologies utiles, évolutives et souveraines, au service de la transformation numérique.

La souveraineté numérique est devenue une préoccupation majeure en Europe. Comment OpenText aborde-t-elle cette question dans sa stratégie et dans ses solutions ?

OpenText, société canadienne, considère la souveraineté numérique comme un pilier stratégique, en particulier dans le contexte européen marqué par le RGPD, DORA, NIS et les préoccupations géopolitiques actuelles.

Nos solutions sont conçues pour garantir la localisation des données, la conformité réglementaire et l’indépendance technologique. Nous proposons des environnements cloud souverains, des hébergements en Europe et des outils de gouvernance avancés.

En France, nous travaillons avec un opérateur d’importance vitale (OIV) pour le chiffrement de ses données, afin de lui permettre de respecter la législation française.

Les données circulent aujourd’hui dans des environnements hybrides mêlant cloud, IA et cybersécurité. Comment garantir leur indépendance et leur fiabilité sans dépendre de quelques acteurs dominants ?

Nos solutions s’appuient sur trois forces : interopérabilité, modularité et standards ouverts.

Le seul possesseur des clés de chiffrement est toujours le client, jamais l’éditeur ou l’hébergeur. Nos plateformes s’intègrent dans tous les environnements sans créer de dépendance, tout en assurant la traçabilité et l’intégrité des données.

Nous intégrons également des mécanismes d’audit et une IA responsable et explicable. L’objectif est simple : garantir une gouvernance souveraine et redonner aux entreprises le pouvoir de choisir et de migrer librement.

L’IA générative bouleverse déjà la manière dont nous interagissons avec l’information. En quoi cette révolution peut-elle renforcer — ou fragiliser — notre souveraineté numérique ?

L’IA générative peut être un formidable levier de souveraineté si elle est développée et utilisée dans un cadre éthique, transparent et local.

Elle permet d’automatiser l’analyse et la valorisation des données, tout en réduisant la dépendance à des services étrangers. Mais elle peut aussi la fragiliser si elle repose sur des modèles propriétaires hébergés hors d’Europe.

OpenText privilégie une IA intégrée, sécurisée et conforme aux normes européennes, avec des options d’entraînement local et des garde-fous contre les dérives.

La souveraineté ne concerne pas seulement les États, mais aussi les entreprises et les citoyens. Comment OpenText aide-t-elle chacun de ces acteurs à mieux contrôler et protéger leurs données ?

Nous accompagnons États, entreprises et citoyens dans la maîtrise de leurs données.

En France, nos solutions sont hébergées localement, dans des environnements certifiés, garantissant la conformité au RGPD. Pour les entreprises, cela signifie une sécurité renforcée des identités, des données et des applications. Les citoyens, eux, bénéficient de services plus sûrs et respectueux de leur vie privée.

Notre ambition : redonner à chaque acteur la maîtrise de son patrimoine informationnel, en toute confiance.

Si vous deviez esquisser le futur d’une véritable indépendance numérique en Europe, à quoi ressemblerait-il selon vous ? Et quelle place OpenText aspire-t-elle à y occuper ?

Je ne suis pas convaincu que nous atteindrons une indépendance numérique complète – l’Europe n’en a pas aujourd’hui les moyens –, mais une autonomie solide est à portée de main.

Elle reposera sur trois piliers : des infrastructures fiables, des technologies ouvertes et la maîtrise de la donnée.

OpenText veut être un acteur clé de cette trajectoire, en soutenant une innovation responsable, souveraine et conforme aux standards européens. Notre rôle : faire de la confiance numérique un moteur durable d’indépendance et de compétitivité.

La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit. Elle repose sur la coopération entre États, entreprises et acteurs technologiques. À travers nos solutions et nos engagements, nous voulons prouver qu’il est possible d’innover tout en respectant les principes de transparence, de sécurité et de confiance. C’est à cette condition que l’Europe pourra bâtir une autonomie numérique durable et exemplaire.  

https://www.linkedin.com/in/christophegaultier

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