Olky, au service d’une finance numérique de confiance

À la croisée des paiements, de la conformité et des actifs numériques, le groupe Olky développe des infrastructures pensées pour concilier innovation, simplicité d’usage et souveraineté européenne. Entretien avec Karima Lachgar du comité exécutif du groupe Olky & CEO d’OlkyWallet.
Pouvez-vous nous présenter OlkyPay et la vision qui a motivé sa création ? En quoi votre projet s’inscrit-il dans l’émergence de nouvelles infrastructures de confiance dans la finance ?
OlkyPay est née à un moment charnière pour les services financiers européens, peu après l’ouverture du marché bancaire à de nouveaux acteurs grâce à la réglementation européenne sur les services de paiement, et au moment où les normes SEPA s’imposaient. Cela a permis à des établissements autres que les banques traditionnelles de proposer des services comparables, notamment en matière de comptes de paiement.
L’entreprise a été fondée en 2011 par un ingénieur en informatique qui avait déjà connu une première réussite entrepreneuriale dans le secteur médical. Dès l’origine, l’ADN du projet a donc été davantage celui d’un développeur et d’un bâtisseur de solutions technologiques que celui d’un banquier classique.
Très tôt, nous avons conçu notre développement comme une contribution à l’émergence d’une finance numérique de confiance. C’est ce qui nous a conduits à développer une bibliothèque de produits cohérente, modulaire et digitale.
OlkyPay fait aujourd’hui partie du groupe franco-luxembourgeois Olky, qui réunit quatre sociétés aux offres complémentaires. Nous proposons notamment OlkyPass, un passeport d’identité numérique qui introduit la portabilité du KYC, ainsi que Kypay, une solution d’encaissement multimodale euro/crypto. Toutes ces offres ont été pensées dans une logique plug-and-play, afin de pouvoir être intégrées simplement par d’autres acteurs. Le groupe compte aujourd’hui 120 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 43 millions d’euros. OlkyPay traite entre 6 et 8 milliards d’euros de transactions par an et l’entreprise est rentable depuis plusieurs années.
Quel problème concret du secteur financier ou des entreprises cherchiez-vous à résoudre au départ ? Comment votre plateforme répond-elle aujourd’hui à ces besoins ?
Nous avons très vite identifié deux difficultés récurrentes, à la fois chez les prestataires de services financiers et chez des acteurs non régulés, par exemple dans les marketplaces.
La première est le KYC. C’est rarement leur sujet principal, alors même que la conformité en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme représente une charge très importante, en temps, en expertise et en moyens humains. Beaucoup d’acteurs sous-estiment encore la complexité réelle de ce sujet.
La seconde difficulté concerne le traitement des flux entrants et sortants en monnaies fiat — euros ou autres devises —, en particulier lorsqu’ils sont liés à des usages blockchain ou crypto. Sur ces sujets, les grands groupes bancaires avancent souvent plus lentement, car le temps d’acculturation à ces nouvelles technologies est plus long.
C’est cette double compréhension qui nous a conduits à concevoir des services intégrés, combinant dans un même parcours le KYC des clients de nos clients professionnels et le traitement de leurs flux financiers. Notre approche couvre toute la chaîne de valeur, tout en restant modulaire : selon les besoins, nos clients peuvent choisir d’utiliser l’ensemble de nos briques ou seulement certains modules.
Qui sont aujourd’hui les principaux utilisateurs de vos solutions et dans quels cas d’usage interviennent-elles le plus souvent ?
Nous avons une clientèle professionnelle très diverse, qui va de la microentreprise jusqu’aux grands groupes industriels d’envergure internationale. Nous accompagnons aussi bien des acteurs régulés du secteur bancaire et financier que des entreprises de l’économie réelle. Au total, nous couvrons une quarantaine de secteurs d’activité.
Deux grands cas d’usage ressortent particulièrement. Le premier est celui du KYC externalisé et portable via OlkyPass. L’idée est de permettre à toute personne physique ou morale de disposer d’un profil client vérifié, documenté et réutilisable dans un écosystème composé de partenaires d’Olky.
Le second grand cas d’usage concerne le lien entre monnaies fiat et cryptoactifs : conversion euro/crypto, traitement des flux entrants et sortants, intégration de solutions de paiement adaptées aux usages blockchain. Nous nous sommes aussi spécialisés dans le secteur de la tokenisation des actifs réels, avec un ensemble de briques qui peuvent fonctionner individuellement ou être assemblées en une solution complète : émission et gestion de security tokens, swap euro/crypto, KYC des investisseurs, etc.
Dans les services financiers, l’enjeu est souvent de concilier sécurité, conformité et simplicité d’usage. Comment OlkyPay parvient-elle à trouver cet équilibre ?
Pour nous, cet équilibre repose sur une conviction simple : l’innovation financière ne peut être durable que si la conformité est intégrée dès la conception des produits. C’est ce que nous appelons en interne une logique de compliance by design. Concrètement, la conception de nos nouveaux services repose sur un dialogue constant entre expertise technologique et expertise juridique. La robustesse et la résilience des systèmes d’information sont évidemment essentielles pour garantir la sécurité, mais la sécurité passe aussi par la conformité légale et réglementaire. C’est pourquoi nous faisons travailler ensemble des profils de très haut niveau, en interne comme en externe.
En parallèle, nous attachons une grande importance à la simplicité d’usage. Dans des univers encore techniques, comme les wallets, la conservation des clés privées ou les opérations crypto, nous cherchons à supprimer au maximum les frictions. Notre objectif est de proposer des outils intuitifs, accessibles et intégrés, aussi bien pour un utilisateur final que pour une PME ou un grand groupe.
Quelles innovations technologiques, par exemple autour de l’automatisation, de la gestion des données ou de l’intelligence artificielle, jouent aujourd’hui un rôle clé dans vos solutions ?
Nous utilisons l’intelligence artificielle dans des cas ciblés, notamment pour le KYC, afin de détecter les fraudes ou les tentatives d’usurpation d’identité. Cependant, nous avons une approche pragmatique : l’IA n’est pas toujours pertinente ni suffisamment fiable selon les usages. C’est pourquoi nous nous appuyons également sur des outils de business intelligence pour analyser les données à grande échelle.
Par ailleurs, la blockchain joue un rôle structurant dans nos solutions, notamment à travers des offres de tokenisation d’actifs, qui permettent d’améliorer la traçabilité, la sécurité et la liquidité.
À plus long terme, comment voyez-vous évoluer les infrastructures de confiance dans la finance numérique, et quelle ambition portez-vous pour OlkyPay dans cet écosystème ?
Nous pensons que ces infrastructures auront un rôle essentiel dans le développement de la finance numérique, en particulier à l’interface entre finance décentralisée et monde régulé.
La blockchain ouvre des perspectives extraordinaires, aussi bien dans le paiement que dans la distribution fractionnée d’actifs grâce à la tokenisation. Mais cette transformation ne pourra s’inscrire durablement dans l’économie réelle qu’à condition d’être accompagnée par un cadre réglementaire solide. De ce point de vue, la régulation européenne, notamment MiCA, nous semble indispensable pour éviter toute dérive et construire une confiance durable.
Notre positionnement est précisément d’être à la lisière entre un monde décentralisé encore souvent marqué par l’anonymat et un univers réglementé qui exige identification, contrôle et traçabilité. Nos solutions embarquent à la fois le KYC, le paiement et le lien entre monnaies fiat et cryptoactifs.
Cette ambition s’inscrit aussi dans une vision très affirmée de la souveraineté européenne. Nous avons fait le choix de développer notre propre infrastructure IT en interne, sans recourir au cloud pour les fonctions critiques, car nous avons très tôt identifié les enjeux liés au transfert des données hors d’Europe. De la même manière, lorsque nous faisons appel à des partenaires extérieurs, nous privilégions les champions français et européens. Pour notre solution de custody, par exemple, nous avons fait le choix de travailler avec Thales. Nous avons également choisi très tôt de devenir acquéreur du schéma français Cartes Bancaires aux côtés de Visa et Mastercard et de promouvoir le paiement instantané fondé sur les standards de l’European Payment Council.
Pour les cinq prochaines années, notre feuille de route est claire : industrialiser les innovations conçues au cours des dernières années et les déployer à grande échelle. Notre objectif est d’équiper un nombre croissant d’acteurs avec des solutions robustes, résilientes, simples d’accès et souveraines. Cela suppose de continuer à attirer des compétences de très haut niveau.
Le groupe Olky en bref
Autour de la néobanque OlkyPay qui ouvre des comptes aux particuliers et aux professionnels, le groupe Olky développe des systèmes de paiement multimodalités euros / cryptos, des solutions de KYC et des outils de tokenisation d’actifs du monde réel.
120 collaborateurs, plus d’un million de clients et jusqu’à 8 Md€ de transactions par an.
Positionnement : une infrastructure financière modulaire et souveraine.
