Chantier de restauration de la cathédrale, janvier 2024.

Notre-Dame de Paris : « Par-dessus tout, le facteur humain a été la clé du succès »

Dossier : Trajectoires | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Philippe JOST (X80)
Par Alix VERDET
Par Pierre-René SÉGUIN (X73)

Notre camarade Philippe Jost, qui était depuis le début, en 2019, le bras droit du général Georgelin, a repris en 2023 le pilotage de la restauration de la cathédrale de Paris lorsque ce dernier est mort accidentellement. Un an après la réouverture solennelle de la cathédrale, il revient sur un chantier exceptionnel qui a mobilisé avec un succès reconnu et dans un délai record près de 300 entreprises et plus de 2 000 compagnons, artisans d’art, architectes, ingénieurs et encadrants, à Paris et en région. Entre rigueur des processus et développement de la confiance, il livre les recettes d’une réussite saluée par la Cour des comptes. Et il trace le programme de la poursuite des travaux, car réparer les dégâts de l’incendie n’épuise pas la satisfaction des besoins du grand vaisseau de pierre que nous ont légué à la fois les compagnons du Moyen-Âge et les artisans du XIXe siècle.

Cher camarade, un an après la réouverture de Notre-Dame, à quoi ressemble ton quotidien ? Est-il plus calme ou toujours aussi intense ?

Il reste très soutenu, pour deux raisons. D’une part, le jour d’après une grande opération génère beaucoup de travail : contrats à clôturer, dossiers de décompte à finaliser, etc. Les ingénieurs familiers des grandes opérations savent qu’il y a énormément de choses à faire dans les mois qui suivent une livraison. À titre indicatif, après les Jeux olympiques de Paris, Solideo a eu besoin de nombreux mois pour solder ces questions. D’autre part, l’aventure n’est pas terminée. Après avoir réparé les dégâts de l’incendie et rouvert la cathédrale, nous engageons un nouveau cycle de travaux. La cathédrale était en mauvais état avant l’incendie et, grâce à la générosité des donateurs (340 000 donateurs issus de 150 pays ont permis de recueillir un peu plus de 840 millions d’euros de dons) et à une gestion rigoureuse, il nous reste 140 millions. Nous entamons, avec l’accord des donateurs, de nouvelles restaurations dont le monument a besoin. Nous lançons ainsi une opération 2025-2028, qui pourra se prolonger au-delà en fonction des besoins.

Avec un an de recul, comment expliques-tu la réussite de ce chantier, salué par la Cour des comptes, fait assez rare en France ?

Cette réussite s’explique par la réunion de plusieurs facteurs de succès. Notamment par le fait d’avoir rapidement sécurisé le financement grâce à la générosité de 340 000 donateurs du monde entier dans les jours qui ont suivi l’incendie. Mais, dès le départ, il y a eu quelque chose de très important : un objectif clair. Emmanuel Macron l’a énoncé immédiatement : « Nous rebâtirons Notre-Dame de Paris », et il a ajouté, peu après : « En cinq ans ». Avoir un objectif est essentiel. On sait pour quoi on travaille, vers quoi on tend. Cet objectif était clair, affiché, public, partagé dans le monde entier, et constituait un véritable défi. Il y a eu d’autres conditions essentielles. Un pilote a été désigné d’emblée, le général Georgelin, et ce responsable a pu disposer d’un outil sur mesure : l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, créé par la loi du 29 juillet 2019 pour conduire la restauration en tant que maître d’ouvrage. Nous n’étions pas nombreux, une équipe resserrée, une task force d’une trentaine d’ingénieurs, de financiers, de juristes et aussi de professionnels chargés de valoriser le chantier et ses métiers. Autre facteur essentiel : les compétences et le savoir-faire. Ils existent en France aujourd’hui.


“Le lien entre tout, c’est la confiance.”

À la fois les compétences très spécifiques pour restaurer une cathédrale construite aux XIIe et XIIIe siècles. Mais aussi, et nous les avons en France, ces compétences nécessaires pour mener à bien de grands chantiers. Nous possédons les métiers de la coordination, de la planification, ainsi que ceux qui assurent la sécurité d’un grand chantier. Tous ces savoir-faire dont nous avons eu besoin existaient, nous avions à les mobiliser. Au-delà de ces facteurs objectifs, un facteur essentiel englobe et explique vraiment la réussite : les hommes et les femmes, le facteur humain. Nous avons su embarquer tout le monde : près de 300 entreprises à travers 160 marchés d’études et de travaux, plus de 2 000 acteurs directs – compagnons, artisans d’art, architectes, ingénieurs, encadrants – et, si l’on compte les acteurs indirects, en cinq ans nous étions jusqu’à 3 000 à 4 000 personnes, principalement des PME de la France entière. Nous avons su les unir sur un objectif commun. On a parlé de l’esprit Notre-Dame, de la famille Notre-Dame. Le lien entre tout cela, c’est la confiance.

Levage d’éléments de la charpente de la nef. © David Bordes – Rebâtir Notre-Dame de Paris.

On a beaucoup entendu dire que l’établissement public avait bénéficié d’une loi d’exception. Qu’en est-il vraiment ?

C’est faux. Non seulement les règles de droit commun se sont appliquées – code du patrimoine, code de la commande publique, code du travail – mais nous avons sans doute été l’établissement public le plus contrôlé de France. La Cour des comptes nous a contrôlés trois fois en cinq ans, ce qui est en soi une rareté. L’inspection du travail est venue en moyenne près d’une fois par semaine sur notre chantier. Notre-Dame méritait d’être un projet exemplaire, tant en termes de qualité de la restauration qu’en termes de sécurité et de respect des procédures et des différents codes. Cette exemplarité était pour nous une obligation due notamment aux donateurs et grands mécènes qui nous ont fait confiance. Nous leur devions cette transparence et cette capacité de rendre compte. Tenir les coûts et les délais de notre opération, budgétée à 700 millions d’euros, était primordial aussi vis-à-vis d’eux.

Peux-tu revenir sur cette notion de confiance entre près de 300 entreprises et une trentaine de corps de métier ? Comment s’est manifesté cet « esprit Notre-Dame » ?

La confiance met en jeu un ensemble d’éléments. D’emblée, il y avait des facteurs très favorables : Notre-Dame fait rêver, tous voulaient participer. Les entreprises des monuments historiques voulaient s’investir autant que leurs compagnons, qu’ils soient artisans d’art ou échafaudeurs, parfois de cultures et de religions différentes. Il y avait l’envie et la fierté de travailler pour Notre-Dame. Ensuite, il fallait faire fructifier cela avec sincérité. Une communication externe active a mis en valeur les savoir-faire et l’engagement des hommes et des femmes, en ne se concentrant pas que sur les plus visibles ou étincelants, mais aussi sur ceux qui travaillaient dans l’ombre. La reconnaissance est une valeur clé, elle était essentielle dans cet esprit d’engagement collectif et d’unité. En tant que maître d’ouvrage, nous ne considérions pas que tout nous était dû. Dire merci était une manière de concrétiser notre gratitude.

2e étage ajouré de la flèche. Minutieux travail de pose de la couverture en plomb sur la charpente en bois de chêne massif par un couvreur-ornemaniste.
© Rebâtir Notre-Dame de Paris

Comment cette reconnaissance s’est-elle concrètement manifestée ?

Cette reconnaissance se manifestait par plusieurs moyens. Par exemple, par des vidéos sur les opérations et les différents métiers que nous réalisions pour les réseaux sociaux, par La Fabrique Notre-Dame, le magazine de la restauration dont les huit numéros offrent une plongée au cœur des travaux qui ont conduit en cinq ans à la réouverture de la cathédrale, ou par le beau livre Rebâtir Notre-Dame de Paris. Tous ont connu un grand succès en valorisant les métiers et les compagnons. Nous avons aussi tenu à marquer les moments forts sur le chantier. Lors du franchissement d’étapes majeures, nous réunissions les acteurs concernés pour les célébrer ensemble. Par exemple, le bouquet des charpentiers : chaque fois que nous avons terminé une des charpentes de Notre-Dame, nous célébrions cette étape avec les charpentiers, mais aussi avec les échafaudeurs et les couvreurs qui avaient aidé ou allaient prendre la suite. Un autre exemple illustratif : la halle de sculpture éphémère que nous avions installée dans notre emprise de chantier, sur le parvis, pour que les sculpteurs puissent y sculpter des chimères et d’autres éléments figuratifs ou décoratifs, a également permis aux autres corps de métier de voir de près leur savoir-faire. C’était un lieu d’émerveillement collectif. Cette fierté partagée a largement contribué au sentiment d’unité et à une reconnaissance mutuelle. La mise en valeur des métiers est aussi une de nos missions fixées par la loi du 29 juillet 2019. Nous avons tiré parti de ce chantier qui suscitait l’intérêt du monde entier pour faire connaître ces savoir-faire dont la France peut être légitimement fière.

Pose du bouquet des charpentiers célébrant l’achèvement de la charpente du chœur le 12 janvier 2024. Cette tradition ancienne symbolise l’honneur des charpentiers d’avoir bien travaillé et apporterait protection à l’édifice. © David Bordes - Rebâtir Notre-Dame de Paris.
Pose du bouquet des charpentiers célébrant l’achèvement de la charpente du chœur le 12 janvier 2024. Cette tradition ancienne symbolise l’honneur des charpentiers d’avoir bien travaillé et apporterait protection à l’édifice.
© David Bordes – Rebâtir Notre-Dame de Paris.

Comment équilibres-tu l’importance des processus et celle du facteur humain ?

C’est difficile à exprimer car les deux sont nécessaires. C’est comme si vous me demandiez ce qui est le plus important pour vivre : manger ou boire ? Les deux sont indispensables. On ne peut pas faire l’économie de processus bien définis. Si la Cour des comptes nous a décerné des éloges, c’est parce que nos processus étaient précis et irréprochables. Si nos appels d’offres n’ont pas été contestés, c’est grâce au soin que nous y avons apporté. C’est nécessaire. Seulement, ce n’est pas suffisant. Il ne faut surtout pas se rassurer une fois qu’on a mis en place toutes les machines bien huilées que sont tous les processus car, sur un tel chantier, les difficultés y sont multiples et quotidiennes. La vraie vie commence une fois qu’on a défini les processus. La vraie vie, ce sont les hommes et les femmes qui les mettent en œuvre, qui les incarnent. Concrètement, quand nous attribuions un appel d’offres, nous faisions venir le dirigeant de l’entreprise dans notre bureau à l’Élysée et nous lui disions : « Bravo, merci, vous avez remporté ce marché. Vous êtes conscient de l’enjeu. Vous savez que le monde entier a les yeux fixés sur Notre-Dame. Nous comptons sur votre engagement total. Nous allons réussir ensemble. Nous, maîtres d’ouvrage, sommes là pour vous aider. » Et la suite était importante : « Si vous avez une difficulté, n’attendez-pas, mettez-la sur la table et parlons-en. Nous allons examiner ensemble comment la résoudre rapidement. Et, s’il le faut, nous vous aiderons. » Ce n’était pas un simple discours. Un grand chantier, même avec près de 300 entreprises, c’est un village où tout se sait. Si, lorsque les premières difficultés arrivent, on dit aux entreprises « débrouillez-vous, c’est votre problème », on grippe la machine. Nous nous mettions donc autour d’une table, nous examinions ensemble le problème et, si nécessaire, nous aidions à le résoudre de manière constructive.

Comment avez-vous fait pour tenir les délais du « chantier du siècle » ?

Quand nous aidions à résoudre rapidement une difficulté, y compris en participant financièrement au règlement, nous agissions en investisseur avisé. Un problème non résolu, c’est comme un incendie qu’on ne traite pas à temps : il se développe. Si le problème n’est pas réglé rapidement, trois mois plus tard ses conséquences ont été multipliées par 10, un an plus tard par 50. C’est ainsi qu’on peut se retrouver avec des dépassements gigantesques, en délais comme en coûts, parce que les gens sont restés bloqués sur un problème non résolu au lieu de traiter le fond. Nous ne cherchions pas un coupable, nous cherchions une solution. Nous avions, à cette intention, prévu des provisions dans notre budget.


“Il vaut mieux participer au règlement rapide d’un problème en participant à la solution.”

Lorsque nous aidions à résoudre un problème et contribuions au financement d’une solution, c’était la manière la plus avisée pour nous, maîtres d’ouvrage, de gérer notre budget. Car nous évitions des contentieux imprévisibles et surtout des retards qui bloquent la machine. Le fonctionnement d’un grand chantier représente plusieurs millions d’euros par mois. Si votre chantier prend du retard, vous en imaginez les conséquences globales en termes de surcoût. Il vaut donc mieux participer au règlement rapide d’un problème en participant à la solution.

Comment se sont passées les relations avec l’environnement institutionnel : le clergé, la mairie de Paris, les donateurs ?

Il y a effectivement un environnement institutionnel assez touffu. Les mêmes règles produisent les mêmes effets : la clé, c’est le lien, la proximité et la confiance. Il faut faire fonctionner l’humain ; ce sont des personnes. Au diocèse de Paris, par exemple, c’est l’archevêque, le recteur-archiprêtre, sa cheffe de projet. À la Ville de Paris, trois ou quatre personnes principales. Dans tous les cas, il s’agit de nouer une relation de confiance. De même avec les grands mécènes et donateurs, qui voulaient avoir l’assurance que leur don était bien dépensé. Nous avons créé un comité de donateurs, instance qui n’a pas d’équivalent dans d’autres établissements publics, que nous réunissons deux fois par an. Au total, une relation de confiance extraordinaire avec nos donateurs s’est nouée. C’est la condition du succès. Quand il y a une difficulté, on s’appelle, on ne commence pas par des courriers avec AR, des juristes ou des avocats pour la résoudre. On commence par parler. Il faut nouer la relation de proximité et de confiance avec un petit nombre d’acteurs essentiels. Chaque matin, on se lève en se disant : « Qu’est-ce qui aujourd’hui freine ? Qu’est-ce que je fais pour débloquer ces freins ? Qui dois-je appeler ? Quelle réunion dois-je organiser ? » C’est très concret : diocèse, ville de Paris, correspondants au ministère de la Culture, à la préfecture de police, à la préfecture de région, à l’ARS (agence régionale de santé),
à la DRAC Île-de-France (direction régionale des affaires culturelles)… Au-delà de chaque institution ou entité, c’est un réseau de personnes qui se connaissent et qui sont mobilisées. Finalement, c’est l’unité et la volonté d’aboutir dans la proximité et la confiance qui sont déterminantes.

Quelle est ta position sur la doctrine patrimoniale ? C’était un sujet très sensible…

Nous avons connu une phase sensible et déterminante, entre fin 2019 et début 2021, pendant que nous sécurisions la cathédrale et évacuions les vestiges et décombres. En même temps, nous réfléchissions au parti de restauration, arrêté pour l’essentiel en juillet 2020. Les grandes questions portaient sur la flèche, les charpentes : devait-on reprendre le dessin à l’identique des charpentes médiévales disparues ou choisir un dessin contemporain ? La conviction qui s’est imposée de manière consensuelle, dans le calme des bureaux, fut celle d’une restitution à l’identique de la flèche, des toitures et des voûtes de la cathédrale, telles qu’avant l’incendie. Ce qui implique l’apparence, les matériaux et les modes opératoires. Les matériaux – chêne massif, pierre de taille, plomb – et les modes opératoires ont été respectés. Par exemple, une nouvelle chimère n’est pas créée par une imprimante 3D mais sculptée à la main, comme au XIXe ou au XIIIe siècle. C’est un savoir-faire qui heureusement existe encore en France, au XXIe siècle.

Détail de voûtes avant 
et après nettoyage, 
mars 2022. © David Bordes - Rebâtir Notre-Dame de Paris.
Détail de voûtes avant et après nettoyage, mars 2022.
© David Bordes – Rebâtir Notre-Dame de Paris.

Ce choix des matériaux d’origine et des modes opératoires est très important : cette cathédrale a 860 ans et nous la restaurons pour au moins 860 ans, pas pour quelques dizaines d’années. Or vous trouvez difficilement un matériau nouveau garantissant une durabilité de 860 ans. Les garanties décennales existent, mais de nombreux édifices récents nécessitent des travaux importants au bout de 40 ou 50 ans. Trouveriez-vous un mode constructif contemporain qui vous donne l’assurance pour une cathédrale de durer plusieurs centaines d’années ? Quand vous faites une voûte avec des pierres, quand vous faites une flèche en bois et en plomb, vous savez que ça va tenir très longtemps. C’est une approche totalement rationnelle. La charpente qui a brûlé, installée au début du XIIIe siècle, était toujours debout au moment de l’incendie. En refaisant une charpente en chêne massif, taillée selon les modes opératoires de l’époque, nous garantissons sa durabilité. Notre objectif était de rouvrir la cathédrale en cinq ans, dans une restauration exemplaire, ce qui comprend la beauté, la qualité et la durabilité.

Juin 2023 : une halle éphémère a été installée sur l’emprise du chantier, sur le parvis de la cathédrale, pour que 
les sculpteurs puissent 
y sculpter des chimères et d’autres éléments figuratifs ou décoratifs. © David Bordes - Rebâtir Notre-Dame de Paris.
Juin 2023 : une halle éphémère a été installée sur l’emprise du chantier, sur le parvis de la cathédrale, pour que les sculpteurs puissent y sculpter des chimères et d’autres éléments figuratifs ou décoratifs.
© David Bordes – Rebâtir Notre-Dame de Paris.

Finalement, qu’est-ce que ce chantier dit de la France ?

Cela dit qu’il ne faut pas douter de la France. Mais je vais le dire de manière positive : il faut avoir confiance dans les ressources de notre pays et dans ses capacités. Notre pays a des ressources extraordinaires. Il faut s’unir, avoir un objectif, se mobiliser. Aujourd’hui, si nous unissons les Français sur un grand projet, nous pourrons réaliser des choses formidables. Je pense que c’était l’intuition du président Macron en 2019, comme pour les Jeux olympiques de Paris : avoir des aventures collectives françaises qui unissent et sont des succès visibles dans le monde entier. Pensez à la cérémonie du 7 décembre 2024, où les chefs d’État du monde entier étaient dans la cathédrale et ont découvert, émerveillés, non seulement le respect des cinq ans, mais une cathédrale incroyable par sa beauté. Ils étaient bluffés, à juste titre. Cela véhicule un vrai message de confiance, de fierté et d’optimisme, et c’est très important par les temps qui courent.


“Il faut avoir confiance dans les ressources de notre pays et dans ses capacités.”

Et qu’est-ce que cela dit de Notre-Dame elle-même ?

Lorsque j’ai vu le mouvement suscité par l’incendie dans le monde entier, je me suis dit qu’il n’y avait probablement aucun monument au monde qui pourrait créer une telle émotion, un tel impact. Notre-Dame de Paris incarne beaucoup de choses. C’est d’abord un sanctuaire marial catholique, dédié à la Vierge Marie et aussi qui accueillle la couronne d’épines, ce qui a un grand retentissement notamment aux États-Unis, en Amérique latine, en Europe de l’Est, dans l’univers orthodoxe. C’est l’histoire de France. Paris continue à avoir un impact énorme dans le monde entier. C’est un monument patrimonial incroyable : la première grande cathédrale gothique, la transition entre le premier gothique et le gothique rayonnant. C’est la première parmi les grandes cathédrales gothiques, avant Chartres, Reims, Amiens. Elle a un équilibre, une grâce et un classicisme extraordinaires. Au sens spirituel, au sens de l’histoire de France, au sens de la capitale avec tout son rayonnement, cela parle au monde entier. C’est ce qu’a exprimé l’élan de générosité de 150 pays. C’est unique ! C’est pourquoi il était important d’agir vite et de restituer à l’identique cette cathédrale.

Cette cathédrale ressuscitée en cinq ans incarne maintenant non seulement la France, mais aussi sa résilience et sa capacité à réaliser des projets ambitieux, exigeants et difficiles. Cela ajoute un chapitre à la longue histoire de Notre-Dame de Paris : elle aura été le témoin d’un défi que la France a relevé, montrant sa capacité à réaliser des choses formidables au XXIe siècle. Il faut remercier Victor Hugo qui, au xixe siècle, a contribué à l’engouement populaire, puis les multiples adaptations qui ont été faites de son roman, le dessin animé bien connu de Disney, la comédie musicale Notre-Dame de Paris… Toutes ces dimensions culturelles ont contribué à la notoriété mondiale du monument. D’ailleurs, la première communauté étrangère donatrice a été les États-Unis.

Le 29 novembre 2024, 1 300 compagnons, artisans, mécènes et donateurs se sont réunis dans la nef de la cathédrale à l’occasion de la visite présidentielle marquant la fin des travaux ayant permis la réouverture de la cathédrale.
© Sarah Steck / Présidence de la République

La restauration de Notre-Dame n’est pas finie, peux-tu nous dire quels sont les chantiers à venir ?

Nous avons en cours la réalisation de nouveaux vitraux pour des chapelles de la nef, commande financée par l’État qui fait suite à une initiative de l’archevêque de Paris approuvée par le président de la République.
À l’issue de la consultation que nous avons engagée, accompagnés par un comité artistique, en avril 2024, le binôme formé par l’artiste Claire Tabouret et l’Atelier Simon-Marq a été choisi en décembre dernier pour réaliser les six nouveaux vitraux illustrant la Pentecôte, qui orneront des chapelles du bas-côté sud de la nef de la cathédrale. Les dessins grandeur nature de Claire Tabouret, finalisés l’été dernier, à partir desquels la réalisation des vitraux débute en atelier, sont exposés au Grand Palais jusqu’en mars prochain. J’invite nos lecteurs à aller les découvrir. Le projet sera, j’en suis convaincu, une très belle réussite.

Repose du vitrail restauré d’une des baies hautes du chœur.
© David Bordes Rebâtir Notre-Dame de Paris.

Par ailleurs, grâce à la générosité des donateurs et à notre gestion rigoureuse, nous avons 140 millions d’euros de fonds restants sur les plus de 840 millions collectés. Les travaux que nous venons d’engager, qui portent principalement sur le chevet – dont les grands arcs-boutants –, vont s’étendre jusqu’en 2028. Mais d’autres travaux extérieurs sont nécessaires à brève échéance, pour lesquels le financement reste en grande partie recherché. Ils concernent la sacristie, les trois grandes roses, certes épargnées par l’incendie mais nécessitant une restauration complète et la mise en place de verrières de doublage. Puis les façades nord et sud du transept, les arcs-boutants de la nef et l’arrière des tours.

J’adresse donc à la grande famille polytechnicienne un appel à sa générosité. Il vous est possible de faire un don sur le site Rebâtir Notre-Dame de Paris, pour que Notre-Dame offre son plus beau visage au monde entier ! 


Pour aller plus loin

  • Faire un don sur www.rebatirnotredamedeparis.fr
  • La Fabrique de Notre-Dame, le journal de la restauration (n° 8), disponible en français ou en anglais, 116 pages, prix public : 12 € (l’intégralité des bénéfices sera reversée au projet de restauration), coédité avec Connaissance des arts, grâce au soutien du groupe LVMH. 
  • Coffret regroupant les 8 numéros de La Fabrique de Notre-Dame, prix public : 96 € (l’intégralité des bénéfices sera reversée au projet de restauration), coédité avec Connaissance des arts, grâce au soutien du groupe LVMH.
  • Rebâtir Notre-Dame de Paris (édition collector), le livre officiel de la restauration, disponible en français ou en anglais, éditions Tallandier, 54,90 € – 336 pages.

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