Keepers : comment appréhender les multiples facettes des très hauts patrimoines ?

Acteur engagé, Keepers entend imposer un modèle rigoureusement indépendant dans la gestion de fortune, pour que le patrimoine redevienne un moteur de l’économie réelle et une source de fierté.
Pouvez-vous présenter votre entreprise ? En quoi se distingue-t-elle des autres Multi-Family Offices (MFO) ?
Keepers est l’un des principaux MFO français accompagnant 20 des plus grandes familles entrepreneuriales (5 Mds supervisés, 30 collaborateurs). En raison de leur surface patrimoniale et financière, les très hauts patrimoines rencontrent de nombreux irritants dans le cadre d’une gestion classique : multi bancarisation, frais, manque de transparence, hyper financiarisation. Nous les aidons à reprendre le contrôle des opérations. Nous avons choisi, à contre-courant de l’écosystème, un modèle de rémunération désintéressée exclusivement en honoraires fixes, afin de ne pas être juges et parties. Histoire familiale à tout niveau, Keepers appartient à ses dirigeants, équipes et actionnaires familiaux.
Pourquoi la gestion de patrimoine, pourtant si stratégique, laisse encore tant de familles fortunées dans l’insatisfaction ou la défiance ?
Le système se complexifie en permanence : produits ultra-transformés, de plus en plus synthétiques, sophistiqués, éloignant toujours plus la finance de l’économie réelle, et donc du patrimoine dont la vocation originelle devait être de financer les entreprises et la création de valeur. C’est opaque, illisible, à tel point qu’on ne sait plus ce que l’on finance. L’industrie fonctionne sur un modèle économique basé sur les commissions, en partant de la vente de produits sans s’interroger sur l’adéquation de la méthode ni de l’utilité des allocations proposées, omettant de ce fait l’intérêt même du client. Ce fonctionnement a aussi pour conséquence de multiplier les frais, érodant une partie importante de la performance.
Dans un environnement saturé de produits financiers et de promesses commerciales, comment distinguer un vrai conseil d’un simple argument de vente ?
Envisagerait-on un avocat rémunéré par une autre personne que son client ? Dès lors qu’un tiers rémunère indirectement tout ou partie de la prestation, un doute s’installe : la recommandation profite-t-elle plus au client ou au conseiller ? Pour nous, c’est simple : il faut choisir entre conseiller ou vendre. C’est en le dissociant de la vente que l’on garantit un conseil désintéressé, que l’intérêt du client prime sur toute autre considération. Vu les montants, mieux vaut rémunérer un vrai conseil, qui permet des économies conséquentes sur le long terme ; la construction opaque du système finit toujours par rendre les produits beaucoup plus coûteux. Le patrimoine s’entretient : il ne faut pas voir cet accompagnement comme un coût, mais comme un investissement.
Peut-on réellement gérer un patrimoine familial comme on pilote une entreprise, avec une vision, une gouvernance, des indicateurs de performance ?
Comme pour une entreprise, il est indispensable d’établir une véritable stratégie patrimoniale. Les très hauts patrimoines doivent s’entourer d’une équipe très qualifiée, à l’image des institutionnels, pour professionnaliser la gestion. Ces compétences essentielles apportent planification, méthode, contrôle, process, tableaux de bord – mesurabilité, vérification, sécurité – pour un suivi en temps réel. Les montants supervisés justifient une vigilance hautement professionnelle : équivalents à la trésorerie d’un institutionnel, ils requièrent une administration particulièrement exigeante. L’intérêt d’un MFO, c’est aussi de croiser les retours d’expériences. En mutualisant les familles, nous mutualisons la connaissance, les compétences et les bonnes pratiques au service d’une gestion intransigeante.
Comment créer un climat de confiance durable entre une famille et son conseil patrimonial, à l’heure des frais cachés et des conflits d’intérêts généralisés ?
Commencer par ne pas prendre de commissions et être en mesure d’en attester. Keepers dispose d’un document établi par un commissaire aux comptes prouvant que pas un seul centime ne provient de commissions. Il est urgent de scinder le conseil de la vente, de matérialiser la frontière d’intérêts : vendre des produits c’est bien, il en faut. « Offrir » du conseil pour vendre un produit, c’est non. Si les banquiers, l’industrie sont côté vendeur, un MFO doit impérativement être côté acheteur pour représenter son client. Sa mission est de définir une stratégie, faire des arbitrages, analyser les propositions, négocier et valider les prix, monitorer sa performance, identifier les bons partenaires, animer son écosystème. Ce qui est incompatible avec la vente.
L’accompagnement holistique d’un patrimoine – intégrant finance, transmission, gouvernance et impact – est-il en train de devenir la nouvelle norme ?
Keepers veut imposer ce modèle de rupture, être une force motrice pour les MFO, capable de proposer une alternative responsable, transparente, rigoureusement indépendante. En plus d’administrer l’ensemble du patrimoine, l’accompagnement holistique recoupe des enjeux de sécurité (informatique) et de confidentialité, de gouvernance, de formation des enfants, d’alignement des membres de la famille, mais aussi de traitement de la donnée – un enjeu colossal pour de telles surfaces financières. Une stratégie holistique va bien au-delà d’une excellente stratégie financière. Cela suppose d’écrire un plan sur les 10-20 prochaines années avec sa descendance, et de séquencer un déploiement qui intègre la multitude des paramètres techniques associés (liquidité, sécurité, rendement, seuil de douleur). Une bonne gestion patrimoniale ne peut plus être la résultante d’une accumulation de produits, comme c’est encore trop souvent le cas.
Comment une vision de long terme dans les allocations d’actifs permet-elle de concilier création de valeur et soutien à l’économie réelle ?
Les modèles faisant fi des critères sociaux et environnementaux ne tiennent plus. Investir autrement est un impératif autant qu’une décision économiquement pertinente. Le coût mondial de la transition énergétique est estimé à 1,2 point de PIB vs 15 points pour l’inaction1. La transformation profonde de l’économie est déjà en marche mais la vague qui nous attend est immense : il faut voir loin et identifier quels seront les leviers et les acteurs de cette chaîne de transformation pour les accompagner. Il est possible de mettre la performance au service de l’intérêt général. À noter que l’intérêt général peut aussi être rémunérateur. Cela nécessite une bonne compréhension des méga-tendances, dans un monde toujours plus difficile à décrypter. Se doter d’une expertise prospective propriétaire était déjà incontournable ; c’est devenu impérieux. C’est aussi cela, un MFO pleinement ancré dans le réel.
Quelles sont vos ambitions ? Vos perspectives dans les années à venir ?
Continuer à se déployer à un rythme soutenu afin de faire de Keepers un acteur fédérant les familles autour de projets et de valeurs fortes. Au-delà de poursuivre notre croissance, cet objectif répond à notre volonté de devenir le « hub » des grandes familles françaises. Keepers a toujours eu cette vocation inspirationnelle : incarner un lieu d’échanges, réunir et faire dialoguer des acteurs – décideurs, intellectuels, économistes, politiques – pour toutes les grandes fortunes qui s’interrogent sur l’utilité de leur patrimoine.




