Modernité

« Il faut être absolument moderne »
Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer
Debussy, Szymanowski : quatuors
Le quatuor de Debussy, composé en 1893, marque une rupture décisive avec les structures classiques que Brahms, par exemple, aura pratiquées jusqu’à sa disparition en 1897. Liberté de l’architecture – abandon de la forme sonate –, variations fréquentes et quasi aléatoires de rythme et, surtout, apparition d’harmonies jamais entendues jusqu’alors. On comprend les réactions interloquées du public qui découvrait une musique absolument nouvelle. Cette rupture avec les formes du xixe siècle, héritées elles-mêmes de l’époque baroque, symbolise parfaitement cette marche vers la modernité dont les Impressionnistes ont été, en peinture, les pionniers et qui va imprégner toute la musique du siècle suivant.
Szymanowski, une trentaine d’années plus tard, compose deux quatuors qui se situent dans la droite ligne de celui de Debussy, tout en innovant à leur tour. En enregistrant les trois quatuors sur un même album, le Quatuor Belcea, qui avait déjà gravé une première version du quatuor de Debussy, met en évidence la parenté avec ce chef-d’œuvre des deux quatuors de Szymanowski, qui sont inexplicablement peu joués à ce jour et qui méritent la découverte.
1 CD ALPHA-CLASSICS
Haydn : les 6 quatuors « Erdödy »
Sir Simon Rattle, à qui l’on demandait quel était le compositeur dont il aimait le mieux diriger les œuvres, répondit sans hésiter : « Haydn ». Avec plus de 80 quatuors composés tout au long de sa vie, Haydn aura été le père fondateur du quatuor dont il a posé les bases et dont bien d’autres, à commencer par Mozart et Beethoven, s’inspireront.
Parmi ce foisonnement d’œuvres marquées par la perfection formelle, la clarté, l’humour parfois et, par-dessus tout, la liberté, les six quatuors de l’opus 76 se distinguent par une extrême richesse de l’écriture, tour à tour une fantaisie et une profondeur rares. Chacun de ces six quatuors est analysé avec une grande intelligence dans le livret qui accompagne l’album enregistré par le Quatuor Arod. Le plus célèbre est le n° 3 du cycle, dénommé « l’Empereur », qui contient le thème de ce qui devait être l’hymne autrichien puis allemand et ses variations d’une extrême subtilité.
Tout en étant rigoureusement fidèle à la tradition classique, Haydn tente ici et là une échappée vers la modernité, telle qu’on la rencontrera, par exemple, dans l’introduction ineffable du quatuor « Les Dissonances » de Mozart, précisément dédié à Haydn.
Si vous n’avez pas encore pénétré le monde des quatuors de Haydn, courez écouter ces six quatuors de l’opus 76 : une merveille.
2 CD ERATO
Louis Couperin
Louis Couperin est beaucoup moins connu que son neveu François (Les Barricades mystérieuses, Sœur Monique…). Et pourtant il a révolutionné la musique de son temps – le Grand Siècle – avec une liberté et une créativité dont seul Debussy a fait preuve plus de deux siècles plus tard.
Louis Couperin est issu d’une dynastie de paysans de la Brie qui étaient aussi musiciens de campagne et rien ne le prédestinait à devenir un des musiciens les plus en vue à la cour de Louis XIV et l’un des grands compositeurs de l’époque, avec Lully et Froberger. L’anecdote qui a changé le cours de sa vie vaut la peine d’être contée. Louis, jeune, vient donner l’aubade, avec quelques camarades, sous les fenêtres de Jacques Champion de Chambonnières, claveciniste en titre de la cour de Louis XIV, en villégiature dans son château champenois. Chambonnières, séduit par cette musique nouvelle, se fait présenter le compositeur. Il l’emmène avec lui et le présente à la cour. On connaît la suite, qui verra Louis Couperin devenir musicien de cour et titulaire de l’orgue de l’église Saint-Gervais, l’une des plus importantes paroisses de Paris.
Mort à 35 ans (comme Mozart), Louis Couperin a laissé une œuvre foisonnante (plus de 200 pièces) pour clavecin, orgue et ensemble de violes, composée de suites de danses, fugues, fantaisies, « simphonies », où tout sonne « étrange et neuf ». Le grand claveciniste Jean -Rondeau a consacré plusieurs années à rassembler les manuscrits dispersés à travers le monde. Il a enregistré l’intégrale de l’œuvre de Louis Couperin en s’attachant à rechercher les clavecins et les orgues anciens (ou copies d’ancien) les plus adaptés aux pièces enregistrées. Un livret riche en explications et iconographie complète cet ensemble qui révèle en Louis Couperin, au XVIIe siècle, un précurseur de la modernité.
10 CD ERATO



