Mincatec Energy : une voie française pour sécuriser le stockage de l’hydrogène

Dirigée par Yann Genninasca, Mincatec Energy mise sur une technologie de stockage solide de l’hydrogène qui rompt avec les standards dominés par le stockage gazeux et liquide. Installée à Belfort et lauréate du programme France 2030, elle prépare aujourd’hui son industrialisation. Rencontre avec son président fondateur.
Qu’est-ce qui vous a conduit à l’hydrogène ?
Mon parcours a d’abord été celui de l’automobile et de l’aéronautique. J’ai travaillé chez PSA, puis chez Renault Sport sur le développement moteur, avant de rejoindre Safran où j’ai créé et dirigé une filiale en Espagne. En fondant Mincatec Energy, j’ai voulu anticiper les ruptures technologiques. Très vite s’est posée la question de la ressource énergétique de demain. En 2016, alors que le sujet restait méconnu, nous avons identifié l’hydrogène. Parmi ses trois maillons — production, transport, stockage — nous avons choisi d’explorer le dernier, jugé secondaire à l’époque. Beaucoup y voyaient une impasse. Aujourd’hui, il est reconnu comme le verrou principal de la filière.
Concrètement, comment fonctionne votre technologie de stockage solide ?
Nous exploitons les propriétés des hydrures métalliques. L’hydrogène est absorbé par une poudre métallique où il se fixe pour créer un nouveau solide cristallin appelé hydrure. Lorsqu’on ouvre le réservoir, l’équilibre thermodynamique est rompu : l’hydrogène est restitué naturellement, sans réaction chimique et sans apport énergétique important. Trois atouts en découlent : sécurité, rendement et durabilité. Contrairement à l’hydrogène comprimé, nous travaillons à 10 bars et non à 700. Contrairement au liquide, nous n’avons pas besoin de maintenir du froid à –253 °C. Et, à la différence des batteries, nos réservoirs n’utilisent pas de terres rares et conservent 80 % de leurs performances après trente ans.
La sécurité semble au cœur de votre démarche. Pourquoi ?
Parce que c’est le point sensible de l’hydrogène. Dans nos réservoirs, il est réellement piégé dans un solide. Même soumis à un choc, il n’y a pas d’explosion possible. Quant aux fuites, elles sont négligeables : moins de 0,13 g par an selon des mesures indépendantes, soit mille fois moins qu’un simple briquet. Cela ouvre des perspectives inédites : stockage dans les bâtiments, intégration sur des engins de chantier, usages dans des environnements confinés.
Pourquoi avoir choisi l’aluminium plutôt que l’inox pour vos réservoirs ?
L’inox est simple à travailler mais mauvais conducteur thermique. Or, la performance des hydrures dépend précisément de la température. En adoptant l’aluminium, nous pouvons piloter les conditions thermodynamiques de façon optimale. Résultat : un temps de charge plus rapide que celui de nos concurrents, et un débit suffisant pour alimenter une pile à combustible de 30 kW avec un seul réservoir de 1 kg d’hydrogène. Cette avancée a nécessité l’invention de procédés de soudure spécifiques, aujourd’hui protégés par brevet. C’est ce qui fait notre véritable singularité industrielle.
Votre technologie est-elle adaptée à tous les usages ?
Pas à tous mais à de nombreux. Pour stocker un kilo d’hydrogène, il faut environ 72 kilos de réservoir. Cela exclut l’aviation et les véhicules très légers. Mais pour les trains, les navires, les engins de chantier ou le stockage stationnaire, l’équation est favorable : la sécurité et l’efficacité énergétique l’emportent largement. D’ailleurs, Toyota, Hyundai ou SAIC en Chine annoncent déjà leurs travaux sur le stockage solide.
Pourquoi avoir implanté votre usine à Belfort ?
Ce fut d’abord une rencontre. Le préfet du territoire a identifié notre technologie comme complémentaire à l’écosystème régional. Belfort dispose d’un tissu industriel dense, d’un savoir-faire historique en énergie et d’une proximité avec des acteurs tels qu’Alstom, General Electric et Arabelle Solutions permettant de bénéficier de leurs infrastructures de sécurité. Aujourd’hui, nous comptons 17 salariés et préparons une montée en puissance proportionnelle à notre évolution commerciale.
“Notre technologie de stockage solide place la sécurité, le rendement et la durabilité au cœur de l’innovation hydrogène française.”
Quels sont vos objectifs industriels ?
Notre première ligne est conçue pour 2 500 réservoirs par an en une équipe, extensible à 5 000 avec deux équipes. Nous n’avons pas l’ambition d’une « gigafactory », mais celle d’une ligne pilote robuste, maîtrisée et duplicable. Le jalon décisif est la certification DESP (Directive européenne sur les équipements sous pression), indispensable pour passer du prototype au marché. Nous devrions l’obtenir à l’automne, ouvrant la voie à la commercialisation.
Quels marchés ciblez-vous en priorité ?
Trois axes. D’abord l’industrie lourde — aciéries, cimenteries, verreries — déjà consommatrice d’hydrogène, mais qui doit décarboner ses approvisionnements. Ensuite, le secteur énergétique : nos réservoirs permettront de stocker l’excédent des énergies renouvelables et de sécuriser les électrolyses alimentées par le nucléaire. Enfin, la mobilité lourde : engins de chantier, trains, applications maritimes. Nous travaillons déjà avec plusieurs industriels sur des démonstrateurs. La modularité de nos réservoirs, adaptables au centimètre près, facilite leur intégration dans des systèmes existants.
Votre stratégie semble aussi résolument internationale. Pourquoi ?
Parce que le marché de masse ne se jouera pas seulement en Europe. La Chine, la Corée ou le Japon avancent vite, avec des moyens considérables et des volumes déjà significatifs. J’y ai passé plus de vingt jours cette année. Nous avons ouvert des antennes commerciales en Asie et au Moyen-Orient, et intégré l’association chinoise de l’hydrogène. C’est un signal fort. Un réservoir produit à Belfort coûte déjà deux fois moins cher que son équivalent chinois en inox. Il nous revient maintenant de transformer cet avantage technologique en parts de marché.
Quelles sont les prochaines étapes pour Mincatec Energy ?
Finaliser la certification, industrialiser, puis franchir le cap le plus exigeant : convaincre nos premiers clients de passer du démonstrateur au contrat industriel récurrent. C’est la condition du passage de la preuve de concept à la production de série. Nous abordons cette phase avec confiance, car nous avons déjà levé plusieurs verrous technologiques. Mais au-delà de l’avantage compétitif, il y a une conviction : démontrer qu’une PME française issue d’un bureau d’ingénierie indépendant peut contribuer à résoudre l’un des plus grands défis énergétiques de notre époque.
Si vous deviez résumer l’ambition de Mincatec Energy ?
Nous voulons faire du stockage solide une solution industrielle crédible, au service de la sécurité, de l’efficacité et de la décarbonation. Enfin, nous souhaitons montrer que l’innovation française peut compter dans la compétition mondiale de l’hydrogène.



