L’ensemble de l’équipe Metreecs au bureau de Paris.

Metreecs : la révolution dans la gestion des stocks

Dossier : Trajectoires | Magazine N°811 Janvier 2026
Par Dominique VALENTINY (X84)

En 2024, Élie Dufeu (X19) a cofondé Metreecs, qui exploite les données clients, les facteurs externes et les tendances commerciales pour fournir grâce à l’intelligence artificielle des informations exploitables sur les stocks, afin d’aider les entreprises à fonctionner de manière plus efficace, durable et rentable. Son modèle, conçu pour être multisecteur, couvre aussi bien la mode que l’industrie ou le B2B. 

Quel est ton parcours ?

Mon parcours a commencé par une prépa PC au lycée Henri-IV, puis l’intégration de l’X en 2019. Attiré par les mathématiques appliquées et l’IA, j’ai choisi un parcours d’approfondis­sement en mathématiques appliquées en 3année. Mon stage de 2e année chez Datakalab (rachetée depuis lors par Apple) m’a permis de travailler avec des chercheurs de l’ISIR et du CNRS, renforçant mon intérêt pour la recherche. Après l’X, j’ai rejoint Columbia à New York pour un master en data science et découvert l’écosystème start-up américain. Avant de lancer M en septembre 2024, j’ai travaillé huit mois comme ingénieur machine learning chez Virtu Financial, entreprise cotée sur le Nasdaq, où j’ai développé des algorithmes pour le marché financier.

Martin Dimitrov, Élie Dufeu (X19) et Thibaut Pellegrin, cofondateurs de Metreecs.
Martin Dimitrov, Élie Dufeu (X19) et Thibaut Pellegrin, cofondateurs de Metreecs.

Tu as fondé Metreecs avec deux cofondateurs, Thibaut Pellegrin et Martin Dimitrov, peux-tu nous parler d’eux ?

Martin, un ami de longue date, nous a réunis avec Thibaut. Nous avions tous les trois un esprit entrepreneurial et on s’est mis à échanger très régulièrement, presque tous les jours pour trouver une idée de start-up à lancer. L’objectif était de trouver un projet qui nous intéresse, qui utilise nos compétences et pour lequel il y avait un vrai besoin d’innovation.

Comment vous est venue l’idée de créer Metreecs ?

Tout est parti de notre expérience combinée : Thibault apportait sa connaissance approfondie du retail et de ses problèmes logistiques, Martin son regard d’investisseur du capital-risque et sa veille sur les tendances du secteur, et moi mon expertise en algorithmes et en data. On avait tous les trois le même constat : le secteur de la distribution reste un domaine incroyable­ment manuel, presque « poussiéreux », alors qu’il regorge de processus à optimiser grâce à l’intelligence artificielle. Nous avons mené nos études de marché et découvert un vide surprenant : il n’existait pas de solution uniforme, capable de lier vraiment la prédiction fine de la demande à l’optimisation des stocks. Les géants du secteur, comme les ERP traditionnels, étaient soit trop rigides, soit trop généralistes. C’est cette convergence d’expertises et ce manque flagrant sur le marché qui nous ont convaincus : il y avait une place pour Metreecs.

Quelle est l’activité de Metreecs ?

Notre activité consiste à prédire la demande dans le retail pour optimiser l’inventaire de nos clients. Nous travaillons avec des distributeurs de tous secteurs : des marques de mode, de cosmétiques, de joaillerie, ou encore des acteurs de la grande distribution. Aujourd’hui, la gestion des stocks repose souvent sur des outils obsolètes : des fichiers Excel, des solutions vieilles de quinze ans ou des ERP dépassés. Notre objectif est de moderniser tout cela, en utilisant l’intelligence artificielle pour prédire les ventes avec une précision inégalée.


“Que chaque produit soit disponible au bon endroit, au bon moment.”

Prédire les ventes magasin par magasin est un défi complexe, car les ventes sont très irrégulières, influencées par des facteurs externes imprévisibles – un produit peut ne pas se vendre un jour pour des raisons aussi simples que la météo ou une tendance passagère. Nous avons développé, pendant plus d’un an et demi, des modèles propriétaires d’IA capables de générer des prédictions ultraprécises. Ensuite, grâce à des algorithmes développés en interne nous optimisons l’allocation des stocks pour garantir que « chaque produit soit disponible au bon endroit, au bon moment ». C’est une phrase que l’on répète souvent à nos clients. Quand on gère deux boutiques, c’est simple. Mais, quand il s’agit d’un réseau de 90 magasins à travers l’Europe, la complexité croît de manière exponentielle – et c’est là que notre solution apporte toute sa valeur.

Qui sont vos concurrents ?

La concurrence reste fragmentée et encore peu mature. Aux États-Unis, notre principal concurrent a été racheté récemment, et en Europe les solutions demeurent limitées et peu spécialisées. Là où certains acteurs se concentrent sur un seul secteur, notre modèle – pensé dès le départ pour être multisecteur – s’adapte aussi bien à la mode qu’à l’industrie (ex. : vis et clous) ou au B2B. Grâce à nos efforts de R&D, nous avons pu déployer une gamme de cas clients plus large et plus robuste. Notre avantage réside dans une IA native et réellement multisecteur, là où les autres restent confinés à un domaine unique, et aucun leader clair ne domine encore le marché.

Comment abordez-vous le marché ?

On commence par comprendre les enjeux de chaque marque (B2B/B2C, problèmes d’inventaire, etc.). Puis on propose un test sur leurs données pour simuler l’impact de Metreecs sur une problématique clé : réduction des ruptures ou des surplus, optimisation des stocks. L’idée ? Prouver notre valeur en isolant nos résultats (ex. : moins d’invendus, meilleure rotation) sur toute la chaîne, de l’achat à la vente finale.

Quelles ont été les étapes clés depuis la création de Metreecs ?

Depuis la création de Metreecs en avril 2024, les étapes se sont enchaînées rapidement : après quatre mois de préparation, nous avons intégré l’incubateur Y Combinator à San Francisco en septembre 2024, une expérience intense, rencontrant des entrepreneurs de la tech et travaillant avec des mentors de haut niveau. Sortis du programme en décembre, nous nous sommes installés à Paris, tout en maintenant une présence aux États-Unis pour gérer nos clients et leur intégration. En janvier, une levée de fonds de 2,7 millions de dollars a permis de structurer l’équipe (12 personnes aujourd’hui, principalement en France) et d’accélérer notre développement. Aujourd’hui, avec une vingtaine de clients en France et aux États-Unis, nous préparons l’ouverture d’un bureau américain en 2026.

Comment voyez-vous votre développement à court terme ?

À court terme, on se concentre sur les marchés où nous avons un avantage naturel : en Europe ce sont la France avec notre équipe locale, l’Italie et le Royaume-Uni. Et puis il y a aussi les États-Unis dont Martin et moi nous nous occupons. Notre objectif est de maximiser notre impact avant d’élargir.

Quelle est ton ambition ?

Devenir la référence mondiale en gestion d’inventaire pour le retail d’ici cinq ans, en innovant sans cesse pour répondre aux besoins de tous les acteurs, des PME aux géants. Avec un marché Europe/US déjà immense (une étude McKinsey a estimé les pertes dues à une mauvaise gestion d’inventaires à 1 800 milliards annuellement) ; l’opportunité est énorme.

Et l’IA, comment vois-tu son évolution pour Metreecs ?

L’IA évolue vers des systèmes multiagents : plusieurs modèles spécialisés collaborent pour analyser des données complexes (logistique, consommateurs, stocks). Chez Metreecs, on mise sur cette approche : des modèles intermédiaires qui agrègent prédictions, recommandations et données hétérogènes (comportement des consommateurs, contraintes logistiques, paramètres physiques, etc.). La distribution, avec sa complexité et ses multiples variables, est un terrain idéal pour les nouvelles technologies. L’objectif est d’automatiser des tâches critiques et d’unifier des sources de données disparates pour simplifier la prise de décision — et, in fine, de révolutionner la gestion des stocks. C’est cette synergie entre modèles qui rendra l’IA véritablement transformative. 

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