Mentorat à l’X : recevoir pour donner

En 2017, l’AX Carrières se lançait dans le mentorat pour les élèves ingénieurs de l’École polytechnique, emmenée par quelques camarades passionnés par la transmission. Dix ans plus tard, les élèves confirment leur appétit : 200 demandes par an, soit plus d’un tiers de chaque promotion. Mais les mentors, eux, sont-ils assez nombreux ?
Devenir mentor, c’est faire deux heureux. Et si cette année, l’un d’eux était vous ?
Les principes du mentorat
Issu du nom « Mentor », le précepteur de Télémaque, le mentorat a gagné ses lettres de noblesse. Venu par l’entreprise, il s’est révélé comme un outil particulièrement efficace pour favoriser l’insertion des jeunes. Si efficace que notre pays, prompt à légiférer, voudrait même instaurer un « droit au mentorat », pour reprendre les mots de notre camarade ex-Première ministre.
Promu par France Travail, la Croix-Rouge, ou encore par le collectif « 1 jeune, 1 mentor », le mentorat n’est pas en reste à l’AX, avec le mentorat entre alumni de l’École polytechnique suivi par Pierre-Henri Multon (X84), l’initiative récente Télémaque et le mentorat des élèves ingénieurs que nous détaillons ici.
Qu’est-ce que le mentorat ? Une relation interpersonnelle de confiance entre un demandeur volontaire, le mentoré, et une personne plus expérimentée, encadrée par quelques principes simples. Une relation basée sur le bénévolat réciproque, gratuite. Un accompagnement bienveillant, d’une durée fixée à l’avance. Un échange en vérité, qui s’appuie sur une confidentialité totale, et par nature non hiérarchique – contrairement au tutorat.
Comme le coaching, le mentorat fonctionne sur la base d’une demande du mentoré : à quelle question veut-on répondre ? C’est une obligation de moyen, pas de résultat. La paire mentor-mentoré assume la coresponsabilité des échanges et s’organise en toute autonomie.
Le mentorat, un outil privilégié pour les élèves
Un article d’avril 2025 de La Jaune et la Rouge présentait le mentorat du point de vue des élèves de l’École polytechnique : « Mentorat à l’X : trouver sa voie, mais laquelle ? »
On pourrait se demander si le mentorat se justifie pour des jeunes déjà privilégiés dans leurs études. Mon expérience est clairement que oui. Élèves talentueux, parfois soumis à un certain déterminisme, les X ne sont pas moins sujets que les autres aux questions existentielles et aux angoisses pour leur avenir : « Tout le monde étant aussi fort sur le platâl, saurais-je me démarquer ? », « pourrais-je répondre aux attentes de mes proches ? », « ce sera quoi, faire le mieux ? »
Et dans ce cadre, le mentorat apporte une réponse que ne peut pas remplir une administration, aussi compétente soit-elle : une écoute désintéressée, bienveillante et rassurante.
Le mentorat est d’abord organisé au bénéfice du mentoré. Les premiers entretiens tournent autour de la « demande ». Il ne s’agit pas d’une conversation sympathique avec un ancien, mais d’un travail orienté vers « discerner ce que l’on souhaite faire et devenir, à l’aide d’un regard extérieur non jugeant ». Le sondage d’inscription invite à choisir trois domaines parmi quarante, des types d’organisations, des métiers que l’on souhaite découvrir.
Au terme du mentorat, les élèves témoignent : cela les a aidés dans leur orientation professionnelle ou académique, ils ont pu bâtir un plan d’action personnel, et ils ont apprécié une relation humaine riche – première pierre de leur réseau professionnel.

Des bénéfices pour le mentor ; et si c’était la bonne surprise ?
On croit souvent que le mentorat est une affaire à sens unique : un ancien donne, un élève reçoit. Détrompez-vous. Les sondages réalisés dans les grandes entreprises, principalement américaines, qui promeuvent le mentorat, montrent que les mentors avancent plus vite que les autres cadres. Cause ou conséquence, les deux sont possibles.
Les mentors sont volontaires pour aider des plus jeunes à progresser. Ils apprennent à se décentrer de leur point de vue unique pour écouter sans « faire à la place ». Ils développent la « posture de mentor » qui contribue à leur leadership : oser dire « je ne sais pas », témoigner de son expérience sans que ce soit un modèle absolu. On pourrait aussi ajouter qu’ils savent gérer leur temps, en réservant des plages qui les sortent de leurs urgences.
“Dans les grandes entreprises, les mentors avancent plus vite que les autres cadres.”
Dans le cas du mentorat des élèves, s’inscrire comme mentor relève d’abord de la logique du service rendu. La première motivation qui ressort de nos sondages ? « J’aurais adoré pouvoir en bénéficier à mon époque. » Le facteur suivant : « Rendre service à la communauté. » La solidarité polytechnicienne est bien là.
Cependant, on peut regretter que les mentors ne profitent pas davantage de ce que peut leur apporter cette fonction. Trop peu s’inscrivent aux soirées de formation à la « posture de mentor », ces rendez-vous où l’on développe une écoute fine et où l’on enrichit sa palette relationnelle. Les documents fournis leur semblent sans doute suffisants, même si l’on sait que rien ne remplace la pratique. Alors, la prochaine fois, venez !
Une règle de trois… qui ne tombe pas juste
Chaque année, nous recherchons des mentors autour de la promo N-10. Cette année, ce sera la promotion 2015. Comme d’habitude, nous écrirons sur le compte AX de la promotion, via la Kès ou avec des envois ciblés. Le tableau ci-dessous montre le nombre de volontaires mentors de ces dernières années.
La moyenne s’établit à 39 mentors sur des promotions d’environ 500 élèves. Pour répondre aux 200 demandes annuelles, chaque mentor devra en moyenne accompagner des élèves durant… cinq années.
| Promotion | Nombre de mentors |
|---|---|
| Autres promos | 36 |
| X04 | 33 |
| X05 | 38 |
| X06 | 57 |
| X07 | 48 |
| X08 | 45 |
| X09 | 29 |
| X10 | 31 |
| X11 | 30 |
| X12 | 26 |
| X13 | 51 |
| X14 | 46 |
Je tiens d’ailleurs à remercier les mentors fidèles qui permettent de poursuivre ce programme, et je m’excuse auprès de ceux à qui je force un peu la main quand la demande devient nettement supérieure à l’offre.
Nous pouvons espérer qu’à partir de l’année prochaine les X16, qui ont été les premiers à bénéficier du mentorat élèves de l’École polytechnique, s’inscriront massivement pour aider les plus jeunes. La boucle serait bouclée.
MentoriX, ou l’art de former les bonnes paires grâce à l’IA
Avoir suffisamment de mentors est indispensable pour pouvoir apparier les mentors et les mentorés. Faire le rapprochement entre 200 demandes et 200 profils reste une gageure. Jacques Defaucheux (X72) comme moi-même avons passé des heures carrées à le réaliser. Puis, avec l’aide de Thibaut Lajoie-Mazenc (X12), nous avons pu mettre en forme l’algorithme hongrois avec quelques paramètres d’optimisation.
Mais le meilleur algorithme se laisse berner par des réponses typiquement polytechniciennes, comme l’élève qui indique « tout sauf de la finance » dans le choix de domaine, et qui est évidemment mis en rapport avec un trader…
Pour aller plus loin, nous avons fait entrer le mentorat dans l’ère de l’IA. L’environnement bureautique proposé par Delos, start-up française fondée par un X, nous a permis de réaliser l’application MentoriX :
mentorix.dls.so. Concrètement, MentoriX recueille les candidatures des élèves et des mentors, propose un appariement semi-automatique, puis suit l’avancement de chaque binôme sur toute la durée du mentorat. Un gain de temps précieux pour l’équipe d’AX Carrières, et des appariements plus fins pour des binômes qui fonctionnent.
Alors, sans attendre, pourquoi ne pas vous inscrire pour devenir mentor l’année prochaine ? Vous retirerez beaucoup de cette relation avec un élève de l’X, vous comprendrez comment il réfléchit et comment vous pouvez l’aider de manière non directive. Et qui sait, vous pourriez bien être surpris par ce que vous-même en retirerez. Car, en définitive, devenir mentor, c’est faire deux heureux.

