L’X qui va présider la COP 24

Le 17 octobre dernier, à l’issue d’un petit-déjeuner polytechnicien dont il était l’invité, La Jaune et la Rouge a rencontré Michal Kurtyka (93), vice-ministre de l’Environnement du gouvernement polonais.
Quels sont les enjeux de cette présidence ?
Le président de la COP n’est qu’un facilitateur. Mais je crois que c’est une occasion importante, dans le contexte international que nous connaissons, pour essayer de reconnecter bien des choses : reconnecter la France et la Pologne, reconnecter le climat et l’énergie, reconnecter le Monde et l’Europe. Il n’est pas neutre que cette COP décisive se tienne en Pologne (qui – au passage – est la championne du monde des COP : ce sera la quatrième COP à se tenir dans notre pays), et en particulier à Katowice qui est le cœur historique du pays minier en Pologne. On y touche très concrètement les enjeux qu’il y a à réconcilier la démarche de protection du climat et la nécessaire modernisation de l’économie, particulièrement dans le secteur de l’énergie, et c’est un bon exemple de la manière dont on peut tenter de les réconcilier.
L’enjeu principal va être de réconcilier perspectives locale et globale : les États parties au traité sont très divers, et ont des préoccupations très différentes. Comment les faire se rapprocher pour un objectif partagé ? Il faut réintroduire le multilatéralisme là où les intérêts individuels des États n’auraient que trop tendance à l’emporter.
Mais, concrètement, quelles sont les ressources pour y arriver ?
Je suis certain que la technologie, en particulier, peut apporter une partie de la réponse. Il suffit de voir le développement des véhicules électriques, par exemple, pour voir que des solutions aux problèmes des émissions de gaz à effet de serre sont possibles. Le nucléaire est de plus en plus considéré comme faisant légitimement partie des réponses actuellement possibles pour parvenir aux objectifs de réduction des émissions.
“L’enjeu principal va être de réconcilier
perspectives locale et globale”
Cette COP 24 arrive juste après un rapport du Giec plutôt alarmiste. Que va-t-il se passer ?
L’accord de Paris avait affiché comme objectif de limiter le réchauffement global de l’atmosphère à 2 °C, et si possible à 1,5 °C à la fin du siècle. Or, le Giec vient de rendre un rapport où on nous dit que nous sommes plutôt en route vers un réchauffement de 3 °C. Le défi est donc considérable, si on souvient par exemple que, simplement pour passer de 2° à 1,5°, le coût des mesures à mettre en œuvre est multiplié par 4 !
Il est bien clair qu’on ne peut arriver à quelque chose qu’en mobilisant beaucoup plus largement les États et leurs populations que cela n’a été le cas jusqu’à présent. C’est pourquoi la COP débutera par un « sommet des leaders », avant de faire travailler les diplomaties et les experts. On y discutera en particulier de la notion de « transition juste » qui devrait être beaucoup plus inclusive que la démarche antérieure, où il était finalement entendu que les pays se répartissaient les rôles : les pays développés devaient limiter et si possible réduire leurs émissions tout en continuant à se développer, les pays pauvres se préoccupaient surtout de s’adapter aux changements climatiques. Ce modèle n’est pas tenable : il faut parvenir à concilier réellement, et pour tous les pays, aspiration au développement économique et protection du climat. C’est la notion de « transition juste », qui devrait être au cœur du débat. Sans quoi nous n’aurons jamais la mobilisation générale nécessaire. C’est le programme que nous proposerons aux chefs d’État lors de ce sommet, sous l’exergue : Driving change together.
