Les Rayons et les ombres / Police Flash 80 / Plus forts que le diable / La Danse des renards / Plus fort que moi

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°815 Mai 2026
Par Christian JEANBRAU (X63)

Des films « regardables » sans déshonneur et sans enthousiasme en nombre, ce mois-ci, « chroniquables » sans emballement, « écartables » sans vrai regret : Projet Dernière Chance ou l’Espace avec Ryan Gosling, idiot puis attachant ; La Guerre des prix, avec Olivier Gourmet et Ana Girardot, qui laisse sur sa faim ; Ceux qui comptent, avec Pierre Lottin et Sandrine Kiberlain, un bon sujet gâché ; The Drama avec Robert Pattinson et Zendaya, ni réussi, ni raté ; Romeria, un ennui espagnol, pénible et salué par Le Monde et Télérama ; Le dernier pour la route, balade tue-le-temps de deux pochetrons italiens définitivement immatures. Et puis…

Les Rayons et les Ombres

Réalisateur : Xavier Giannoli – 3 h 19

Important « a priori ». Étude de cas ou documentaire sur la figure de Jean Luchaire, patron de presse venu du pacifisme pour finir « collabo » et fusillé. Son amitié entrelacée de compromission avec Otto Abetz, ambassadeur du Troisième Reich à Paris, son rôle progressif de support de la propagande nazie, son attachement pour sa fille Corinne, étoile filante du cinéma, leur commune tuberculose, leurs existences mondaines, dispendieuses, ouvertes aux plaisirs, construisent et animent la peinture d’une Occupation livrée aux excès permissifs d’un microcosme de profiteurs à la dévotion des provisoires vainqueurs. Rien de nouveau dans l’abjection. Le film, pourtant bien construit, bien filmé, d’un trop grand académisme, ne fonctionne pas. Les acteurs ? Dujardin lui-même ? On reste à l’extérieur, non impliqué. On n’apprend rien sur l’époque et les hommes qu’on ne sache déjà. Tout ça a coûté une fortune pour n’être finalement qu’un livre sur papier glacé d’images déjà vues. 


Police Flash 80

Réalisateur : Jean-Baptiste Saurel – 1 h 26

Potache, foutraque, désopilant. François Damiens et Audrey Lamy disposent réellement d’une « vis comica » 3 étoiles au Michelin, bien soutenus par le reste du casting, Thomas Ngijol, Philippe Rebbot et alii… C’est un pastiche de « polar » d’une époque où l’on ne disait pas systématiquement « thriller », un pastiche très travaillé, truffé de détails savoureux. Le canevas est strictement classique, mais tous ses passages obligés sont décalés vers le décapant. C’est la revanche des bras cassés, des approximatifs, des foireux presque bons. Les gags fusent, et les répliques. Ça percute et on apprécie ! 


Plus forts que le diable

Réalisateur : Graham Guit – 1 h 24

Une série B tout à fait « gore » et tout à fait drôle parce que, loin de s’angoisser pour les personnages, on les regarde savourer ce qu’on leur fait jouer. La palme à Melvil Poupaud, délicieux en clochard distancié, étonné, dépassé. Tout le monde s’amuse, à l’écran et dans la salle, avec seulement moins de morts dans la salle. Le scénario ? Poupaud retrouve par hasard son fils dont le charme de la copine retient l’attention des mauvaises fréquentations de papa, qui font dans le trafic de femmes. Ça s’entretue gaillardement. Le combat finira, faute de combattants. Ça n’est pas idiot du tout, et ce bal de pantins désinvestis de toute empathie est parfaitement réjouissant. 


La Danse des renards

Réalisateur : Valéry Carnoy – 1 h 34

Très bon film, juste, précis, attachant, émouvant, sur l’ambition sportive, les conflits adolescents, les rivalités, les trahisons, l’attraction intersexes, l’amitié, autour de la fêlure psychologique, à la suite d’une grave chute, d’un jeune surdoué de la boxe (Samuel Kircher, excellent), dans le milieu fermé d’un grand établissement sport-études implanté au centre d’un village entouré de bois… infestés de renards. Tous les acteurs, jeunes comme chevronnés (Jean-Baptiste Durand, coach convaincant), sont bons. Oui, émouvant. Les dernières images, où triomphe l’amitié, font chaud au cœur. 


Plus fort que moi

Réalisateur : Kirk Jones – 2 h 01

Un « biopic » très attachant et émouvant. Le syndrome Gilles de la Tourette version « coprolalie » (profération incontrôlée d’obscénités et de grossièretés) dont est affecté « IRL » (In Real Life) l’Écossais John Davidson (magistralement incarné par Robert Aramayo) est le ressort à la fois dramatique et comique d’un film qui sait attirer, dans le respect de leurs personnes, l’attention sur les malades qui en sont atteints. Deux éminentes figures de l’ouverture et de la bienveillance qui ont soutenu Davidson dans son difficile parcours trouvent en Maxine Peake (délicieuse Dottie) et Peter Mullan (chaleureux Tommy) des interprètes touchants qui arrachent le film à sa potentielle noirceur. Un spectacle impliquant dont l’évidente utilité et la réflexion qu’il installe ne diminuent en rien le pouvoir de divertissement. 

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