Les polytechniciens français libres, résistants et déportés

L’association X Résistance élabore actuellement un Mémorial répertoriant l’ensemble des polytechniciens qui ont été résistants ou ont été déportés lors de la Deuxième Guerre mondiale. C’est à la fois l’occasion d’appeler l’attention de la communauté des X sur cette fraction d’elle-même, dont le souvenir tend à s’évaporer avec la disparition des individus, et celle de solliciter le soutien, notamment de leurs descendants, afin de financer cette œuvre de mémoire.
L’histoire de l’École, de Carnot à Vaneau et de Joffre à d’Estienne d’Orves, nous rappelle que la communauté polytechnicienne a su être à la hauteur de sa devise dans les moments difficiles. Il n’y a sans doute pas eu de moment plus difficile dans notre histoire assez récente que les années 1940-1945 : même si certains polytechniciens ont alors accepté de servir une cause très critiquable, et si la majorité s’est réfugiée dans une certaine passivité, de nombreux autres ont eu le courage de poursuivre ou de reprendre le combat armé ou de refuser l’asservissement à l’occupant.
Ce furent les Français libres et les Résistants de l’intérieur, auxquels l’association X Résistance veut rendre hommage, en y incluant tous les déportés, qu’ils aient été résistants ou victimes du racisme. Cet hommage, qui contribuera à conserver durablement le souvenir de leur engagement, prendra la forme d’un beau livreMémorial comportant d’un côté environ sept cents fiches biographiques (avec portrait pour au moins la moitié) et, de l’autre, une vingtaine de monographies descriptives ou explicatives.
Une exigence de qualité
Afin de garantir la qualité historique de ce travail, l’équipe qui le réalise s’appuie d’abord sur des sources officielles ou vérifiées provenant du Service historique de la Défense, du secrétariat de la Médaille de la Résistance française, de la bibliothèque de l’École et de diverses fondations ou associations mémorielles. Elle utilise aussi internet et des sources particulières comme les archives familiales ou des articles de la presse locale ou professionnelle.
Elle bénéficie enfin de l’expertise d’un comité scientifique composé de Marc-Olivier Baruch (X75, directeur d’études émérite à l’EHESS), de Fabrice Grenard de la Fondation de la Résistance et de Jérôme Maubec de la Fondation de la France libre. Un peu plus de quatre cents notices ont déjà été rédigées (soit 60 %) et la collecte des informations se poursuit avec le concours d’un étudiant à temps partiel. Nous souhaitons commencer bientôt à faire formater les portraits et devrions avoir terminé la rédaction à la fin de cette année.


Des engagements très variés
Un bref tour d’horizon montre à quel point le sujet est vaste et passionnant. La promotion la plus ancienne est celle de 1888 et la plus récente (hors deux lycéens déportés avant l’École) est celle de 1945, soit des âges compris entre soixante-douze ans en 1940 et dix-huit ans en 1945 ! La forme des engagements pour la France libre est très variée, allant de l’étudiant admissible en juin 1940, qui renonce à l’oral et part sans tarder pour l’Angleterre (Léon de Pellegars, X40, admis sur titres comme enseigne de vaisseau en 1944), au général résistant de cinquante-sept ans qui, l’armée ayant été dissoute en décembre 1942, quitte à regret sa femme et ses sept enfants et rejoint Londres par l’Espagne (Paul Arnaud, X06).
La forme des engagements dans la résistance intérieure l’est tout autant, allant par exemple de l’ingénieur des Ponts et Chaussées qui utilise son poste pour recueillir et transmettre des informations précieuses à Londres, au « poudrier » qui réduit et sabote la production de son usine (les deux, et tous les autres dans leurs domaines, au nez et à la barbe de leurs contrôleurs allemands) ou au jeune réfractaire au STO qui s’engage dans un maquis au début de l’année 1943 et y prend des responsabilités grandissantes. Les lieux d’activité vont de la France rurale aux zones portuaires et aux grandes villes et couvrent aussi l’Afrique et le Moyen-Orient, qui sont bien connus, et d’autres parties du monde comme l’Indochine ou la Polynésie.
Des destins inégaux
Un peu moins du quart des parcours ont été brisés par le hasard des combats, la trahison ou la simple malchance, certains tout près du début de l’aventure comme pour André Jacob, X28, disparu avec son avion au Cameroun le 9 novembre 1940, d’autres après un long calvaire comme pour Camille Raynal, X88 (le doyen de notre étude), arrêté le 2 mars 1943 et décédé en prison en Allemagne le 5 janvier 1945.
“Une amitié et une solidarité exemplaires.”
Malgré les risques et les obstacles, la majorité a heureusement connu les joies de la Libération. La gamme des reconnaissances est elle aussi très diversifiée et, si quelques-uns ont effectué des démarches insistantes au profit d’actions qui ne le méritaient pas toujours, d’autres ont choisi de ne rien demander et n’ont donc rien obtenu. Pour éviter toute contestation, nous ne citons pas la Légion d’honneur qui n’est pas toujours liée à la Résistance et nous ne mentionnons que les trente-trois croix de « Compagnon de la libération », les quelque trois cents « Médailles de la résistance française » et les homologations officielles.
Enfin, la contribution de la Résistance dans la vie après la guerre a été, comme souvent, la meilleure ou la pire des choses, perçue parfois comme une gêne par ceux qui ne se retrouvaient pas dans la nouvelle armée ou dans une nouvelle société trop proche de l’ancienne, ou accompagnant au contraire heureusement la carrière de la plupart des autres. Quoi qu’il en soit, il y a eu, entre tous, une amitié et une solidarité exemplaires qui ont transcendé quelques inévitables querelles.


L’association X Résistance
Ce travail est le fruit d’une réflexion qui a commencé dès 1987 par une lettre d’Henri Ziegler (X26) aux membres du premier groupe X Résistance, dissous à la fin des années 1950, mais le projet est resté sans suite pour cause de désaccords sur son opportunité. Après la création de l’association actuelle, l’idée a été reprise en 2014 à l’initiative de Bernard Lévi (X41) et une longue maturation a finalement abouti à un vrai démarrage en 2022.
Du fait de la disparition de la totalité des anciens résistants, l’association X Résistance ne comprend aujourd’hui que des descendants ou des personnes que le sujet intéresse en propre. Ses moyens sont donc devenus très limités et, même si son activité traditionnelle continue, elle a besoin de l’aide de la communauté polytechnicienne pour que ce grand projet puisse aboutir. Nous tenons ici à remercier à nouveau ceux qui nous ont déjà aidés. En complément de notre important travail bénévole, notre programme pour l’année 2026 conduit à un besoin de financement d’environ dix mille euros. Ce message se termine donc par un appel à votre générosité. Toute aide sera la bienvenue, de cinquante euros à mille euros (ou plus, merci encore à H. C. !). Le lien à utiliser est : https://bit.ly/Don-XR et un reçu vous sera adressé quelle que soit votre contribution.
La liste des polytechniciens résistants et des déportés est consultable sur le site : http://xresistance.org/x-memorial.pdf. Nous sommes à la disposition de ceux qui souhaiteraient des informations sur tel ou tel camarade, qui auraient des informations à nous communiquer ou qui s’interrogeraient sur les raisons d’une absence, et nous vous remercions de partager ce lien avec tout ami qui aurait un ancêtre polytechnicien résistant ou déporté. Les incertitudes de l’époque actuelle suscitent un regain d’intérêt pour la période que nous étudions et nous espérons que notre ouvrage aidera nos jeunes camarades à comprendre que leur avenir les mettra peut-être en face de choix aussi difficiles que ceux de leurs aînés et les incitera à s’engager sur le dangereux chemin de l’honneur.
Contacter X Résistance
contact@x-resistance.polytechnique.org
ou vmbollier@gmail.com




