Les chimistes de l’X, une communauté particulière à unir

Les chimistes de l’X, une communauté particulière à unir

Dossier : Vie de l'association | Magazine N°811 Janvier 2026Par Virgile ROUFFETEAU (X18)

Cet article fait le constat, comme d’autres avant lui, de la rareté des chimistes au sein de la communauté de l’X et propose comme première solution la création d’un groupe X centré autour de la chimie. Un appel aux camarades motivés est lancé. 

Des pères fondateurs de notre école, quatre étaient des disciples de Lavoisier et de cette nouvelle science appelée chimie : Fourcroy, Morveau, Pelletier et Berthollet. Cette discipline connaît un grand essor à cette époque, récemment reconnue comme domaine à part entière, et devient centrale à l’X dans son premier siècle. Cet intérêt s’explique alors par la synthèse des poudres à canon et explosifs, sujet capital pour un jeune État aux prises avec une géopolitique tumultueuse. Sa place à l’École s’étiole cependant peu à peu au cours du xxe siècle, jusqu’à sa renaissance dans les années 80, portée par les efforts des professeurs Fétizon et Anh jusqu’à la création d’un département consacré à l’étude de cette science.

Une discipline mal-aimée

Toutefois, jamais elle ne courtisera la majorité des étudiants, et ceux d’entre nous qui l’étudient sont rares et dispersés entre les années, malgré un enseignement de qualité dispensé par de grands chercheurs reconnus internationalement. Alors pourquoi si peu d’intérêt ? Ce phénomène peut se comprendre en partie par le recrutement des X : seuls ceux issus des filières PC et BCPST ont reçu une formation en chimie avant leur entrée, et aucun cours de mise à niveau n’est proposé lors du tronc commun de la première année. Ces deux faits limitent ainsi les cours de chimie de deuxième année à une minorité d’élèves, en concurrence avec les autres sciences. Cette tendance s’accentue en troisième année, lors du choix du parcours d’apprentissage, pour finalement produire moins de polytechniciens chimistes que toute autre discipline.

Considérons, pour illustration, deux promotions récentes avec des statistiques connues : la X18 et la X20. Dans la première, nous étions 6 inscrits en PA chimie et désormais nous sommes 4 à travailler dans le milieu (2 en postes d’ingénieur, 1 docteure enseignant dans le secondaire et 1 en doctorat) ; sur une promo de 523 personnes, cela fait moins de 1 % ; à titre de comparaison, près de 8 % effectuent une thèse en physique, 5 % en mathématiques (moins de 0,4 % de thèses en chimie). Au sein de la X20, ce sont 7 élèves qui ont choisi le PA chimie (1 %) et 5 ont continué dans ce domaine (4 en thèse) ; ce sont donc 0,7 % de doctorants en chimie, alors que 22 % de cette promotion prépare une thèse ; la différence est saisissante.

Un handicap paradoxal

Une autre composante majeure de la chimie est évidemment expérimentale, or l’enseignement « X » est marqué par l’omniprésence de la théorie sur la pratique. Cette différence entre le format enseigné et la réalité du domaine peut être une autre raison de la fuite vers d’autres domaines. Sur nos deux ans sur le platâl, nous n’aurons vécu la chimie au laboratoire que 12 jours en 2A (dans le cadre du MODAL) et 12 jours en 3A (dans le cadre du PREX). Les plus motivés pourront doubler ces jours avec un projet tutoré sur les deux trimestres de la 3A ; encore faut-il que les autres cours le permettent. Quant au PSC, nombre d’étudiants devront abandonner tout espoir chimique, en raison des règles de création d’un groupe (plusieurs filières représentées, or seule une permet de continuer la chimie à l’X).

In fine, quand nous expérimentons pour la première fois le laboratoire, nous sommes déjà en stage et le réveil peut être dur et la frustration aiguiller vers une autre discipline. Pourtant, notre bagage pluridisciplinaire ne nous handicape pas, au contraire. Le formalisme mathématique qui est le nôtre, accompagné d’un sens physique affûté, sont bien des armes que peu de chimistes possèdent de nos jours. Seuls des liens nous manquent pour nous y épanouir.

Un manque de précédents

Une des conséquences les plus marquantes, à mon sens, est ainsi le manque d’antécédents et de modèles pour un élève sur le platâl, qui pense être une pièce trop rare pour être pertinente dans un monde en concurrence avec des élèves qui ont étudié la chimie pendant trois ans, issus des ENS, Chimie Paris, ESPCI, etc. Qui contacter pour un stage ou demander des conseils sur une 4A, avec qui échanger sur un parcours universitaire ou industriel ? Le référencement de l’annuaire en ligne se prête difficilement à un tri par domaine et l’annuaire papier devient de plus en plus rare d’utilisation parmi les générations les plus jeunes. Pourtant, au fil des années, nos anciens deviennent nombreux et, d’expérience, prêts à aider leurs camarades. La barrière d’activation, sans jeu de mots, est de les trouver parmi des milliers.


“La République a aussi besoin de chimistes !”

Un premier pas

L’absence cruelle d’un groupe X centré sur la chimie me semble être le premier obstacle à abattre pour lui redonner ses lettres de noblesse au sein de notre communauté. Pour aider les élèves à franchir le pas, pour guider les jeunes diplômés et chercheurs dans ce monde inconnu, et pour collaborer dans cette science plurielle. C’est pourquoi je lance la création d’un tel groupe et suis à la recherche de camarades motivés pour réunir cette communauté particulière de chimistes de l’X : via un formulaire de contact dans un premier temps (l’adresse du lien : https://framaforms.org/creation-groupe-ax-x-chimie-1753642639). N’hésitez pas à me contacter pour manifester votre intérêt, vos besoins, ou même pour échanger avec les camarades qui nous ont déjà rejoints !

En conclusion, je me permets d’emprunter les mots d’un ancien professeur de chimie de notre École, qui a marqué tant de générations : « La République a absolument besoin de savants, et aussi de chimistes ! », professeur Zard. 

Donnez votre avis