« L’enjeu est ambitieux, mais nous avons des atouts majeurs »

« L’enjeu est ambitieux, mais nous avons des atouts majeurs »

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Bernard SALHA (X81)

Électrifier les usages est l’un des principaux combats de la Recherche et Développement d’EDF. La France sait produire de l’énergie à très faible contenu carbone. Il faut désormais inverser la vapeur.

Quel est l’enjeu de l’électrification des usages, pour atteindre la neutralité carbone ?

L’enjeu pour EDF, et pour la France, est d’arriver vers la neutralité carbone à l’horizon 2050. EDF et de très nombreux autres acteurs – tant politiques que l’Agence Internationale de l’Énergie – considèrent que l’électrification est une voie prépondérante à utiliser. Aujourd’hui, nous savons faire de l’électricité à très faible contenu carbone. Photovoltaïque, éolien, hydraulique, nucléaire : tout ce qui permet de passer à un usage électrique favorise la décarbonation de façon massive. 

En France, les deux tiers de notre consommation énergétique proviennent de produits fossiles. L’électricité représente à peu près de 25 % de la consommation énergétique. L’idée est d’évoluer vers 50 %, voire même 60 % de la part de la consommation. 

Cela a également une vertu de souveraineté, car l’électricité produite remplacerait les 60 milliards d’euros de produits pétroliers importés. 

L’enjeu de compétitivité est également primordial, et les tarifs français sont plus bas que nos voisins, ce qui favorise l’ensemble des acteurs nationaux, petits comme plus gros. 

Enfin, il y a un enjeu d’industrialisation, car la compétitivité électrique est un excellent facteur d’attractivité des industriels qui voudraient bénéficier d’une énergie décarbonée compétitive.

La France est massivement exportatrice d’électricité. Nous avons exporté l’année dernière 90 térawattheures sur une consommation totale de l’ordre de
430 térawattheures. Imaginez-vous que
10 térawattheures correspondent à la demande électrique de toute la Belgique. 

Quels sont les secteurs privilégiés, et quelles compétences de la R&D d’EDF sont mobilisées ? 

EDF a lancé un grand programme baptisé Adeus qui vise à substituer à des usages carbonés 150 térawattheures d’électricité. Objectif : remplacer le pétrole ou le gaz sur certains secteurs par de l’électricité de l’ordre de 150 térawattheures. Trois secteurs sont concernés. 

Les transports, qui sont peu électriques hormis le train. S’il y a certes un travail à faire sur les voitures, les camions sont concernés. À ce sujet, la R&D d’EDF aide fortement à développer des infrastructures de charge qui soient fiables, robustes sur le réseau électrique et de grande taille. On commence à voir apparaître des camions électriques de très grandes capacités et notre enjeu d’électricien, c’est de leur permettre évidemment de se recharger de façon compatible avec leur temps de travail. 

L’industrie est toujours une grande consommatrice de gaz, notamment pour la chaleur. Pour le remplacer, on peut utiliser l’électricité. La R&D d’EDF travaille activement sur des pompes à chaleur industrielles et a déjà installé des prototypes chez les papetiers. Les data centers sont également largement concernés. Le rendement sera ainsi amélioré, car une pompe à chaleur capte 3 kilowattheures d’énergie dans la nature pour 1 kilowattheure consommé. L’hydrogène permettrait également de décarboner, dans des industries telles que l’acier.

Le bâtiment, dans son ensemble, est aussi un gros consommateur d’énergie. Notamment au travers du chauffage. Notre enjeu, là aussi, est de s’améliorer considérablement. Les pompes à chaleur sont ici encore une excellente solution pour effacer le gaz encore trop présent. C’est un énorme enjeu, qui nécessite des investissements chez l’ensemble de nos clients.

L’objectif 2050 est-il tenable, en l’état ?

L’enjeu est ambitieux, mais nous avons des atouts majeurs. La France et EDF en particulier produisent de très grandes proportions d’énergie décarbonée grâce à notre électricité nucléaire et renouvelable. Lorsque vous produisez un kilowattheure d’électricité avec une centrale nucléaire, vous émettez (en cycle de vie complet) 4 grammes de CO2 par kilowattheure. Une centrale à gaz, c’est de l’ordre de 300 grammes par kilowattheure.


“ L’enjeu est ambitieux, mais nous avons des atouts majeurs. La France et EDF en particulier produisent de très grandes proportions d’énergie décarbonée grâce à notre électricité nucléaire et renouvelable.”

Il y a une véritable contribution sociétale dans la transition bas carbone et ses objectifs de sécurité climatique de la part des acteurs en place, mais aussi des futurs professionnels que sont les étudiants, notamment de Polytechnique.   

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