Leçons de diplomatie, la France face au monde qui vient
Gérard Araud, depuis qu’il est parti en retraite du corps diplomatique, sort un livre par an en moyenne, activité complémentaire de sa régulière production d’articles dans la presse et de ses avisées interventions sur les écrans. J’ai toujours été fasciné par cette capacité productive qu’on trouve chez certains, à l’instar jadis d’un Chabrol ou un peu plus récemment de Woody Allen, au cinéma. J’ai déjà écrit tout le bien que je pense des livres de ce camarade, notamment sur la géostratégie de la France entre les deux guerres (Nous étions seuls, 2023) et sur Israël (Le piège de l’Histoire, 2024) ; je recommande aussi Histoires diplomatiques (2022), c’est très fort ! Certes la bouffe n’apparaît pas chez lui, contrairement à sa grande présence chez Chabrol, et il n’est pas aussi marrant que Woody Allen…
Mais on en ressort indéniablement plus intelligent qu’avant la lecture. Le propos cette fois-ci est moins nettement tracé que dans ses ouvrages précédents et on retrouve des idées dont il nous a déjà convaincus – on ne se lasse pas des bonnes choses !
Il s’agit en fait, au fil de 300 pages alertes, élégantes mais puissantes, d’à la fois rappeler ce qu’est la diplomatie, brosser un panorama du monde tel qu’il est aujourd’hui et réhabiliter la diplomatie comme moyen de peser sur lui, notamment pour ce qui concerne la France. Il y a là-dedans une part de plaidoyer pro domo, venant d’un ancien diplomate de premier rang, lequel n’hésite pas à se référer à ses expériences professionnelles. Mais on est surtout placé face aux ravages des politiques déclaratoires, incantatoires ou guerrières. De quoi souhaiter un retour aux affaires de ceux dont le métier est de connaître l’autre et ses convictions (justifiées ou non), de distinguer le possible du souhaitable et de faire éventuellement naître de la négociation des solutions sinon pérennes du moins viables pour un temps.
Je recommande la lecture du chapitre X, consacré à la guerre russo-ukrainienne, qui est la meilleure analyse que j’aie rencontrée sur le sujet. L’auteur me permettra-t-il de penser (licence d’amateur) qu’il surestime la puissance et la cohérence de la Russie (entrant par-là dans le jeu de Poutine) et qu’il passe trop vite sur le rôle futur de l’Inde (face à une Chine plus précaire qu’il n’y paraît) ?


