Unité de production de biogaz - usine Seine Aval (78).

Le SIAAP, acteur incontournable de la transition écologique

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par François-Marie DIDIER

Le SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne) traite chaque jour 2,5 milliards de litres d’eaux usées pour préserver la Seine, la Marne et la biodiversité francilienne. Pour faire face aux défis du changement climatique et de l’urbanisation, le président du SIAAP, François-Marie Didier, mise sur l’innovation pour faire de l’assainissement un maillon concret de la transition écologique. Explications.

Pouvez-vous nous présenter le SIAAP ?

Le SIAAP est le grand service public de l’assainissement francilien. Son rôle est double : protéger durablement la ressource et le milieu naturel, mais aussi contribuer à l’équilibre environnemental de la première agglomération d’Europe en participant activement à sa dynamique de transition écologique. Pour ce faire, le SIAAP collecte, transporte et traite les eaux usées domestiques, industrielles et pluviales de plus de neuf millions d’habitants. Cette mission, accomplie depuis plus de cinquante ans, se concrétise aujourd’hui dans nos six usines d’épuration par le traitement de 2,5 milliards de litres d’eaux usées avant de les rendre à la Marne et à la Seine avec un niveau de qualité conforme aux standards les plus exigeants. C’est une prouesse industrielle et technologique qui s’appuie sur l’engagement et l’expertise de 1800 agents de la fonction publique territoriale qui sont ainsi devenus des experts de l’eau dont le savoir-faire est reconnu en France et en Europe.

Quelles sont ses missions concrètement ?

Nous sommes à la fois un opérateur industriel et un acteur public territorial. Concrètement, cela signifie que nous devons maintenir et améliorer la performance du système d’assainissement francilien et de l’outil industriel sur lequel il repose, qui est unique en Europe par son dimensionnement, tout en assurant la sécurité de nos installations et la qualité du service rendu aux usagers. Le SIAAP, premier donneur d’ordre public pour l’environnement, est aussi un pilote d’investissements massifs. À titre d’exemple, nous venons de présenter notre Plan Pluriannuel d’Investissement qui représente 4,15 milliards d’euros sur 10 ans pour renforcer notre performance épuratoire, moderniser nos infrastructures, intégrer le traitement des micropolluants et accélérer notre transition énergétique. Enfin, nous assumons une mission de pédagogie sur notre action, en toute transparence, avec l’ensemble de nos parties-prenantes : l’État et ses services, les élus, les entreprises, le monde associatif et les usagers. Tout cela constitue la colonne vertébrale d’un service public engagé et responsable.

L’assainissement est au cœur de la transition durable. Pour quelles raisons ?

L’assainissement est l’un des maillons les plus concrets de la transition écologique. Il agit sur trois fronts : l’eau, l’énergie et la biodiversité. D’abord, il protège la ressource : la qualité actuelle de la Seine et de la Marne, où la baignade a pu être ouverte au grand public cet été pour la première fois depuis un siècle, illustre l’efficacité du service public de l’assainissement.

Ensuite, il produit de l’énergie : le SIAAP est le premier producteur français de biogaz issu du traitement des eaux usées. Cette énergie renouvelable alimente nos sites et les réseaux urbains, participant ainsi à la décarbonation du territoire. Enfin, il favorise la biodiversité : en cinquante ans, le nombre d’espèces de poissons dans la Seine et la Marne a été multiplié par dix. L’assainissement est devenu un levier décisif de reconquête écologique.

Face aux défis croissants du changement climatique et de l’urbanisation, quels sont les enjeux majeurs que doit relever le SIAAP ?

Nos enjeux sont à la fois quantitatifs et qualitatifs et constituent un défi majeur pour une zone urbaine aussi dense que l’Île-de-France. Le changement climatique accentue les phénomènes météorologiques extrêmes et notamment l’intensité des épisodes pluvieux. Ces situations de plus en plus fréquentes sollicitent nos infrastructures et appellent des capacités accrues de stockage et de gestion des flux pour protéger la ville : c’est le premier défi, pour lequel une politique nationale dédiée serait pertinente car l’eau de pluie est devenue un sujet environnemental et urbain majeur. Le deuxième défi, c’est celui de la qualité du traitement : la nouvelle directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU 2) va imposer des seuils beaucoup plus stricts, notamment pour les macro- et micropolluants. Il va donc falloir adapter nos usines et mobiliser jusqu’à 1,5 milliard d’euros supplémentaires sur vingt ans. Sur tous ces sujets, le SIAAP veut apporter son expertise technique et jouer son rôle d’animateur territorial.

En tant que président du SIAAP, quelles sont vos perspectives à plus ou moins long terme ?

Mon ambition est que le SIAAP reste un acteur industriel performant, un service public exemplaire et un moteur de la transition écologique en Île-de-France. Cela suppose de consolider notre modèle : fiabilité technique, soutenabilité financière et innovation permanente.


“ Mon ambition est que le SIAAP reste un acteur industriel performant, un service public exemplaire et un moteur de la transition écologique en Île-de-France.”

Dans les dix prochaines années, nous devrons réussir trois transformations : une transformation environnementale, en poussant la réflexion sur la réutilisation des eaux et en intégrant la neutralité carbone, qui reste un sujet encore complexe ; une transformation technologique, en digitalisant nos équipements, nos process et nos réseaux pour mieux piloter les flux et la performance mais aussi pour avoir une gestion patrimoniale plus efficace et plus efficiente ; une transformation humaine enfin, en attirant de nouveaux talents dans des métiers de l’eau qui sont eux-mêmes en train de se transformer. L’ingénierie française de l’eau est reconnue mondialement ; il nous appartient de continuer à l’incarner, en coopération avec le monde académique, scientifique et industriel.


“ Dans les dix prochaines années, nous devrons réussir trois transformations : une transformation environnementale, technologique et humaine. ”

Comment imaginez-vous l’avenir de la gestion des eaux usées et du cycle de l’eau en Île-de-France ?

L’avenir, c’est d’exploiter au maximum les bénéfices pour l’environnement de l’industrie de l’assainissement, grâce notamment aux programmes de R&D et d’innovation que peuvent porter de grands acteurs publics comme le SIAAP. L’assainissement est source de renouveau et qu’il s’agisse du cycle de l’eau ou de la décarbonation par la production d’énergie verte, notre industrie a un rôle clé à jouer dans la transition écologique de nos sociétés. Dans une logique de circularité, de sobriété et de résilience, le SIAAP devra continuer à illustrer concrètement l’impact positif d’une industrie responsable et durable. L’autre enjeu sera d’aller plus loin dans la coopération et dans notre capacité à travailler tous ensemble. Si nous voulons inventer les technologies de demain, mobiliser des investissements d’avenir, concevoir des politiques urbaines adaptées ou animer le dialogue entre les usages de l’eau, c’est par le collectif que nous y parviendrons. 

Quelles innovations pourraient transformer la gestion des eaux usées dans les prochaines années ? L’IA peut-elle jouer un rôle ?

L’innovation est déjà au cœur de notre action. Elle se joue sur trois plans : les procédés, la donnée et la gouvernance. Sur les procédés, nous développons des traitements de plus en plus performants qui permettent d’atteindre une qualité d’eau en sortie d’usine propice au développement de la biodiversité mais aussi à la baignade comme nous l’avons vu cet été. Sur la donnée, nous déployons des capteurs intelligents et des outils de modélisation en temps réel qui nous permettent notamment de suivre la qualité des eaux. Ce type d’usage de la donnée nous avait aussi permis d’aider à la gestion sanitaire de l’épidémie de COVID dont la surveillance dans les eaux usées a été un atout essentiel en matière de santé publique. Enfin, l’intelligence artificielle ouvre des perspectives majeures en cela qu’elle permettra de piloter dynamiquement les flux, d’optimiser la consommation énergétique et d’anticiper les risques de pollution. Mais l’innovation, c’est aussi une culture : celle de la coopération. Avec les universités, les laboratoires de recherche, et les grandes écoles comme Polytechnique, nous allons continuer à travailler pour faire en sorte que l’École Française de l’Eau reste la référence mondiale de notre secteur.  

Donnez votre avis