Le Rêve américain / Is this thing on ? / Le crime du troisième étage / Nuremberg / Ce qu’il reste de nous 

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°814 Avril 2026
Par Christian JEANBRAU (X63)

Marty Supreme (réalisateur : Josh Safdie – 2 h 30) mérite d’être sauvé, bel exemple de divertissement réussi à l’américaine. Sinon, beaucoup de scories. Le Mystérieux Regard du flamant rose, compliqué et finalement ennuyeux ; Maigret et le Mort amoureux, agréable et joli casting mais un peu creux ; Rue Malaga, des intentions gâchées et Carmen Maura en Ravi de la crèche ; Alter Ego, à la frontière du ridicule ; Pillion, pour gay SM exclusivement.

Le Rêve américain

Réalisateur : Anthony Marciano – 2 h 01

Épatant ! La trajectoire improbable, semée d’embûches et d’échecs, « de l’ombre à la lumière », de deux « petits » Français passionnés de basket troquant leurs talents limités sur le terrain contre l’ambition théoriquement irréalisable de devenir agents de joueurs NBA. Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi sont formidablement inattendus, retenus, touchants et efficaces dans cette incarnation dont ils font vivre avec une étonnante subtilité tous les aspects. Leur énorme potentiel de sympathie joue ici à plein pour la réussite du film et l’adhésion du spectateur. On suit avec un intérêt constant, « basketophile » ou pas, l’incroyable aventure que les qualités humaines complémentaires et croisées comme la foi inébranlable des deux comparses ont fait déboucher sur le succès. Le plus fascinant étant que la trame de l’affaire est réelle. Excellent moment garanti, entre stress empathique et humour. 

Is this thing on ?

Réalisateur : Bradley Cooper – 2 h 01

Bonne (peut-être même très bonne) comédie romantique. Comment traduire, dans le contexte du film, son titre ? « Ça peut encore marcher ? » Un couple en crise. Le schéma est inusable et convenu mais s’y introduisent, du côté des situations comme de la psychologie des personnages, des éléments d’originalité (joli « caractère » des deux jeunes garçons du couple, thérapie inattendue du stand-up…) qui permettent au spectacle d’échapper à une mièvrerie américaine trop prévisible. Les deux acteurs principaux excellent, et ils sont en outre efficacement accompagnés. C’est chaleureux, coloré, animé et très agréable à suivre. Ne pas s’en priver. 

Le crime du troisième étage

Réalisateur : Rémi Bezançon – 1 h 44

Du pur divertissement et du bon ! Cette variation sur le « Fenêtre sur cour » d’Hitchcock est une parfaite réussite. La partition que jouent Gilles Lellouche, Laetitia Casta et Guillaume Galienne, exécutée à merveille, met le spectateur dans sa poche. Le film fourmille d’idées et de références, de notations fines et de trouvailles inventives, se déployant sur deux ou trois niveaux et faisant du spectateur le complice comblé du déploiement d’un scénario aux petits oignons dans un feu d’artifice de clins d’œil. Bravo ! 

Nuremberg

Réalisateur : James Vanderbilt – 2 h 28

Très bon film, proche du réel (cf. les 2 x 45 minutes d’arte.tv sur le procès), qui choisit l’angle de la relation particulière de Goering (Russell Crowe en surpoids : 126 kg) avec le docteur Douglas Kelley (Rami Malek), mandaté pour l’expertise psychiatrique des dignitaires nazis accusés. À douze ans d’intervalle, ils se suicideront au cyanure, le premier pour échapper à la corde, le second victime de ses propres déséquilibres. Mise en scène précise, reconstitution impressionnante, intrigues secondaires accrocheuses… et œuvre salutaire. Les acteurs sont bons. Les images d’archives sur l’ouverture des camps (partagées avec Arte) sont toujours aussi terribles. Un excellent compromis entre la fiction romanesque et l’information historique. 

Ce qu’il reste de nous

Réalisateur : Cherien Dabis – 2 h 25

La trajectoire, de 1948 à nos jours, de trois générations d’une famille palestinienne… en Palestine. Un Israël oppresseur ne sort pas flatté de ce film engagé. Le grand-père chassé de son orangeraie, prisonnier maltraité, son fils soumis à l’humiliation terrible d’un épisode central de la narration, le petit-fils victime du tir à balles réelles d’une répression de manifestants à Naplouse… L’empathie fonctionne pleinement pour la génération médiane qui subit, modeste et modérée, courageuse. Sur l’arrière-plan de l’occupation des territoires, la question humaine s’installe, qui est poignante et qui va vers le drame. Abordant des questions morales difficiles, le film est totalement convaincant jusqu’au-delà de ses deux tiers. Je regrette que la fin, en glissant vers le larmoyant, malgré la noblesse de la figure féminine qui s’y impose, décale vers la nostalgie convenue une présentation jusqu’alors rigoureuse et poignante. Ses cent premières minutes gardent néanmoins à l’ensemble une exigeante profondeur et justifient l’impérieux devoir d’y aller. 

Donnez votre avis