Aux Pays-Bas, Keolis opère des trains régionaux et de banlieue. Station de Raalte, sur la ligne de Zwolle à Almelo.

Le marché en développement du ferroviaire recherche des opérateurs taillés pour les réseaux complexes

Dossier : Ferroviaire | Magazine N°816 Juin 2026
Par Emmanuel TEBOUL (X97)
Par Laurence BROSETA (X89)

Keolis est un opérateur qui a une importante activité ferroviaire, moins connue que celle des réseaux de transport urbain. Il est présent dans ce secteur ferroviaire tant dans les pays développés que dans les pays en développement et adapte son offre et sa gestion aux conditions locales, avec une perspective constante de qualité de service, d’innovation et de performance. Le chantier pour la création d’une ligne à très grande vitesse au Canada est à cet égard exemplaire et porteur d’avenir. Les besoins d’embauche de nouveaux talents sont cruciaux et devraient attirer des ingénieurs sensibles aux solutions de transport décarbonées et qui ont envie de se développer dans des environnements complexes et stimulants.

Keolis est d’abord connu pour sa gestion de grands réseaux urbains multimodaux de transport public tels que ceux de Lyon, Bordeaux, Lille, Dijon ou Manchester, où l’entre­prise exploite, pour le compte des autorités organisatrices de trans­port, des modes de transport dits lourds – train, métro, tramway, bus, jusqu’aux modes les plus doux (vélos), et organise l’intermodalité – gestion de parking, transport à la demande, gestion des premiers et derniers kilomètres.

Filiale du groupe SNCF (70 %) et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (30 %), elle a une présence moins connue dans le ferroviaire. Le groupe exploite ou coexploite en partenariat près de 2 500 km de lignes et 13 réseaux ferroviaires répartis sur quatre continents, de Boston à Adelaïde en passant par la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Qatar et les Émirats arabes unis. Derrière cette empreinte mondiale, une même méthode : des systèmes sûrs, fiables et conçus en appliquant un principe simple, mais efficace : Think like a passenger – se mettre en permanence à la place du voyageur.

Du métro au train : quand la frontière s’estompe

La distinction entre transport urbain et transport ferroviaire peut sembler évidente. En effet, qu’y aurait-il de commun entre des bus et des trains, entre des tramways et des trains, entre des métros et des trains ? La distinction entre transport urbain et transport ferroviaire est en réalité moins nette qu’il n’y paraît. Lorsque l’on exploite le métro automatique de Dubaï – l’un des plus grands réseaux sans conducteur au monde, atteignant 110 km/h – ou le réseau de Docklands Light Railway (DLR) à Londres, les exigences techniques rejoignent celles du ferroviaire classique : gestion optimisée de l’infrastructure, supervision et adaptation en temps réel, continuité de service sous contrainte. La frontière devient alors une question de réglementation et de gabarit, bien plus que de compétences.

Outre son lien avec SNCF Voyageurs et son immense base de compétences, c’est aussi cette capitalisation d’expériences croisées – entre modes, entre continents – qui fonde la compétence ferroviaire de Keolis. Le groupe a construit un portefeuille délibérément diversifié : trains intercités (Émirats arabes unis), trains régionaux et de banlieue (Boston, Adelaïde, Pays-Bas, Royaume-Uni), métros automatiques (France, Dubaï, Doha, Chine), trams-trains en Île-de-France, services intermodaux intégrant tous les modes et, demain, une ligne à très grande vitesse au Canada, avec le projet Alto. Chaque contrat est un terrain d’apprentissage ; chaque réseau, un laboratoire et une démonstration concrète, piloté en collaboration avec l’autorité organisatrice locale, au service des citoyens et des communautés. Think like a passenger, c’est améliorer le confort, optimiser les grilles horaires, calibrer la maintenance pour assurer la fiabilité du service, anticiper les ruptures, gérer la multimodalité. Des exigences simples en apparence, redoutablement exigeantes et structurantes dans la pratique.

Boston : la transformation d’un réseau sous contrainte

Si l’on cherche un cas d’école de l’expérience de Keolis dans le ferroviaire, Boston s’impose. La filiale du groupe Keolis Commuter Services (KCS) y exploite depuis 2014 pour le compte de la MBTA (Massachusetts Bay Transportation Authority) le 5e réseau de banlieue des États-Unis, avec un faisceau de contraintes techniques : rames tractées par des locomotives diesels, portes à fermeture manuelle, 295 passages à niveau, de longues sections à voie unique, plusieurs ouvrages mobiles franchissant des canaux et un climat qui oscille entre blizzards, tempêtes de neige et canicules.

Le réseau compte 14 lignes, 520 trains par jour, 700 miles de voies, 141 gares, et transporte environ 550 000 voyageurs hebdomadaires. En à peine une décennie, le réseau est passé d’une performance jugée moyenne, qui pénalisait son attractivité, à ses meilleurs résultats historiques, avec une ponctualité durablement supérieure à 90 %. Cette progression repose sur plusieurs leviers techniques et organisationnels développés conjointement avec la MBTA : une maîtrise industrielle de la maintenance, pour les 92 locomotives et 443 voitures entretenues dans trois ateliers principaux et treize sites de remisage ; des outils avancés de détection précoce des défauts de voie et de matériel ; un pilotage opérationnel systémique intégrant régulation, gestion des risques météo et animation quotidienne des équipes.

En à peine une décennie, le réseau de Boston est passé à ses meilleurs résultats historiques, avec une ponctualité durablement supérieure à 90 %. © Keolis

Une transformation structurelle de l’offre

Le réseau de Boston, c’est aussi une transformation structurelle de l’offre, construite avec les autorités du Massachusetts après la Covid : passage d’un modèle centré sur les heures de pointe sans offre attractive en journée à un cadencement aux heures creuses, une amplitude étendue jusqu’à minuit, le renforcement massif des services les week-ends. La fréquentation repart à la hausse, portée également par une cellule d’information voyageurs en temps réel, des campagnes marketing ciblées et une transition progressive vers des paiements numériques.

En parallèle, KCS pilote activement un programme de travaux d’envergure : doublement de voies, modernisation de la signalisation, déploiement de fibre optique, plan de résilience aux impacts climatiques. Et, en ligne d’horizon, le programme lancé en 2025 de passage à la traction électrique sur la ligne Fairmount – l’introduction de locomotives à batteries qui préfigurent la décarbonation progressive du réseau, conformément aux ambitions environnementales de la MBTA. Ce projet d’électrification se déroulera dans le cadre du prochain contrat. Pour répondre aux besoins spécifiques du nouveau cahier des charges, Keolis s’est associé l’expertise d’Alstom, ainsi que celle d’Amey, son partenaire sur les réseaux DLR (métro) à Londres, Metrolink (tramway) à Manchester et Luas (tramway) à Dublin. En effet, le nouveau contrat donne plus de part à l’ingénierie, à la maintenance et au renouvellement des infrastructures, domaine d’excellence d’Amey.

Dubaï, Doha, Émirats : les opérations au service de clients exigeants

Au Moyen-Orient, Keolis montre une autre face de son savoir-faire : l’exploitation de systèmes ferroviaires de dernière génération, pour des clients publics dont les standards d’exigence sont parmi les plus élevés au monde. À Dubaï, l’exploitation du métro automatique (assimilable à un RER à très haute fréquence) impose une disponibilité et une ponctualité proches de 100 %, dans un environnement marqué par des pics thermiques extrêmes et une clientèle locale et internationale aux attentes élevées. Des résultats obtenus grâce à une ingénierie de maintenance rigoureuse et à une relation de travail étroite avec l’autorité concédante.

À Doha, Keolis et ses partenaires (RATP Dev et Hamad Group) ont participé au défi de la Coupe du monde de football 2022 en dimensionnant, avec les autorités qataries, un plan de transport sous très forte contrainte, pour desservir et vider les stades de manière fluide et rapide. Une nouvelle étape se joue aux Émirats arabes unis, avec Etihad Rail Mobility, coentreprise entre Etihad Rail et Keolis, qui devrait lancer en 2026 les premiers services ferroviaires de voyageurs entre Abou Dhabi et Dubaï sur un réseau historiquement dédié au fret. Dans une culture où la voiture reste dominante, Keolis adapte, aux côtés d’Etihad Rail, les standards ferroviaires internationaux (sécurité, ponctualité, billettique, confort, intermodalité…) pour faire du train une solution attractive, plus sûre et plus rapide, pour les déplacements entre les Émirats.

Le ferroviaire : un marché mondial, des solutions locales

Le ferroviaire est devenu un marché mondialement connecté. Les compétences circulent, les technologies s’exportent, les modèles contractuels s’adaptent d’un continent à l’autre. Keolis s’inscrit dans cette dynamique : l’expertise internationale n’a de valeur que si elle s’accompagne d’un fort ancrage local, au plus près des autorités organisatrices et des territoires qu’elles servent. Sur les réseaux régionaux – lignes françaises (Blanc-Argent, trams-trains franciliens et bientôt Charles-de-Gaulle Express), réseaux néerlandais (province d’Overijssel, Twente), services de banlieue au Royaume-Uni (Govia Thameslink Railway, Southeastern), réseau d’Adelaïde en Australie – la même logique prévaut : des équipes locales autonomes et responsabilisées, une coopération étroite avec les autorités organisatrices de transport pour ajuster l’offre et piloter la performance, une exigence de fiabilité et de qualité de service au quotidien, soutenue par les experts internationaux des centres d’excellence au siège, comme par des échanges entre réseaux, pour des besoins spécifiques, des partages de savoir-faire, et en cas de crise.

L’innovation pour la performance

Partout dans le monde, le ferroviaire retrouve une place centrale dans les stratégies de mobilité durable. Ses atouts structurels – forte capacité d’emport, faible empreinte carbone par passager-kilomètre, consommation énergétique contenue – en font un levier naturel pour la préservation de l’environnement. La question pour les autorités organisatrices n’est plus de savoir si elles doivent miser sur le rail, mais « comment », selon quel modèle contractuel. Régie, délégation de service public, contrat de performance intégré, sous-traitance d’opérateur public, partenariats public-privé pour la construction et l’exploitation – tous les modèles coexistent et les doctrines locales évoluent selon la maturité du secteur et les agendas politiques locaux. L’innovation est en effet un levier structurant de la performance : maintenance prédictive, gestion du cycle de vie des actifs, optimisation énergétique, programmes de renouvellement de flotte – mais aussi innovation de service, tarification dynamique et intermodalité intégrée, pour rendre le rail attractif et développer sa fréquentation au-delà des trajets domicile-travail.

La très grande vitesse, un levier de transfert modal pour une mobilité plus durable

En partenariat avec SNCF Voyageurs, Keolis s’est lancé en 2025 dans la très grande vitesse. Avec le projet Alto, Keolis accompagne le gouvernement du Canada dans le codéveloppement d’une ligne à très grande vitesse de Québec à Toronto. Une équipe d’une trentaine d’experts est déjà mobilisée pour assister le concessionnaire Cadence et le gouvernement du Canada dans la phase de conception du projet avant le lancement de la construction prévue en 2030. Le projet va transformer les transports canadiens : le service devrait toucher 90 % de la population et offrir une solution de remplacement attractive et propre à l’avion et la voiture.

“Les projets ferroviaires à grande vitesse se multiplient à travers le monde.”

En parallèle, les projets ferroviaires à grande vitesse se multiplient à travers le monde dans des pays ou des régions où la grande vitesse ou même le train n’existait pas ou peu : le Moyen-Orient, les États-Unis, l’Australie. La grande vitesse est en effet pour les gouvernements une véritable chance de transfert modal vers une mobilité à la fois plus efficace et plus respectueuse de l’environnement.

Le développement du ferroviaire se réalisera grâce à l’engagement de nouveaux talents

Grâce à la richesse des réseaux et à la diversité des environnements internationaux dans lesquels nous opérons, Keolis s’efforce d’attirer les talents du secteur ferroviaire. Et, comme l’expertise ferroviaire se construit sur le terrain, nous avons conçu un graduate programme international, pour accompagner les jeunes diplômés dans la découverte de multiples aspects du métier. Les jeunes diplômés peuvent ensuite choisir d’intégrer des équipes terrain pour acquérir une expérience opération­nelle ou de rejoindre des fonctions de soutien pour contribuer à des projets stratégiques. Ils peuvent découvrir différents contextes culturels et renforcer leur capacité d’adaptation. L’apprentissage du management, la prise de responsabilités et la participation à l’innovation constituent autant de possibilités pour construire une carrière enrichissante. Enfin, l’accompagnement par des mentors et la formation continue favorisent l’épa­nouissement personnel et professionnel au sein du secteur ferroviaire.

La performance dans le ferroviaire est clé pour être acteur dans les mobilités partagées

La combinaison entre la profondeur de l’expérience de la très grande vitesse de SNCF Voyageurs et l’agilité d’un opérateur présent dans treize pays est un atout pour accompagner ces projets. Il ne s’agit pas seulement d’exploitation, mais de partenariats stratégiques de long terme, sur toutes les étapes de ces projets transformationnels : de la conception du réseau au dimensionnement de l’offre, à la définition du service, la revue du design, la participation aux essais et à la mise en service, l’excellence opérationnelle et la maintenance industrielle… Dans un secteur où la confiance se construit dans la durée et sur des résultats mesurables, c’est peut-être là l’essentiel : le position­nement comme partenaire de long terme, un copilote stratégique aux côtés des autorités concédantes, au service des territoires, de leurs habitants… et de la transition environnementale. 

Keolis en chiffres
Présent dans 13 pays, Keolis exploite des réseaux de transport pour le compte d’environ 300 autorités organisatrices, sur plus de 32 000 km de lignes tous modes confondus. Le groupe transporte chaque jour plus de 5 millions de passagers et compte parmi ses références ferroviaires 13 réseaux représentant près de 2 500 km de lignes, de Boston à Adelaïde en passant par le Royaume-Uni, Dubaï, Doha et les Pays-Bas. Leader mondial du tramway et du métro automatique, Keolis est résolument multimodal – et résolument ferroviaire.

Donnez votre avis