Le financement des PME et des ETI



La faiblesse de la croissance française est souvent analysée à travers le prisme de la consommation, de la fiscalité ou de la dette publique. Plus rarement sous l’angle du financement des entreprises existantes, pourtant au cœur de la création d’emplois et de valeur. La France ne manque ni d’épargne, ni d’entrepreneurs, ni de projets. Elle souffre en revanche d’un désalignement entre les besoins de financement de ses entreprises de taille moyenne et les outils financiers effectivement à leur disposition. Or ce sont précisément ces entreprises, les PME et ETI rentables et en croissance, qui constituent le principal moteur de l’emploi et de l’investissement. Mal financées, elles croissent moins, investissent moins et deviennent plus vulnérables aux chocs. À l’inverse, lorsqu’elles disposent de capitaux et d’actionnaires adaptés à leur trajectoire, elles créent durablement de la richesse et de l’emploi. C’est là que le capital-investissement trouve toute son utilité.
Les PME et ETI sont l’ossature du tissu économique français. Selon l’Insee, elles concentrent plus de la moitié de la valeur ajoutée marchande, environ 40 % de l’investissement et près des trois quarts de l’emploi marchand. Les analyses de la dynamique de l’emploi montrent par ailleurs que, sur une longue période, la création nette d’emplois provient quasi exclusivement des PME, celles-ci compensant les destructions observées dans les très petites entreprises et les grands groupes lors des cycles.
Ces PME et ETI qui dynamisent notre économie sont rentables, intensives en emploi et fortement ancrées dans les territoires. Mais elles évoluent dans une zone grise du financement : trop grandes pour certains dispositifs publics, trop petites pour attirer spontanément les marchés financiers. C’est une des raisons pour lesquelles la France compte moins d’ETI que ses principaux voisins européens : environ 5 800, contre plus de 12 000 en Allemagne et près de 8 000 en Italie. Ce déficit n’est pas un hasard. Il reflète la difficulté pour les PME françaises à franchir durablement le cap de la croissance soutenue.
Croître, investir, recruter : un triptyque indissociable du financement
La croissance durable d’une entreprise de taille moyenne repose sur une combinaison simple en apparence : investir, pérenniser sa croissance et sa rentabilité, recruter, innover et transformer. Chacun de ces leviers suppose des ressources financières stables et de long terme. Les trajectoires de croissance les plus ambitieuses reposent rarement uniquement sur de l’autofinancement : elles passent souvent par des opérations de croissance externe et par une prise de risque mesurée, rendue possible par la diversification du patrimoine de l’entrepreneur et par l’accompagnement d’associés-actionnaires spécialisés dans l’accélération de la croissance.
“Les entreprises bien financées investissent davantage, résistent mieux aux cycles économiques
et maintiennent leurs recrutements même en période de ralentissement.”
Les entreprises qui investissent dans la modernisation de leur outil productif, dans la numérisation, dans la transition environnementale, ou qui s’internationalisent doivent engager des dépenses bien avant d’en percevoir les bénéfices. Plusieurs travaux universitaires ont montré que la rentabilité est un préalable à la croissance durable, et non l’inverse. En matière d’emploi, le lien est direct. Les entreprises bien financées investissent davantage, résistent mieux aux cycles économiques et maintiennent leurs recrutements même en période de ralentissement. À l’inverse, des bilans sous tension conduisent mécaniquement à des arbitrages défavorables à l’emploi. Ainsi, chez Montefiore, nous accélérons la croissance rentable des entreprises dans la durée et avons pris l’engagement de créer, à travers notre portefeuille de sociétés, 10 000 emplois nets entre 2021 et 2028.
Un système de financement mal adapté au middle market
Historiquement, les marchés actions jouaient un rôle essentiel dans le financement de la croissance des PME. Ce n’est plus le cas. En 2024, moins de 700 millions d’euros ont été levés en Bourse par des entreprises françaises, contre plus de 40 milliards d’euros apportés par le capital-investissement. La combinaison de contraintes réglementaires élevées, d’une liquidité insuffisante et d’une volatilité accrue a progressivement marginalisé la Bourse comme outil de financement pour ces entreprises de taille moyenne. Le crédit bancaire, quant à lui, demeure un pilier du financement des PME françaises. Il est efficace pour financer le cycle d’exploitation, mais structurellement inadapté aux phases d’accélération ou de transformation. La hausse récente des taux a rappelé la vulnérabilité d’un modèle reposant excessivement sur l’endettement, en particulier pour les entreprises intensives en main-d’œuvre.
| Le middle market Le middle market regroupe les entreprises de taille moyenne des PME aux ETI. Chiffre d’affaires : de quelques millions à quelques milliards d’euros Effectifs : de quelques dizaines à 5 000 employés Ces entreprises représentent une part majeure de la croissance économique et de la création d’emplois en France. |
Le rôle structurant du capital-investissement
Dans ce contexte, le capital-investissement joue un rôle économique central. Il apporte des fonds propres, renforce les bilans et permet aux entreprises de financer des projets que la dette seule ne pourrait soutenir.
Selon France Invest, les PME et ETI accompagnées par des fonds d’investissement ont enregistré en 2023 une croissance moyenne de 8,3 %, contre environ 4 % pour les entreprises comparables non accompagnées. Chez Montefiore, ce chiffre monte à plus de 20 % de croissance moyenne annuelle pour nos sociétés en portefeuille. Cette performance s’explique moins par un effet financier que par la capacité à investir dans la durée, à structurer la gouvernance et à accompagner les dirigeants dans leurs choix stratégiques.
Le capital-investissement intervient également dans des moments déterminants : transmissions, recompositions du capital, accélérations stratégiques, développement par croissance externe, internationalisation. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de substituer un modèle à un autre, mais de compléter l’écosystème de financement devenu lacunaire.
Quelques propositions
On peut tracer quelques pistes pour aider au développement du private equity.
Par exemple, mobiliser davantage l’épargne des Français afin d’orienter une part plus importante des capitaux disponibles vers le financement des PME et ETI, notamment à travers des véhicules d’investissement adaptés à l’horizon de long terme de ces entreprises.
Ou encore préserver un cadre fiscal stable et prévisible, condition indispensable pour encourager les investissements de long terme et réduire l’incertitude qui pèse sur les décisions des entrepreneurs comme des investisseurs.
Et faciliter la transmission des PME et ETI en développant des solutions de financement permettant d’assurer la continuité des entreprises, de préserver les centres de décision sur le territoire et d’accompagner les reprises par les dirigeants ou les salariés. E
t enfin encourager l’actionnariat salarié et l’association des dirigeants à la création de valeur, afin d’aligner les intérêts des différentes parties prenantes et de diffuser plus largement les fruits de la croissance des entreprises.
La question du financement des entreprises de taille moyenne n’est ni technique ni idéologique. Elle est profondément économique et sociale. Financer ces entreprises, c’est financer l’emploi, l’investissement et la souveraineté. Dans un pays où la dépense publique atteint (ou plutôt a dépassé) ses limites, la croissance durable ne viendra pas d’un surcroît de consommation, mais de l’augmentation de la valeur ajoutée créée, qui passe par une meilleure allocation du capital vers les entreprises qui investissent, innovent et embauchent. La condition centrale de la croissance et de l’emploi en France est désormais de mobiliser, de façon coordonnée, tous les leviers de financement en faveur de ses entreprises.
Pour aller plus loin :
- Insee, Les entreprises en France (https://www.insee.fr/fr/statistiques/8290682?sommaire=7667330&utm)
- Insee, Créations d’emplois par catégorie d’entreprises entre 2012 et 2022. Des créations d’emplois portées surtout par les micro-entreprises et les PME https://www.insee.fr/fr/statistiques/8641569?utm
- France Invest, Étude d’impact économique du capital-investissement, éditions 2023-2024
https://www.franceinvest.eu/impact-economique-et-social-du-capital-investissement-francais-a-fin-2024/ - Rexecode, Coût du travail et compétitivité en Europe https://www.rexecode.fr/tous-les-themes/cout-du-travail
- « Questioning the Growth Dogma: A Replication Study », Entrepreneurship Theory & Practice (2022), Cyrine Ben-Hafaïedh & Anaïs Hamelin https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/10422587211059991
- Banque de France, Financement des entreprises et conditions de crédit https://www.banque-france.fr/fr/statistiques/credit/financement-des-entreprises-2025-12





