« Le Cambodge a plusieurs atouts qui peuvent attirer les polytechniciens »

Florent Angkeara Svay (X09), alumni cambodgien est ambassadeur AX au Cambodge. Il présente la communauté grandissante des polytechniciens au Cambodge – une quarantaine d’anciens élèves depuis 2007 – et nous parle des opportunités qu’offre ce pays en pleine croissance ainsi que des liens croissants entre l’IP Paris et le système universitaire cambodgien.
Pourquoi as-tu choisi l’X et que retiens-tu de ton parcours à l’X ?
Je suis né à la campagne, dans le sud du Cambodge, dans la province de Takeo. Mon père était professeur de mathématiques au lycée et ma mère était agricultrice. J’ai effectué toute ma scolarité primaire et secondaire à la campagne, jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat en 2007.
Après le bac, j’ai réussi le concours d’entrée de l’Institut de technologie du Cambodge (ITC) à Phnom Penh, la capitale du pays, qui est l’un des établissements d’enseignement supérieur francophones les plus reconnus au Cambodge. À peine arrivé à Phnom Penh pour commencer mes études à l’ITC, j’ai découvert l’existence du concours d’entrée de l’École polytechnique. L’année 2007 était d’ailleurs la première année où l’X ouvrait son concours aux étudiants cambodgiens. Depuis, on dénombre environ 40 alumni cambodgiens ayant fait le cycle ingénieur.
Particulièrement séduit par la réputation de l’X dans le domaine scientifique, et surtout par le fait que de nombreux scientifiques renommés en sont issus, je me suis donné pour objectif de préparer ce concours. J’ai donc redoublé d’efforts pendant deux ans, entre 2007 et 2009. Durant cette période, je suis passé de quelqu’un qui ne parlait pas un mot de français à quelqu’un capable de maîtriser la langue de Molière. Grâce à cette progression linguistique, combinée à mes bases scientifiques en mathématiques et en physique, j’ai finalement réussi le concours d’entrée de l’X en 2009. Cela m’a permis de quitter le Cambodge pour la première fois de ma vie et de rejoindre les étudiants d’élite français sur le plateau de Palaiseau.

Ce que je retiens le plus de mon parcours à l’X est la richesse et la diversité de la vie sur le campus : la diversité des disciplines scientifiques, mais aussi l’état d’esprit des polytechniciens, qui consiste à vouloir et à pouvoir mener plusieurs projets en parallèle.
Je peux d’ailleurs dire que la personne que je suis aujourd’hui, capable d’assumer des responsabilités importantes et de gérer plusieurs entreprises en même temps, s’est largement construite grâce à mon passage à l’X.
Aujourd’hui, je vis et travaille à Phnom Penh, au Cambodge, dans les secteurs du BTP, de l’architecture et de l’ingénierie. J’occupe simultanément des fonctions de direction au sein de trois entreprises complémentaires. Je suis actuellement directeur technique (CTO) chez LBL International, une entreprise générale de construction franco-cambodgienne, directeur de l’ingénierie chez Wise, un bureau d’études spécialisé en conception architecturale et en calcul de structures, ainsi que directeur chez Degrand AC & Engineering, un cabinet spécialisé dans le contrôle et la validation des calculs d’ingénierie.
Combien d’X sont présents au Cambodge et dans quels secteurs ?
Nous comptons aujourd’hui presque une dizaine de polytechniciens présents au Cambodge. La majorité sont d’origine cambodgienne, mais il y a également quelques polytechniciens français.
Les secteurs d’activité sont relativement variés. On les retrouve notamment dans les domaines suivants : le bâtiment et les travaux publics ; l’aviation ; l’énergie ; l’intelligence artificielle et la data ; l’agriculture ; la banque ; l’éducation.

Quelle est la situation au Cambodge et quels sont les atouts pour attirer des X ?
Le Cambodge est encore un pays en développement, mais il présente plusieurs atouts qui peuvent attirer des diplômés de grandes écoles comme les polytechniciens, qu’ils soient ingénieurs, entrepreneurs ou chercheurs. Ces atouts ne sont pas toujours évidents au premier regard, mais ils deviennent très clairs si l’on raisonne en termes d’opportunités de carrière, d’impact et d’entrepreneuriat. En effet, le Cambodge est une économie émergente d’Asie du Sud-Est, en forte croissance et en transformation, caractérisée par une urbanisation rapide et de nombreux projets d’infrastructures. Les secteurs comme le BTP, l’ingénierie, l’énergie, la logistique et l’urbanisme sont en pleine expansion. Pour un polytechnicien, cela signifie participer à des projets structurants (routes, ports, aéroports, villes nouvelles), accéder rapidement à des responsabilités et disposer d’un terrain idéal pour appliquer des compétences techniques avancées.
C’est aussi un terrain d’innovation et d’expérimentation. Dans un pays en développement rapide, de nombreux systèmes restent encore à construire ou à optimiser, et il existe souvent moins de rigidité administrative et institutionnelle qu’en Europe. Cela crée un environnement dans lequel un ingénieur peut tester de nouvelles solutions (smart cities, numérique, infrastructures), lancer des projets pilotes et avoir un impact direct sur le développement du pays. En parallèle, l’accès à l’entrepreneuriat y est relativement facile. Le Cambodge est connu pour être ouvert aux investisseurs étrangers et relativement simple pour la création d’entreprises. Le pays dispose notamment de zones économiques spéciales offrant des avantages fiscaux et logistiques. De plus, de nombreux secteurs restent encore peu saturés. Pour un polytechnicien entrepreneur, cela peut représenter l’opportunité de créer une start-up ou un cabinet d’ingénierie.
Le besoin en compétences de haut niveau est fort. Le Cambodge manque encore de profils techniques très spécialisés. Les ingénieurs expérimentés peuvent donc accéder rapidement à des postes de direction ou d’expertise et apporter des standards internationaux dans différents secteurs. Les ingénieurs expatriés peuvent également bénéficier de conditions de rémunération attractives selon leur expérience, souvent accompagnées d’avantages comme le logement, l’assurance ou les billets d’avion.
En résumé, le Cambodge peut attirer des polytechniciens pour trois raisons principales : des opportunités professionnelles rapides dans un pays en croissance ; la possibilité d’entreprendre et d’innover dans un marché encore ouvert ; un impact réel sur le développement d’un pays émergent.

Quelles sont les raisons principales de la croissance du nombre d’étudiants cambodgiens à l’X ?
Premièrement, les polytechniciens cambodgiens ont créé en 2017 une association loi 1901 appelée Association des polytechniciens khmers (AXK). Cette association vise à renforcer l’entraide entre ses membres, mais aussi à promouvoir l’École polytechnique au Cambodge et à accompagner les étudiants cambodgiens dans la préparation du concours d’entrée.
“La réussite professionnelle des polytechniciens khmers constitue une source d’inspiration pour les jeunes générations.”
Deuxièmement, la réussite professionnelle des polytechniciens khmers constitue une source d’inspiration pour les jeunes générations. Voir leurs aînés réussir dans différents domaines encourage naturellement les étudiants cambodgiens à s’intéresser à cette grande école fondée par des figures scientifiques majeures comme Henri Poincaré (X1873).
Quelles perspectives pour renforcer les flux d’étudiants cambodgiens et les échanges académiques ?
Une avancée importante est que l’Institut de technologie du Cambodge (ITC) a récemment signé un MoU (memorandum of understanding ou protocole d’entente) avec l’École polytechnique sur plusieurs sujets de coopération académique. Parmi ces initiatives figure notamment l’envoi d’élèves de première année (1A) de l’X à l’ITC, afin de renforcer les échanges académiques et d’aider les étudiants de l’ITC à mieux se préparer aux concours de l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris).
Au-delà de l’ITC, j’espère que d’autres universités cambodgiennes reconnues, comme l’Université royale de Phnom Penh (RUPP), pourront également développer des coopérations avec les écoles d’IP Paris. Ces partenariats pourraient également offrir davantage d’opportunités aux étudiants de l’X souhaitant effectuer des stages ou des projets de recherche à l’international.





