L’art de la souveraineté : penser et construire l’indépendance numérique

La souveraineté numérique n’est plus une option : c’est un impératif stratégique. En 2025, l’Europe ne peut plus dépendre des géants américains du cloud. Comme le rappelle Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, 80 % du marché européen est encore contrôlé par des acteurs soumis au Cloud Act. Héberger nos données sensibles à l’étranger, c’est accepter le risque d’espionnage et de perte de contrôle. La CNIL veille, aux côtés de l’État, à garantir un espace numérique respectueux des libertés et des valeurs européennes.
Mais cette souveraineté doit aussi se construire. En première ligne, nos infrastructures : les data centers. Leurs responsables rappellent volontiers que la maîtrise de l’hébergement est un sujet de souveraineté. Pour joindre l’acte à la parole, certains n’hésitent pas à investir des milliards d’euros en France pour bâtir des « gigacenters » bas carbone et indépendants.
“La liberté numérique de l’Europe se joue ici et maintenant.”
La souveraineté, c’est aussi l’innovation. Inria, fidèle à sa mission fondatrice, place cet enjeu au cœur de sa stratégie : IA, cybersécurité, quantique. Son président Bruno Sportisse (X89) le martèle : renforcer l’autonomie technologique de la Nation passe par la recherche et le transfert vers nos entreprises. De son côté, la DINUM, menée par Stéphanie Schaer (X97), fait de la maîtrise des systèmes d’information de l’État un levier de résilience nationale : mutualisation, open source et formation des agents publics sont au cœur de la transformation.
Et, sur le terrain, les acteurs français prouvent qu’indépendance peut rimer avec performance. Nombreux sont nos ingénieurs qui, via leurs entreprises, offrent des solutions souveraines face aux géants du numérique : proximité, réactivité, sécurité – sans soumission au droit extraterritorial. La souveraineté numérique se pense donc comme une œuvre collective : un État stratège, une recherche engagée, des entreprises audacieuses. Aux ingénieurs et décideurs d’en faire une réalité durable : la liberté numérique de l’Europe se joue ici et maintenant.





