L’Affaire Bojarski / À pied d’œuvre / Le Gâteau du président / Les Dimanches / Sainte-Marie-aux-Mines

Eleonora Duse ? Grand film et impériale Valeria Bruni Tedeschi. Le Mage du Kremlin ? Impeccable mais froid. Furcy, né libre ? Instructive œuvre pie. La Reconquista ? Une nostalgique émotion qui passera. Baise-en-ville ? Sympathique potacherie. Amour apocalypse ? Amuse et attache sans convaincre. The Mastermind ? Finalement ennuyeux. Dreams ? Simple perte de temps pseudo-torride. Aucun autre choix ? Si, si : celui de s’en dispenser.
L’Affaire Bojarski
Réalisateur : Jean-Paul Salomé – 2 h 08
Exceptionnelle histoire de faussaire servie par un casting de rêve, au premier rang duquel Reda Kateb. On hésite à narrer le scénario tant, près des faits « historiques », il dit combien « la réalité dépasse la fiction ». L’incroyable long parcours d’impunité de Bojarski dû à son seul génie propre, ses faux billets plus vrais que les originaux, la famille, le couple (le charme de Sara Giraudeau) qu’il bâtit, la quête obstinément infructueuse du commissaire Mattei (Bastien Bouillon, impeccable), le poids handicapant d’un vieux compagnonnage (l’excellent Pierre Lottin) qui va signer l’échec final, tout se met en place, se monte, se montre, s’articule, se déploie et va vers son terme dans un film riche, précis, varié, prenant, bref formidablement réussi.
À pied d’œuvre
Réalisatrice : Valérie Donzelli – 1 h 32
Très bon film qui repose sur les épaules de Bastien Bouillon, inattendu, lunaire, habité, parfait en écrivain empêché, avec André Marcon, toujours irréprochable, Valérie Donzelli herself, précise, piquante, Virginie Ledoyen, agréable-ment revue. Déroulement lent mais lenteur plaisante, au rythme même du temps et de ses aléatoires autant que nombreuses péripéties. Une histoire simple et qui retient sur la volonté d’écrire malgré tout.
Le Gâteau du président
Réalisateur : Hasan Hadi – 1 h 42
L’Irak sous la pression américaine du début des années 1990. Saddam Hussein et son accablant culte de la personnalité. Une petite école du delta du Tigre et de l’Euphrate sous la tyrannie d’un instituteur militaire. Pour l’anniversaire de Saddam, on tire au sort les élèves chargés de diverses tâches dont la confection d’un gâteau « pour le président ». La petite Lamia, vive, plaisante, décidée, est désignée. Cette absurde exigence ouvre pour elle, accompagnée de son coq Hindi et de son copain Saeed, l’odyssée de la quête des ingrédients nécessaires. Un film riche et gai malgré le contexte, empli de beautés formelles, qui documente dans le fourmillement de ses péripéties inventives un régime indécent, des modes de vie multicolores et le quotidien difficile et contrasté de toute une société. Beau regard sur l’enfance, son audace débrouillarde, son ailleurs poétique dans un monde adulte victime de la folie du pouvoir, où la noirceur, le malheur, la misère peuvent s’éclairer parfois d’une brouillonne chaleur humaine. Étonnamment vivant et réussi.
Les Dimanches
Réalisatrice : Alauda Ruiz de Azúa – 1 h 52
Le parcours énigmatique et troublant d’une adolescente qui se croit et se dit appelée par Dieu. Son questionnement intime. Ses premiers et paradoxaux émois amoureux. Son repli. Le groupe familial qui l’entoure, empli de ses tensions propres, partagé, hésitant devant cette tentation de basculement hors du réel, ce refus de s’ouvrir à la vie et à l’avenir, où dominent le père, incertain, et la tante, radicalement incroyante et formidablement interprétée par Patricia López Arnaiz. Le couvent, les interlocuteurs religieux, le jeune directeur de conscience, la Mère supérieure, leurs discours aux sollicitudes suspectes, au ton malsain. Un tableau riche, subtil, fouillé, offert à la réflexion du spectateur comme l’exigeant. Un très beau film.
Sainte-Marie-aux-Mines
Réalisateur : Claude Schmitz – 1 h 26
Une pépite ! Du début à la fin, ce grand petit film comique, décalé et touchant, se savoure comme une pâtisserie, lentement, riche en bouche, goûtu, cheminant son chemin dans un entre-deux poétique et cocasse au second degré constant, au premier degré délicat. Deux enquêteurs en semi-disgrâce, lunaires et parfaitement inefficaces, arrachés à Perpignan et punis d’un transfert à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) que l’un d’eux a quitté voilà trente ans, vont à la fois résoudre à coup de techniques pitoyables le maigre cas qu’on leur a confié, lever un gros lièvre et approcher, par les bizar-reries du sort comme malgré elles, la réussite et l’épanouissement. Jusqu’à l’imprévisible rebondissement… Ne pas quitter la salle avant, jolie trouvaille ultime, la fin de la fin du générique de fin (merci Rodolphe Burger et Francis Soetens).





