La robotique va-t-elle changer le monde ?

Dossier : La RobotiqueMagazine N°655 Mai 2010
Par Jean-Christophe BAILLIE (94)

Je regardais il y a quelques jours une vidéo sur le site des images des archives nationales, l'INA, qui montrait un extrait de journal télévisé de 1983 présentant une invention révolutionnaire et qui allait bouleverser notre quotidien : l'informatique!

Une ménagère interrogée sur le sujet expliquait qu'elle ne voyait vraiment pas l'utilité de ces gadgets et qu'elle n'imaginait pas un seul instant que ce genre d'objet puisse entrer dans son quotidien. Nous connaissons tous la fin de l'histoire à ce sujet : L'informatique est omniprésente.

Ce qui est intéressant bien entendu c'est que la robotique partage aujourd'hui beaucoup de points communs avec l'informatique de 1983. Elle entre progressivement dans notre quotidien (déjà cinq millions d'aspirateurs robots vendus par iRobot), elle suscite des interrogations sur son usage, et, surtout, elle déclenche de véritables passions, guidées par l'intime conviction que cette technologie a un potentiel qui dépasse ce que l'on peut en voir aujourd'hui.

La richesse de ce numéro spécial de La Jaune et la Rouge en témoigne.

Si l'informatique a évidemment changé le monde, on est bien sûr tenté de se poser la question aujourd'hui : la robotique va-t-elle changer le monde à son tour? Son potentiel est évidemment énorme.

Beaucoup pensent comme moi que la véritable question n'est pas réellement "si", mais "quand". Sur ce point les avis divergent entre les prudents et les optimistes. Pour que la robotique prenne son envol, il faut réunir trois ingrédients qui, il me semble, sont aujourd'hui présents et ne l'étaient pas il y a encore cinq à dix ans.

Premièrement, il faut une certaine maturité technologique sur les questions difficiles de la perception, de l'action, de l'Intelligence artificielle en général. À ce sujet, de très nombreux progrès ont été faits dans la dernière décennie dotant littéralement et pour la première fois les machines du sens de la vue, de l'ouïe et de l'orientation.

Deuxièmement, il faut que les robots soient abordables. Plus précisément, il faut un juste équilibre entre le degré de fonctionnalité fourni et le prix, et cet équilibre commence à être accessible grâce à la baisse du coût des composants en provenance de l'industrie du mobile : caméras, batteries, processeurs, mémoire, etc.

Enfin, le troisième point clé est celui des infrastructures. Infrastructures techniques avec le développement de l'accès à Internet haut débit, qui permet d'imaginer des applications robotiques hautement connectées avec de l'intelligence déportée, et infrastructure business avec la démocratisation de modèles de vente originaux pour le logiciel, qui est vendu comme un service.

Cette évolution des modèles de vente intéresse justement des acteurs importants tels que les opérateurs téléphoniques et, forte de ce soutien, la robotique peut espérer acquérir la visibilité marketing dont elle a besoin pour se faire connaître. Je vous invite donc à rejoindre le camp des optimistes, même s'il ne faut pas oublier qu'il reste encore du chemin à faire, et des investissements forts à engager.

La robotique a la capacité de changer le monde, d'apporter progrès et confort au plus grand nombre, de créer des milliers d'emplois, et cela dans un avenir visible. De nombreux acteurs dans le monde, et en particulier en France, œuvrent sans répit afin de réaliser cette vision.

4 Commentaires

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martinrépondre
28 mai 2010 à 20 h 56 min

Une remarque quand même sur cet éditorial. La robotique va « créer des milliers d’emplois ». Certes, mais elle va aussi, et c’est aussi son immense intérêt, en substituant la machine à l’homme partout où ce sera possible, supprimer une foultitude de tâches fastidieuses, pénibles ou dangereuses. Au total il me semble qu’elle devrait supprimer beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en créera. Qui pourrait s’en plaindre ? Qui peut regretter les journées de 12 ou 14 heures dans les usines de la fin du 19è siècle ? Une autre question est évidemment le bon emploi du temps libéré.

Yukirépondre
31 mai 2010 à 23 h 29 min

Big Ban Robotique
Très intéressant ! J’attedrai ce Big Ban Robotique !

Jean-Marcrépondre
17 juin 2012 à 11 h 38 min

Réponse
Je suis d’accord à 20 000% avec Jean-Christophe Baillie. Merci pour ce discours de bon sens et d’optimisme, bien qu’évidemment nous devons tous rester extrêmement prudents. Perso, j’ai reçu un gros choc émotionnel en écoutant Sebastian Thrun expliquer comment ils avaient gagné le 2ème DARPA Challenge avec Stanley (j’invite tout le monde à visionner cette video sur Google. Juste rafraîchissant et inspirant !). A tel point que cela m’a d’ailleurs convaincu de démissionner de mon taff d’ingé « lambda » (il y avait plein d’autres raisons aussi et notamment… ETHIQUES !!! Pas d’accord avec ces c*** de financiers qui ne comprennent « RIEN » à l’industrie, qui cassent « littéralement » la passion des gens avec des métriques nimportenawaks, un SCANDALE absolu qui perdure, et puis pourquoi le nier aussi, une énorme déception amoureuse. Voilà.). Bref j’ai tout lâché, repris des études (en angoissant un max sur mes capacités « réelles » en maths) mais ai tenu bon (après 5 ans d’inactivité totale sur ce plan et malgré une prépa plus que médiocre suivie d’une école « middle » on peut encore (et HEUREUSEMENT même, bien qu’à mon incroyable surprise !) comprendre des choses qu’on n’avait « littéralement » jamais « senties » auparavant, et ce pour des milliards de raisons (l’enseignement des maths en « prépa » me semble quand même un peu archaïque vu les formidables outils pédagogiques dont nous disposons aujourd’hui désormais (cf. Khan Academy, VideoLectures,… Il y aurait tellement à dire !) sans compter les avancées en psychologie (nous ne pouvons PLUS ne pas en tenir compte, la prépa « casse » tellement de gens, c’est fou ! Je ne parle même pas des collèges et lycées. S’inspirer un peu des US, par exemple, ça ferait pas de mal, franchement.)). Notre capacité d’adaptation est juste incroyable. J’ai tenu bon et obtenu une bourse de thèse en vision (Passionnant ! Merci à O. Faugeras, A. Zissermann, R. Hartley and all the others…). J’aurais pu faire une thèse en commande mais je sentais bien qu’il était stupide de faire de la commande si le modèle pondu par le capteur (une pauv’ webcam) était franchement pourri (surtout quand l’objet ET la caméra bougent 😀 !). C’est un bête verrou scientifique (qui, je pense, va très bientôt sauter ;D ! Good news 😀 !). Bref, tout ça pour dire que je suis convaincu, comme l’auteur, que le nombre de verrous scientifiques est aujourd’hui bien moindre que dans les années 80′. Il faut juste pouvoir tantôt remettre en cause les observations grâce aux représentation et tantôt remettre en cause les représentations grâce aux observations !!! Sans cela la robotique ne pourra jamais s’adapter au contexte ! C’est le problème de l’oeuf et de la poule. Le SLAM fait un peu ça mais il manque encore une THEORIE derrière (enfin à mon sens…). Il est bien possible que cela ait un gros rapport avec la quantique et bien d’autres choses très belles que nous ignorions tous encore (from grey/black science to white science donc !). Je ne peux rien démontrer à ce jour, j’en suis « juste » convaincu.

Bien à vous, et à tous les pionniers qui « captent » et qui sentent bien qu’ils va bien falloir « y aller » (sinon on passera sûrement pour de bons ploucos ;D!).

PS : Je partage parfaitement la remarque « archi » justifié de Yuki (j’ai vécu un plan social, j’y ai donc plus que réfléchi !). Il est évident que la robotique supprimera des millions et même des milliards d’emplois. NE SOYONS PAS DUPES ! La question est donc AUSSI SOCIALE ! Et ce à l’échelle mondiale !!! Nous ne pouvons pas rester dans un délire de geeks passionnés (qui reste louable en soi, je m’inclus bien évidemment !), indifférents aux souffrances infligées par la technique (discuter avec une caissière de ce qu’elle pense de la RFID, ou un chauffeur routier du DARPA Challenge et je peux vous assurer qu’ils ne seront pas super jouasses. Dans 80% des cas vous aurez aussi droit au couplet des illuminati itou itou… Bien qu’exagéré ceci n’est pas complètement faux en soi. Il suffit de se balader aux Bahamas ou dans n’importe quel coin friqué sur Terre et d’expérimenter la survie pendant 6 mois à 200 euros/mois (une épreuve digne de la sélection à l’X à mon humble avis ;D !) pour « capter », encore une fois…). Mon point de vue est utopiste mais raisonné. Si nous voulons « réellement » un climat mondial apaisé il faudrait bel et bien faire le REVENU D’EXISTENCE.

Le progrès a été créé et motivé par des gens qui aimaient l’humanité, et qui en avait marre de la voir souffrir stupidement. Son rôle N’est donc PAS d’engraisser une minorité de ploucs rentiers +/- ignorants (souvent après 1 ou 2 générations, le niveau est + de l’ordre du jeune con, fils à papa que de celui du fondateur qui a tout fait à la force du poignet et/ou de la ruse (j’y inclus toute forme d’intelligence, bien ou mal intentionnée !). Bon Ok, je caricature ! Aux US, grâce à la défiscalisation des fondations, les Hewlett, Packard, Gates, Buffet, etc. sont très fiers et/ou ont à coeur de réinvestir dans des centres de recherche médicaux, des systèmes de bourses pour les écoliers, etc. C’est ce que tout le monde devrait faire ! Je ne peux pas être juge de leur sincérité, bien évidemment. Mais, en un mot, le boom de la robotique doit aussi être l’avènement d’une forme de JUSTICE pour tous les êtres humains de cette p… de planète (avec certains paliers on est d’accord. Mettre un écart MIN/MAX des salaires allant de 1 à 20, ce n’est pas non plus du communisme bolchevik totalitaire. Faudrait pas déconner quand même ! N’en déplaise aux Big Boss du CAC qui soutiendraient le contraire ! Moi aussi je fais des heures de Ouf (et j’aime ce que je fais ! C’est une chance qu’une infime minorité de gens partage) et pourtant je me « contrefous » de ne gagner « que » 1371 euros/mois !

Ce qui change tout également, c’est la Free Software Foundation et GNU/Linux ! Sa naissance est directement liée à la gueule de bois que se sont pris les scientifiques hippies des années 60/70 qui espéraient voir l’informatique « libérer » le monde… Quand ils ont vu comment elle pouvait l' »asservir » pendant les années 80’s… Hmmm Hmmm… Merci encore mille fois à K. Thompson et tous les autres (mes pensées aussi à feu D Ritchie) qui n’ont pas tué Linux dans l’oeuf quand il apparaissait clair que la FSF allait prendre l’avantage avec l’association GNU/Linux. Lire et relire le débat (certes technique avant tout !) Tanenbaum–Torvalds révélateur sur bien des plans en 1992.

Voilà !

Sinon, désolé, je ne suis pas tout le temps comme ça (un garçon raisonnable plutôt ;D). Maintenant que je me suis bien lâché. Je me tais ! No soucaïe !!!

PPS : Le « n » ne marche pas pour les commentaires de ce site ? Dommage. Ca rend le post franchement dense… Mes excuses d’avance aux personnes importunées par la lecture de ce post donc :$.

Philippe08répondre
27 février 2015 à 9 h 03 min

Robotique

La robotique est d'ailleurs en train de s'emparer de l'impression 3D, je pense notamment à la production de drones, celle-ci ayant la capacité de produire des prototypes à moindre coût en répondant aux itérations. A l'inverse l'impression tridimensionnelle s'empare aussi de la robotique, à l'image de Zortrax qui a trouvé des applications industrielles à son imprimante.

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