« La diversification reste un principe fondamental »

Directeur général de HSBC Asset Management en France, Grégory Taillard (X92) revient sur les mutations de la gestion d’actifs, le rôle croissant de l’Asie et la place des ingénieurs dans cette activité. Entretien.
Comment se positionne aujourd’hui HSBC Asset Management en France dans un marché en pleine mutation ?
HSBC Asset Management est une société de gestion qui conçoit des solutions d’investissement pour ses clients à l’échelle mondiale. Elle met en relation les clients de HSBC avec des opportunités d’investissement à travers le monde grâce à un réseau international de bureaux implantés dans 20 pays et territoires, en combinant des capacités mondiales et une connaissance fine des marchés locaux. En France, nous gérons principalement des stratégies en euro : actions, obligations, monétaires, fonds diversifiés, épargne salariale ou immobilier. Nous donnons également accès à des expertises développées ailleurs dans le Groupe, notamment sur les marchés émergents, l’Asie ou les investissements alternatifs.
Ce qui caractérise aujourd’hui le marché, c’est une forme de polarisation. D’un côté, on observe une forte croissance des produits à faible marge, comme les ETF et la gestion passive. De l’autre, les investisseurs recherchent de plus en plus des solutions à forte valeur ajoutée : actifs privés, dette privée, infrastructures, actifs réels… Le private equity n’est plus qu’une composante d’un univers beaucoup plus large.
Assiste-t-on à une remise en cause de la gestion traditionnelle au profit des actifs privés ?
Non, je ne le crois pas. Il ne faut pas opposer actifs cotés et actifs privés. Ces classes d’actifs répondent à des besoins différents et sont complémentaires dans un portefeuille.
La diversification reste un principe fondamental. Historiquement déjà, la théorie financière montre qu’il est préférable de répartir ses investissements entre plusieurs classes d’actifs afin de limiter les risques et de profiter de moteurs de performance différents.
Ce qui change aujourd’hui, c’est surtout l’accessibilité des actifs privés. De nouveaux véhicules permettent désormais à davantage d’investisseurs d’y accéder. Mais cela suppose aussi une compréhension précise de ces classes d’actifs. Un actif privé est, par nature, moins liquide qu’un actif coté. Il faut donc adapter les horizons d’investissement et bien mesurer la proportion que l’on souhaite allouer à ces stratégies. Je pense qu’il est essentiel que les investisseurs comprennent ce qu’ils détiennent réellement dans leurs portefeuilles. Plus les produits se diversifient, plus le besoin de pédagogie augmente. Le rôle d’un asset manager est aussi d’accompagner cette compréhension du risque et de l’horizon de placement.
Vous évoquez souvent l’Asie comme une zone stratégique. Pourquoi ?
Parce que le centre de gravité de l’économie mondiale évolue. Historiquement, les investissements étaient très concentrés sur l’Europe et les États-Unis. Aujourd’hui, l’Asie prend une importance croissante dans les allocations internationales, notamment dans une logique de diversification.
“ L’Asie prend une importance croissante dans les allocations internationales.”
L’Europe a un rôle clé de passerelle pour connecter l’Occident et l’Asie, que ce soit pour les flux d’investissement, les partenariats ou la structuration de solutions adaptées aux besoins des clients. Elle représente aujourd’hui environ un cinquième des actifs sous gestion mondiaux selon une étude du Boston Consulting Group parue en 2025. On observe d’ailleurs des phénomènes de concentration dans l’industrie.
Les tailles critiques deviennent importantes, notamment pour absorber les coûts technologiques, réglementaires et opérationnels. Cela transforme progressivement le paysage européen de la gestion d’actifs. Pour HSBC, c’est évidemment un sujet majeur, puisque le groupe possède une implantation historique très forte en Asie. Cette présence nous donne une capacité particulière à comprendre ces marchés et à proposer des solutions adaptées à nos clients européens.
Quel rôle joue un gestionnaire d’actifs dans les grandes transformations économiques et environnementales ?
Notre rôle est celui d’un intermédiaire. Nous orientons l’épargne vers les besoins de financement de l’économie. Cela signifie analyser les risques, les perspectives de rendement et les attentes des investisseurs afin de proposer les solutions les plus adaptées. Lorsqu’il existe une demande des investisseurs pour financer certaines transformations, par exemple liées au développement durable, nous développons naturellement des stratégies permettant d’y répondre. L’Europe est d’ailleurs particulièrement avancée sur les sujets d’investissement responsable, notamment grâce à une forte demande des investisseurs institutionnels. C’est un élément structurant du marché européen aujourd’hui. Il faut néanmoins rappeler qu’un asset manager ne décide pas seul de ce qui doit être financé. Il agit dans le cadre des attentes exprimées par les investisseurs et des contraintes de risque-rendement associées aux projets. Notre responsabilité consiste à faire ce lien de la manière la plus transparente et la plus efficace possible.
Pourquoi les diplômés scientifiques, et notamment les polytechniciens, trouvent-ils aujourd’hui leur place dans l’asset management ?
Parce que la finance s’étend au-delà des modèles mathématiques. Bien sûr, les compétences quantitatives restent importantes, j’ai moi-même travaillé longtemps sur ces sujets, mais les métiers de la gestion d’actifs nécessitent aujourd’hui une compréhension globale des enjeux économiques, des risques et des transformations sectorielles. Les ingénieurs sont formés à analyser des systèmes complexes, à raisonner de manière rigoureuse et à appréhender des problématiques techniques. Ce sont des qualités extrêmement utiles dans notre métier.
Et puis, il y a aussi une dimension très concrète : nous sommes tous, d’une certaine manière, des investisseurs. Comprendre comment l’épargne est utilisée, ce qu’elle finance et quels risques elle porte est devenu essentiel. Je pense que les jeunes diplômés recherchent aussi davantage de sens dans leur activité professionnelle. Or, la finance, lorsqu’elle est bien comprise, permet de participer concrètement au financement de projets, d’entreprises et de transformations économiques majeures.
Qu’est-ce qui vous passionne encore dans ce secteur aujourd’hui ?
Le fait d’être au cœur du financement de l’économie réelle. Notre métier consiste à créer le lien entre ceux qui épargnent et ceux qui ont besoin de financement : entreprises, États, infrastructures, projets de transformation. L’enjeu est de le faire de la manière la plus efficace possible, avec une bonne compréhension du risque et des besoins de chacun. C’est cette fonction d’intermédiation qui rend le secteur particulièrement stimulant intellectuellement, et très utile économiquement. Et finalement, c’est aussi ce qui explique l’attractivité persistante de ces métiers auprès des profils scientifiques.
“ La finance est devenue un lieu où se croisent technologie, analyse quantitative, compréhension géopolitique, enjeux réglementaires et transformation durable de l’économie.”
La finance est devenue un lieu où se croisent technologie, analyse quantitative, compréhension géopolitique, enjeux réglementaires et transformation durable de l’économie. Pour des ingénieurs habitués à penser des systèmes complexes, c’est un terrain particulièrement stimulant.



