« La confiance devient l’infrastructure centrale de la finance »

« La confiance devient l’infrastructure centrale de la finance »

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Thierry GROUÈS

À l’heure de l’intelligence artificielle, de la blockchain et du cloud, il explique pourquoi la transformation de la finance dépasse désormais le seul cadre technologique. L’enjeu est désormais de bâtir une véritable infrastructure de confiance, fondée sur la gouvernance, la maîtrise de la donnée et la capacité à déployer l’innovation à grande échelle. Entretien avec Thierry Grouès, Partner KPMG, responsable Business Consulting Services Financiers.

Comment définir aujourd’hui une « infrastructure de confiance » dans la finance ?

Ce n’est plus uniquement une question de technologie. Une infrastructure de confiance repose sur trois piliers indissociables : la technologie, la gouvernance et le modèle opérationnel. La technologie permet de faire, la gouvernance de contrôler, et le modèle opérationnel de tenir dans la durée. La rupture est là : la confiance n’est plus un attribut du système financier, elle en devient une infrastructure critique et une réponse forte aux demandes des clients.

Les technologies comme l’IA, la blockchain ou le cloud renforcent-elles réellement la confiance ?

Effectivement, elles la renforcent autant qu’elles la fragilisent. L’IA améliore la détection et la décision, mais elle crée aussi de nouveaux risques : biais, opacité, attaques sophistiquées. On entre déjà dans un modèle « AI vs AI », comme disent certains. Quant à la blockchain, celle-ci renforce la traçabilité, mais elle ne remplace ni la confiance dans les actifs, ni celle dans les institutions. La technologie ne supprime pas le risque. Elle l’amplifie et le déplace. La confiance dépend donc moins des outils que de leur gouvernance.

Quel est aujourd’hui le principal frein à la transformation des institutions financières ?

Il n’est plus technologique, il est organisationnel. Les institutions ont les moyens techniques, mais restent limitées par des architectures héritées, des silos et une data fragmentée. Tout le monde sait expérimenter. Peu savent industrialiser. Le véritable enjeu est de faire fonctionner les innovations à l’échelle, dans un environnement régulé.

“ Dans un monde de plus en plus automatisé, la confiance n’est plus un avantage. Elle devient l’infrastructure centrale.” 

La réglementation peut-elle devenir un levier de confiance et un avantage compétitif ?

Oui, clairement. Dans un monde où les décisions deviennent de plus en plus automatisées, la capacité à démontrer que l’on maîtrise ses modèles devient différenciante. Les cadres réglementaires ne font pas que contraindre. Ils structurent la confiance nécessaire pour passer à l’échelle. Dans la finance, la confiance est une barrière à l’entrée. La réglementation peut donc devenir un actif stratégique.

Comment concilier vitesse d’innovation et exigences de sécurité ?

En cessant de les opposer. Dans un secteur régulé, la robustesse est une condition de l’agilité, pas son frein. Les acteurs les plus avancés intègrent le risque, la conformité et la sécurité dès la conception. La rupture est là : on ne peut plus innover puis sécuriser. Il faut faire les deux en parallèle.

La confiance des clients reste-t-elle attachée aux banques traditionnelles ?

Elle reste forte, mais elle évolue. Les banques conservent un avantage de crédibilité. Mais les fintechs ont redéfini les standards d’expérience : simplicité, instantanéité, fluidité. La confiance devient une combinaison de fiabilité structurelle et d’expérience vécue, et ce, dans la durée. Les acteurs qui réussiront seront ceux qui sauront aligner les deux.

Quel rôle joue la donnée dans cette nouvelle infrastructure de confiance ?

Un rôle central. Sans donnée fiable, pas d’IA fiable. Sans gouvernance de la donnée, pas de traçabilité. Et sans maîtrise de la donnée, pas de confiance durable. Aujourd’hui, beaucoup d’organisations veulent industrialiser l’IA sans avoir industrialisé leur data. C’est une inversion des priorités.

Blockchain et tokenisation : rupture de confiance ou transformation d’infrastructure ?

Transformation d’infrastructure, absolument. La tokenisation ne crée pas une nouvelle classe d’actifs. Elle transforme la manière de représenter, de transférer et d’administrer la valeur. Elle apporte de la traçabilité et de la programmabilité, mais ne remplace pas la confiance. Elle la redistribue entre acteurs, infrastructures et régulation.

Peut-on réellement faire de la blockchain une infrastructure de confiance ?

Oui, mais pas seule. La blockchain est une technologie puissante, mais elle ne remplace ni les règles, ni les institutions, ni la supervision. Comme cela a été rappelé récemment, elle est un support de confiance, pas un substitut. La confiance reste un construit économique, juridique et organisationnel.

Comment passer des expérimentations autour de l’IA à des déploiements à grande échelle ?

En changeant de logique. Il ne s’agit plus d’accumuler des cas d’usage, mais de les intégrer aux processus critiques. Cela suppose de fiabiliser la data, de structurer la gouvernance et d’embarquer les métiers. L’IA n’est plus un sujet d’innovation. C’est un sujet d’exécution industrielle.

“ L’IA n’est plus un sujet d’innovation. C’est un sujet d’exécution industrielle.” 

Un dernier mot ?

La finance est en train de changer de régime. Après une décennie d’expérimentations, elle entre dans une phase d’industrialisation. La technologie devient structurelle, mais ce n’est plus elle qui fera la différence. Ce qui différenciera les acteurs, c’est leur capacité à gouverner ces technologies, à les déployer à l’échelle… et à inspirer confiance. Dans un monde de plus en plus automatisé, la confiance n’est plus un avantage. Elle devient l’infrastructure centrale.  


KPMG, un acteur majeur de l’audit et du conseil

Présent dans plus de 140 pays, KPMG figure parmi les quatre plus grands réseaux mondiaux d’audit, de conseil et d’expertise comptable, aux côtés de Deloitte, EY et PwC. En France, le cabinet accompagne des entreprises de toutes tailles, des PME aux grands groupes, mais aussi des collectivités, des associations et des acteurs du secteur public.

Ses équipes interviennent notamment dans les domaines de l’audit financier, de l’expertise comptable, du conseil en stratégie, de la transformation des organisations, de la fiscalité, du droit, des ressources humaines et de la cybersécurité. Le réseau français compte plusieurs milliers de collaborateurs répartis dans de nombreux bureaux sur l’ensemble du territoire.

KPMG met également l’accent sur les enjeux de transition numérique, d’intelligence artificielle et de développement durable, en accompagnant les entreprises dans leurs transformations économiques, environnementales et réglementaires.

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