La Cenerentola de Rossini

La Cenerentola

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°738Par : Elīna Garanča, Metropolitan Opera de New York, Direction Maurizio BeniniRédacteur : Marc Darmon (83)Editeur : Deutsche Grammophon

Le conte de Perrault (puis de Grimm) Cendrillon a plusieurs fois été mis en musique. Reconnaissons ne pas vibrer à la version de Massenet, mais j’admets avoir un faible pour la musique de ballet que Prokofiev en a tirée, de la très grande musique qui offre le soutien à des chorégraphies qui peuvent être magnifiques (conseillons le DVD du ballet de Prokofiev à Zurich en 2003, production désopilante et poignante remarquablement filmée par Andy Sommer, chez l’éditeur Bel Air).

Mais il sera reconnu unanime-ment que le chef-d’œuvre musical que Cendrillon a inspiré est La Cenerentola de Rossini. D’une richesse au moins égale au fameux Barbier de Séville, La Cenerentola combine l’art du bel canto parfaitement maîtrisé par Rossini dans ses opéras sérieux (Moïse, La Donna del lago) et la cocasserie des airs et ensembles de ses opéras légers (Le Barbier, L’Italienne à AlgerLe Voyage à Reims…). 

Pour une fois, l’héroïne de Rossini n’est pas soprano mais mezzo-soprano. Les plus grandes mezzos s’y sont illustrées (Berganza, Baltsa…). La plus célèbre, Cecilia Bartoli, a incarné le rôle pendant près de trente ans, depuis ses débuts ; son compact disc de 1992 fait toujours référence, et le film avec Bartoli, réalisé à Houston en 1996, est très fortement conseillé (chez Decca).

Mais on a eu le coup de foudre pour cette production du Metropolitan Opera en mai 2009, projetée au cinéma en direct à l’époque, et depuis disponible en DVD. La mezzo-soprano lettone Elīna Garanča y était divine, sa voix est chaude, envoûtante, et pourtant d’une agilité indispensable pour survoler les pièges de vocalises dont Rossini a saupoudré le rôle. Elle nous saisit dès son premier air, alors qu’elle est encore sous l’esclavage de ses sœurs. Puis elle illumine à chacune de ses interventions, la salle est chaque fois prise d’émotion. Garanˇca ne chante désormais plus ce répertoire « léger », cette soirée a été sa dernière représentation de Rossini, mais ses enregistre-ments de Rossini nous restent.

On ne racontera pas l’histoire, naturellement, sauf pour préciser que la marâtre de Perrault est ici un beau-père, basse bouffe qui a magnifiquement inspiré Rossini, et que la fée marraine est ici le parrain du prince, véritable ange gardien de Cenerentola, un rôle sympathique mais musicalement plus ingrat. Et indiquons qu’une des cocasseries du livret est d’avoir fait se déguiser le prince et son valet pour intervertir leurs rôles sur les trois quarts de l’opéra. L’opéra est surtout fait d’ensembles, duos, trios, quatuors, plusieurs quintettes, dont celui au premier acte lancé par Garanˇca et qui est d’une rare émotion, et deux formidables sextuors.

Très beau disque, très bien filmé comme toujours au Met (encore plus beau en Blu-ray). Et il ne faut pas rater en bonus les interviews des artistes en coulisse par le grand Thomas Hampson, entretiens projetés à l’époque en direct pendant l’entracte. 

La CenerentolaElīna Garanča, Metropolitan Opera de New York, Direction Maurizio Benini
1 DVD ou Blu-ray Deutsche Grammophon 

Poster un commentaire