La Bataille de Gaulle / Bait / L’Objet du délit / Le Virtuose / L’Abandon

Father (Tereza Nvotova), Histoires parallèles (Asghar Farhadi), The Christophers (Steven Soderbergh) ? De quoi nourrir des conversations. The Plague (Charlie Polinger) ? Déplaisant. Mata (Rachel Lang) ? Sans intérêt. Une Année italienne (Laura Samani) ? Désolant de banalité. Disclosure Day (Steven Spielberg) ? À peine distrayant. La Vénus électrique (Pierre Salvadori) ? Très bon divertissement. L’être aimé (Rodrigo Sorogoyen) et Autofiction (Pedro Almodóvar) ? Deux passionnantes œuvres cinématographiques.
La Bataille de Gaulle – volet 1
Réalisateur : Antonin Baudry (X94) – 2 h 20
C’est bien… mais ce n’est ni tout à fait un film ni tout à fait réussi. L’aspect documentaire domine. Les obstacles rencontrés avec l’entourage de Churchill, Mers el Kebir, Dakar, Bir Hakeim (Magimel), très bien. L’extrême fragilité du parcours gaullien est clairement articulée. La trajectoire de Bonnier de la Chapelle, assassin de Darlan, dilue un peu l’intérêt. Le jeu de Simon Abkarian est excessif de rigidité. Il me semble dénaturer le personnage. Mais, pour des motifs mémoriels évidents, il faut aller voir le film. Avec l’espoir d’un meilleur deuxième volet.
Bait
Réalisateur : Mark Jenkin – 1 h 29
Austère et dur. Impressionnant. Un village de pêcheurs. Deux frères dont un veuf et son grand fils. Le choix de l’un d’ouvrir la porte au tourisme au détriment de la pêche. Croisières côtières. Et l’affrontement de l’autre aux occupants d’une résidence secondaire. Au bout, le drame. Minimaliste et fort, où l’épure des gestes et des silences dit beaucoup. Un film « à l’ancienne » (tourné en 2019 en noir et blanc, 16 mm, quelques rayures) qui se mérite. Beaux personnages. Belle interprétation, tendue, crédible.
L’Objet du délit
Réalisatrice : Agnès Jaoui – 2 h 13
Forcené(e)s de #metoo s’abstenir. Extrêmement réjouissant de bout en bout, le film se lit comme un avertissement amusé, bienveillant, compréhensif mais critique adressé au galvaudage de la notion d’agression sexuelle. Une histoire aussi de sensibilité générationnelle. Agnès Jaoui (61 ans) jette un regard plein d’ironie sur la réaction exacerbée aux masculinités tactiles qu’elle confie à Eye Haïdara (43 ans). Exploration de la délicate frontière entre le respectueux et l’irrespectueux, l’irrespectueux et l’insupportable, l’insupportable et le délictueux. Le problème est bien posé, l’observation est fine, le cas d’espèce montré invite à la modération malgré le quasi-drame. Les intégristes de l’attouchement seront furieux. Les autres riront beaucoup. Les acteurs sont excellents jusqu’au moindre second rôle (Auteuil très drôle en vieux séducteur apeuré, rongé par le passé). Très bien, lucide et intelligent.
Le Virtuose
Réalisateur : Daniel Roher – 1 h 49
Thriller solide, classique, bien construit, sans violence inutile. On pense un peu à Jacques Audiard, « De battre, mon cœur s’est arrêté » : une pianiste asiatique, des truands… mais c’est mettre la barre trop haut. L’hyperacousie du héros, accordeur de piano et gentil braqueur de coffres-forts « à l’oreille », renvoie à Antonin Baudry, « Le chant du loup ». Leo Woodall n’a pas le charme de François Civil mais porte bien son personnage. Un schéma narratif agréable, une mise en scène nette, des traits d’humour bien venus, un bouledogue et quelques invraisemblances, un délicieux numéro de Dustin Hoffman et Jean Reno en contre-emploi. Un très bon moment assuré.
L’Abandon
Réalisateur : Vincent Garenq – 1 h 40
Ce film poignant et qu’on souhaiterait utile ne le sera pas. Tout, toujours, recommence. Au départ, une erreur pédagogique réelle qui ne mérite qu’une engueulade de bon sens de l’autorité de tutelle. A l’arrivée, un drame épouvantable. Entre les deux ? Un microcosme musulman non représentatif mais factuel, une élève stupidement bornée, des parents surexcités absurdement solidaires de ses mensonges, le relais d’un faux imam intégriste et radicalisé, la pieuvre des réseaux sociaux, un jeune fanatique à la religiosité noyée de débilité criminelle et aveugle. En face, la médiocrité affligeante de l’environnement professionnel, le refus majoritaire et apeuré du soutien, le cumul des approximations policières et du manque de lucidité. Seule, la principale du collège – formidable incarnation d’Emmanuelle Bercot, parfaite – est à la hauteur de ses responsabilités. Tout le casting fait vivre avec talent ce monde navrant incapable d’anticiper le malheur pour y parer et seulement disponible pour les regrets, les « plus jamais ça », et les célébrations anniversaires.





