Juste une illusion / À voix basse / Vivaldi et moi / Sauvons les meubles / C’est quoi l’amour ? 

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°816 Juin 2026
Par Christian JEANBRAU (X63)

La Corde au cou de Gus Van Sant, médiocre, est une vraie déception. Dans Bagarre de Julien Royal, on rit beaucoup au milieu d’acteurs qui s’amusent, mais le plaisir est coupable eu égard au niveau intellectuel du spectacle. Pauline Clément, délicieuse et fondante, est le seul et unique atout du très mal ficelé Une Fille en or de Jean-Luc Gaget. Sukkwan Island de V. de Fontenay se laisse regarder, et Mi Amor de Guillaume Nicloux est raté malgré Benoît Magimel. 

Juste une illusion 

Réalisateurs : Olivier Nakache et Éric Toledano – 1 h 56

Excellente comédie, émouvante, variée, servie par de jeunes interprètes (Simon Boublil, Alexis Rosenstiehl) étonnants de naturel et de justesse, dominée par la précision d’interprétation autant que l’abattage impressionnant du binôme des « parents », Louis Garrel et Camille Cottin, que pimente Pierre Lottin, toujours exact tel qu’en lui-même. L’horlogerie du film fonctionne avec une régularité suisse dans la chaleur méditerranéenne de cette famille modeste de Juifs pieds-noirs rapatriés qui opposent à la galère des années 1980 une vigoureuse, inébranlable et attachante envie de vivre. Les gags, inventifs, colorés, touchants aussi, dont l’un même, inattendue lecture cryptopolitique du couple franco-allemand, confine au génie, s’enchaînent. Un album de souvenirs réinventés réjouissant, drôle, délicat. Une formidable réussite. 

À voix basse 

Réalisatrice : Leyla Bouzid – 1 h 53

Lilia est ingénieure. Et tunisienne. Elle vit en couple à Paris avec Alice. Le décès d’un oncle la ramène pour quelques jours « au pays », à Sousse. Alice est dans ses bagages. Amie et colocataire, officiellement. La mort de l’oncle, retrouvé dans la rue nu et inanimé, intrigue la police. Elle intrigue aussi Lilia. L’affaire se développe comme un thriller psychologique, avec en toile de fond le tabou tunisien de l’homosexualité (elle tombe sous le coup de la loi), qui se révèle une toile d’araignée où se prennent et se déprennent des destins contrariés. C’est richement construit, fin, nuancé, subtil, parfaitement joué. Un éclairage passionnant sur les rapports humains. Une image de la Tunisie au goût amer. Un très bon film.  

Vivaldi et moi 

Réalisateur : Damiano Michieletto – 1 h 51

Le XVIIIe siècle, Venise, l’Ospedale della Pietà où de jeunes filles abandonnées à la naissance sont cloîtrées et élevées en musiciennes abouties, puis valorisées à ce titre pour le plaisir de divers mécènes avant d’être négociées et vendues comme épouses à des notables fortunés. À la tête (pendant 40 ans) de cet ensemble musical de vierges qui fait la gloire de l’établissement, Antonio Vivaldi, ici bousculé par les dons au violon de Cecilia, l’une des jeunes pensionnaires. Le film, focalisé sur cet épisode, ne crée pas de véritable empathie à l’endroit de ces deux figures dominantes. Mais il s’impose par ses images et ses sons formellement magnifiques, magistralement « fictionné » dans son scénario et merveilleusement joué par la jeune et délicate Tecla Insolia. On le sentirait parfois proche du documentaire si les rebondissements qui en décident l’issue ne lui donnaient sa pleine dimension humaine et dramatique. 

Sauvons les meubles 

Réalisatrice : Catherine Cosme – 1 h 26

Immédiatement, le plus violent sentiment de véracité. On n’est pas spectateur, mais témoin embarqué. Tout fonctionne parfaitement dans ce tableau de groupe autour d’une mourante revêche au vieil époux dominé comiquement « à l’Ouest », tenancière dans un village du sud de la France d’une boutique de mode, dont le souci a asséché tout le potentiel de tendresse maternelle. Et très au-delà, pour sauver son commerce. Sa fille (formidable Vimala Pons, ici exceptionnelle), beau portrait, et son fils (Yoann Zimmer, attentif, juste et fin) découvrent dans une fraternité éclairante l’ampleur des dégâts. Les scènes s’enchaînent, construction lumineuse d’analyse psychologique. Les seconds rôles sont excellents. Bien. Très bien. 

C’est quoi l’amour ? 

Réalisateur : Fabien Gorgeart – 1 h 48

Comment faire annuler un mariage religieux dans l’espoir d’en contracter un autre ? Très bonne comédie de démariage pleine d’une utopie d’amours honnêtes partagées et de clins d’œil sur le couple, les familles recomposées, les ados qui débordent et les sentiments aussi, les avocats en déséquilibre, les curés qui « inquisitionnent » et un Pape de couleur. C’est très enlevé, intelligemment conçu, finement joué. Autour de Laure Calamy et de Vincent Macaigne, excellents, tout le casting pétille et s’amuse. On rêverait d’un monde ainsi repeint. 

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