Jean-Yves Lallemand (X62), chimiste, biologiste et créateur
Un bon nombre des lecteurs de La Jaune et la Rouge ont connu Jean-Yves Lallemand, professeur de chimie à l’École polytechnique de 1989 à l’an 2000 et décédé le 25 février 2026. Tous, à n’en pas douter, retiendront une personnalité franche, parfois tranchée, habitée par le virus de la recherche scientifique.
Né le 27 février 1943 dans un milieu bordelais marqué de culture pratique, technique et scientifique, Jean-Yves Lallemand s’est très jeune refusé à choisir entre le pratique et l’intellectuel. X de la promotion 1962, il appréciait autant de s’exercer au « Binet Radio » de l’École que de découvrir l’abstraction dans les amphis. Son goût des découvertes l’a conduit, à la sortie de l’École, à entreprendre une thèse de doctorat sous la direction du déjà célèbre Marc Julia sur la chimie de molécules organiques biologiques dans son laboratoire de l’ENSCP.
À la découverte de la RMN
Une technique d’étude des molécules, encore jeune dans les années 1970, la résonance magnétique nucléaire, qu’il allait perfectionner lors d’un séjour au Caltech à Pasadena en 1970-1971, était alors en pleine conquête des laboratoires de chimie. Devant cette situation, Jean-Yves allait faire merveille. Parmi ses nombreux résultats, citons simplement son étude de la mucoviscidose publiée avec Bayesté Leclaire en 2005. Il s’agissait d’abord d’identifier les liens entre cette maladie génétique et la molécule qui en était responsable – mais cela dépassait les capacités usuelles de la physicochimie. Grâce aux perfectionnements techniques et méthodologiques apportés à l’instrumentation, il a été possible de proposer une description du site moléculaire critique et une nouvelle stratégie thérapeutique pour vaincre cette terrible maladie. Belle relation entre l’obstination du chercheur et la victoire sur la maladie.
Création d’une fondation
En 1983, Jean-Yves déménage son laboratoire à l’X où il est nommé professeur de chimie en 1989. Parallèlement, il prend en main l’activité RMN de l’Institut de chimie des substances naturelles du CNRS localisé à Gif-sur-Yvette, puis est nommé directeur de cet institut en 2000. Cet institut était bénéficiaire des confortables redevances liées aux brevets CNRS des anticancéreux Taxotère et Navelbine, ce qui a permis une importante jouvence dans les équipements et la création de la plateforme IMAGIF ouverte vers l’extérieur. Pour pérenniser cette situation, Jean-Yves crée en 2006 la Fondation pour le développement de la chimie des substances naturelles et de ses applications, fondation aujourd’hui portée par l’Académie des sciences. Il quitte la direction de l’ICSN en 2008.
En parallèle, Jean-Yves a été consultant de plusieurs industries de la chimie (Rhône-Poulenc, Aventis, L’Oréal) ainsi qu’expert judiciaire sur l’affaire du Mediator. Il a été cofondateur de la start-up Anaconda et de l’Institut européen de chimie et biologie de Bordeaux. Les activités de recherche de Jean-Yves ont fait l’objet de plus de 300 publications, et donné naissance à une soixantaine de thèses d’État. Il a été éditeur du Bulletin de la société chimique de France, professeur invité à l’EPFL. Il a été élu à l’Académie des sciences en 1997. Personnalité dominante, d’un caractère exigeant pour lui comme pour les autres, Jean-Yves aimait s’emparer de causes difficiles, qu’il s’agisse du choix de ses sujets de recherche ou de l’organisation de ses partenariats. Tous lui reconnaissaient la profondeur et la sincérité de ses engagements. Il faisait l’objet d’une estime et d’un respect total.





