Jean-Pierre Pronost (X63)

Jean-Pierre Pronost (X63) figure clé du développement du TGV

Dossier : Trajectoires | Magazine N°806 Juin 2025
Par Jean-Marie METZLER (62)

Jean-Pierre Pronost a fait pratiquement toute sa carrière à la SNCF puis à RFF ; il est l’un des principaux artisans du déploiement des lignes TGV, rôle dans lequel ses talents d’ingénieur et de négociateur ont fait merveille.

 

Le parcours de Jean-Pierre Pronost est emblématique : né en 1943, fils d’enseignants, « monté » à Rennes depuis ses Côtes-du-Nord, y prépare l’X, entre à l’École en 1963, choisit l’ENPC comme application, puis la SNCF en 1970. Jean-Pierre suit d’abord le « parcours initiatique » de tout cadre technique de la SNCF : le terrain. Ce sera à Paray-le-Monial, où il prend en 1968 la responsabilité de l’établissement territorial chargé des infrastructures. Brigitte, son épouse, se souvient encore de la rudesse du climat morvandiau, avec leurs deux tout jeunes enfants, mais combien ce père savait être présent.

Du Morvan à Paris

Appelé à Paris au service régional Voies et Bâtiments à Paris, puis dès 1970 à la cellule « lignes nouvelles », il est chargé d’établir le « référentiel » des lignes prévues pour 300 km/h. Le gouvernement décide de la construction de la première, Paris-Lyon, en mars 1974. Le tracé se stabilise, impliquant une intense phase de concertations pour en arriver à la déclaration d’utilité publique de mars 1976. La SNCF entendait, par une conduite irréprochable de son exécution, convaincre l’opinion de la pertinence du projet.

Jean-Pierre est affecté en 1977 à la direction de la ligne nouvelle, particulièrement chargé des acquisitions foncières. Il sait alors gagner la confiance de ses interlocuteurs, élus locaux, exploitants agricoles du Charolais ou propriétaires des terres à blé de la Brie. La réalisation des lots d’infrastructure exige une coordination industrielle aussi « millimétrée » que la géométrie de la voie ferrée. Il faut beaucoup de talents pour combiner infrastructure, matériel roulant, marketing et commercial, et transporter maintenant à 320 km/h 160 millions de voyageurs par an. Le président de la SNCF lui-même, impressionné par cette solidarité, s’en est dit admiratif le lendemain du record de vitesse du 26 février 1981, à 380 km/h, sept mois avant la mise en service.

Lille à trois heures de Lyon

Jean Pierre passe à la gestion et la maintenance de l’infrastructure : région de Reims en 1982, puis en 1983 de l’ensemble des voies SNCF, avant de prendre en 1987 la responsabilité de la LGV Nord. Défi relevé, de construire 300 km en quatre ans, imposés par la date prévue d’ouverture du tunnel sous la Manche, 1994, avec des contraintes géographiques, géo­techniques et d’urbanisation spécifiques. Sa patience habilement convaincante réussira en effet à surmonter les obstacles semés par les opposants au tracé, en concédant la gare de Haute-Picardie aux tenants d’un tracé via Amiens, réglant avec les services ministériels et locaux le tracé délicat du triangle de Lille avec la nouvelle gare de Lille-Flandres. La construction du « barreau » d’interconnexion TGV (desservant Roissy) faisait partie de sa mission. Son calme respectueux des intérêts en présence fut gage de succès : Lille à 3 heures de Lyon…

Au milieu des années 90, des directives européennes obligent la SNCF à confier la gestion de l’infrastructure à une entité séparée, Réseau ferré de France (RFF). Jean-Pierre est appelé en 1997 au poste de directeur général délégué de RFF. Sa sérénité rigoureuse et bienveillante permettra d’apaiser bien des tensions entre RFF et SNCF.

La nécessité de disposer d’organes de certification indépendants des entreprises ferroviaires conduisait à la création d’orga­nismes nouveaux. Jean-Pierre aura été président de 2001 à 2009 de l’un d’entre eux, Certifer, terme de son parcours professionnel.

Jean-Pierre Pronost n’aura laissé partout que des amis, côtoyés au long de ses nombreuses activités professionnelles et associatives, désolés de son décès brutal survenu le 3 août 2024.

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