Jacques Offenbach : Les Contes d’Hoffmann
Le metteur en scène Laurent Pelly a réussi de nombreuses formidables productions d’Offenbach. On conseille en priorité les DVD dirigés par Marc Minkowski, trois désopilantes productions de La Belle Hélène, La Grande Duchesse de Gerolstein et Orphée aux Enfers avec déjà Natalie Dessay et Laurent Naouri. Musicalement remarquables (orchestre allégé conforme à la création, solistes magnifiques, dont notamment la grande Felicity Lott, Yann Beuron…), décors et costumes très travaillés et réalisations à mourir de rire.
Mais, pour le seul véritable opéra d’Offenbach, Laurent Pelly a également signé une véritable réussite en 2003 dans une coproduction entre l’Opéra de Lyon, l’Opéra de Lausanne, le Liceu de Barcelone et le San Francisco Opera. Nous sommes transportés à la fin du XIXe siècle, l’époque de la création de l’œuvre, avec membres bourgeois de club masculin, cours de physique de Charcot ou Pasteur, décors et costumes générant une atmosphère fantastique, parfois dans l’ambiance de Murnau du cinéma allemand du tout début du XXe siècle.
Cet opéra est inspiré de l’écrivain romantique et conteur E.T.A. Hoffmann (1776-1822), dont le sens du fantastique a inspiré Musset, Balzac (L’Élixir de longue vie), Edgar Poe, Andersen, Pouchkine, Gogol, et aussi Tchaïkovski (Casse-Noisette), Schumann (Kreisleriana entre autres), et ici Offenbach, le seul à avoir utilisé Hoffmann comme personnage.
Le livret s’inspire de nombreux ouvrages de Hoffmann à la fois, écrits autour de 1815, dont l’auteur n’est pas le héros contrairement à l’opéra. Dans ce livret apparaissent quatre jeunes filles (aux problèmes variés) et quatre sombres personnages. L’idéal serait un seul baryton-basse pour les quatre méchants et une seule chanteuse pour les trois héroïnes qui chantent. Ce n’est pas facile pour les sopranos, dont la tessiture et surtout le style d’écriture sont assez différents.
Dans cette reprise de 2013 filmée à Barcelone, la grande Natalie Dessay chante uniquement Antonia. Elle, qui a été la plus belle automate Olympia (vous trouverez sur YouTube ou en DVD de nombreux témoignages de son air de l’automate, tous recommandables), joue cette héroïne Antonia dont le métier est chanteuse et qui meurt parce qu’elle chante. Antonia dont le rôle est bien plus intéressant (car avec plusieurs airs et duos) qu’Olympia, à l’air célèbre certes mais à l’intérêt dramatique limité. C’était d’ailleurs l’époque de la carrière de Natalie Dessay où elle passait de magnifique chanteuse colorature (reine de la nuit, Zerbinette, Olympia…) à grande soprano, avec La Traviata, Lucia de Lamermoor, et cette Antonia, dont par exemple le bel air « elle a fui la tourterelle » est remarquablement touchant.
Laurent Naouri est splendide dans le quadruple rôle de méchant, Lindorf-Coppélius-Miracle-Dappertutto. Sa voix est chaude et sombre, son jeu intense, son regard ténébreux. C’est désormais le DVD avec lequel je fais des démonstrations de ce grand artiste à mes amis.
Le ténor américain Michael Spyre, grand ténor berlozien aussi, à la diction parfaite et doté d’un engagement scénique exceptionnel, est excellent également pour ses airs, dont la fameuse
Légende de Kleinzach.
Le chef Stéphane Denève, dont l’orchestre est très bien enregistré, dirige une partition la plus proche possible des intentions du compositeur, détail important car les différentes versions publiées peuvent être très différentes les unes des autres.
L’opéra, très dramatique, est aussi truffé de tubes, tels que les airs d’Olympia et d’Antonia déjà cités, ou la Chanson de Kleinzach, mais aussi la fameuse Barcarolle (chanson de gondolier) qui ouvre le troisième acte à Venise (pourtant tirée d’une pièce préexistante illustrant les sorcières du Rhin !). Un très beau spectacle.
Natalie Dessay, Michael Spyres, Laurent Naouri, Liceu de Barcelone, dir. Stéphane Denève
2 DVD ou 1 Blu Ray Erato





