Jacques Bouttes (X52) scientifique et homme de passions

Jacques Bouttes (X52), scientifique et homme de passions 

Dossier : Trajectoires | Magazine N°816 Juin 2026
Par Hubert JACQUET (64)

Décédé le 11 décembre 2025, Jacques Bouttes fut un homme de passions. Celle de la science et de la technique au service de l’aéronautique et du spatial de la France ; celle de la transmission des savoirs par l’enseignement, les publications et les échanges ; et enfin celle des autres, de son épouse et de sa famille.

Né le 28 mai 1932 à Hénin-Beaumont, Jacques est le fils d’un ingénieur des Houillères. Ses ascendants sont des vignerons de l’Hérault qui, grâce à l’école républicaine, vont devenir enseignants, ingénieurs et scientifiques. Il fait ses études au lycée de Douai, au lycée Saint-Louis à Paris, à l’X, et enfin à SupAéro, en tant qu’ingénieur militaire de l’Air, un choix qui répond à son goût pour la science et la technique au service de la nation.

Convaincu que la science et la technique doivent s’appuyer sur le réel, il est d’abord pilote de chasse pour toucher du doigt le réel et s’engage à l’Onera où il va travailler avec Pierre Contensou (X32), et plus tard avec Jean-Jacques Dordain. Il s’impose vite comme un acteur majeur du développement aéronautique et spatial français en rapprochant la science fondamentale de ses applications industrielles, convaincu que le progrès naît de ce dialogue fécond. Il imagine et teste des systèmes innovants concernant la mécanique du vol. En 1983, il entre au service de l’industrie, d’abord comme directeur général puis président d’un équipementier aéronautique, la société ABG Semca, puis pendant quinze ans au sein d’Intertechnique, d’abord comme directeur délégué pour l’armement, puis comme directeur général adjoint. À sa retraite en 1992, il devient consultant.

Le goût de la transmission

Mais Jacques ne se limitait pas à une seule voie. Sa vie fut multiple, à l’image de son esprit. Enseignant passionné, il forma des générations d’élèves, notamment à l’X où il enseigna la mécanique pendant près de trente ans.

Directeur de l’Estaca, il œuvra avec détermination à la formation d’ingénieurs ouverts sur le monde et attentifs aux enjeux contemporains. Il donna également des cours à l’École supérieure de guerre, à SupAéro et à l’Université Pierre-et-Marie-Curie. Son souci de transmettre s’exprimait aussi dans ses nombreuses publications techniques et scientifiques, notamment en mécanique des fluides (éditions Ellipses), ses articles sur la formation des ingénieurs ou sa participation à un livre sur l’histoire de l’École polytechnique.

Membre de l’Académie de l’air et de l’espace et convaincu que le débat était un bon instrument de formation, il s’associa à Jean Delacarte (X47) pour mettre sur pied en 2008 les Entretiens de Toulouse, qui réunissent chaque année des acteurs du monde aéronautique et spatial.

L’ascenseur social, raison d’être de l’X

Celui qui présida l’AX de 1982 à 1986 n’oubliait pas de rappeler que « l’ascenseur social est une des raisons d’être de l’X ». C’est pourquoi, au lendemain du bicentenaire de l’École, il créa le groupe X Action avec pour mission d’ouvrir les filières scientifiques et d’ingénieurs à des jeunes de milieux défavorisés et ce, en association avec Tremplin et l’Institut Paul Delouvrier, et aussi avec l’aide précieuse de la grande chancellerie de la Légion d’honneur. Soucieux de mettre lui-même la main à la pâte, il donna des cours de soutien au lycée Colbert.

Enfin, dans l’hommage qu’il a rendu à son père lors de ses funérailles, son fils Jean-Paul a rappelé que Jacques Bouttes était animé d’une foi profonde orientée vers l’action, qui le poussait à être toujours présent face aux difficultés de ses proches et de ses amis. À la fin de sa vie, le plus important encore pour lui, c’était d’avoir des nouvelles de sa famille, de ses amis, et surtout de poursuivre ce chemin spirituel qu’il a pu mener jusqu’à ses derniers moments. 

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