Nicolas Kert : « Remake : l’innovation au service d’un immobilier d’épargne plus transparent et plus agile  

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Nicolas KERT

Après plus de vingt ans dans les plus grandes institutions financières, Nicolas Kert a choisi l’entrepreneuriat. En 2021, il cofonde Remake Asset Management, une société de gestion indépendante qui a rapidement trouvé sa place dans l’univers concurrentiel des fonds immobiliers. Portée par une culture d’innovation et un sens aigu de la rigueur réglementaire, Remake gère aujourd’hui près d’un milliard d’euros d’actifs. Rencontre avec un entrepreneur qui incarne une nouvelle génération de la gestion d’actifs.

Vous avez eu une longue carrière dans la gestion d’actifs avant de créer Remake. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?

J’ai passé plus de vingt ans dans la gestion immobilière, d’abord dans des environnements institutionnels — chez Amundi ou Swiss Life Asset Management — puis ai pris la direction d’une société de gestion plus petite, mais aussi plus agile. J’ai découvert dans les grandes sociétés les forces et les limites habituelles : la rigueur, la conformité, la puissance de feu… mais aussi la lenteur, les hiérarchies, et parfois une forme d’inertie face à l’innovation. À un moment, on a envie de proposer ses propres idées, de décider plus vite et d’assumer pleinement ses choix. Avec mon associé David Seksig, nous avons eu envie de bâtir une maison de gestion à notre image : exigeante, indépendante et réactive.

Créer une société de gestion agréée par l’AMF n’a rien d’une aventure légère. Comment avez-vous structuré ce lancement ?

Monter une société de gestion, c’est d’abord répondre à un cadre réglementaire très strict : fonds propres, gouvernance, conformité, dispositifs de contrôle… Nous avons choisi de créer d’emblée une structure solide, avec un capital solide, un tour de table aidant, et une équipe expérimentée. Cinq directeurs associés nous ont rejoints, chacun avec une expertise clé : la gestion et l’investissement bien sûr, mais aussi les opérations, la distribution et le marketing. Ce socle nous a permis d’obtenir notre agrément fin 2021 et de lancer notre premier fonds dès février 2022 — un moment pour le moins mouvementé, entre guerre en Ukraine, inflation et remontée brutale des taux.

Lancer un fonds immobilier au début d’une crise : un pari risqué ?

Un pari, oui, mais un pari lucide. Nous sommes partis au moment où le marché se retournait, alors que beaucoup d’acteurs historiques étaient à l’arrêt, empêtrés dans leurs problèmes de performance et de liquidité. Cela a créé des opportunités : des actifs moins chers, moins de concurrence, et une demande encore forte pour des produits simples, transparents, lisibles. Le timing était contre-intuitif, mais finalement excellent. 

Deux ans plus tard, nous gérons près d’un milliard d’euros d’actifs et notre premier fonds a dépassé les 800 millions d’euros de collecte. Il y a bien sûr eu une part de chance, mais aussi une conviction : dans les crises, les acteurs agiles gagnent des parts de marché.

Vous insistez souvent sur la rigueur réglementaire. Pourquoi cet aspect est-il central à vos yeux ?

Parce qu’on gère l’épargne de milliers d’épargnants. Dans notre métier, la conformité n’est pas une contrainte administrative, c’est une garantie de pérennité. Une société de gestion doit se protéger de tout risque de blanchiment, de conflit d’intérêts, de défaillance opérationnelle. Chez Remake, la conformité est intégrée au cœur du modèle : nous y consacrons plus de 10 % de nos dépenses. Mais c’est aussi ce qui permet d’aller vite sans se mettre en danger. Nous avons appris, dans les grandes institutions, à allier rigueur et y ajoutons l’agilité — c’est l’un des ADN de Remake.

Qu’est-ce qui différencie Remake de la multitude de nouvelles sociétés de gestion apparues ces dernières années ?

Notre différence, c’est notre double culture : issue des grandes maisons et entrepreneuriale. Nous connaissons les exigences de l’AMF, des assureurs, des distributeurs, mais nous avons la liberté d’innover sans lourdeur. Nous avons été parmi les premiers à lancer des SCPI sans frais d’entrée, un modèle plus adapté pour l’épargnant lorsque le fonds est ouvert.
Nous avons aussi conçu des fonds immobiliers fermés thématiques, inspirés des fonds datés obligataires : ils permettent d’investir sur un cycle précis — sept ans, par exemple — et dans un territoire donné, comme le Royaume-Uni. Ce n’est pas une innovation technologique, mais une innovation d’usage : repenser l’existant pour l’adapter au comportement réel des investisseurs.

Votre premier fonds a connu un démarrage spectaculaire. Comment expliquez-vous cette traction ?

Le contexte nous a aidés, mais il fallait être prêts. Quand nous avons lancé Remake Live, les SCPI historiques faisaient face à une double difficulté : la baisse des valeurs d’expertise et un ralentissement brutal de la collecte, synonyme d’illiquidité. Dans le même temps, notre modèle sans frais d’entrée répondait à une attente forte des assureurs et des épargnants grâce à une meilleure intégration en unités de compte. Trois assureurs majeurs ont adhéré à cette logique dès le départ, tout comme plusieurs distributeurs de référence qui ont accompagné la mise sur le marché. Cela nous a permis d’obtenir très vite les bons référencements et d’amorcer une collecte soutenue.

Et puis le timing a compté : le marché immobilier redevenait attractif en termes de prix, offrant un point d’entrée idéal pour construire la performance.

Mais une fois la curiosité passée, il ne reste qu’un critère qui compte : la performance, la performance, et encore la performance. C’est elle qui installe durablement la confiance.

L’innovation, dans votre cas, ne semble pas se limiter au produit. Est-ce aussi une culture interne ?

L’innovation, ce n’est pas un slogan, c’est une posture. Dans une jeune société, tout est à inventer : les outils, les processus, les rapports aux partenaires. Nous avons une organisation horizontale, une trentaine de collaborateurs, tous impliqués dans la construction du modèle. Nous favorisons la circulation des idées et la responsabilité individuelle. L’objectif, c’est que Remake reste une entreprise vivante, pas un paquebot.

Votre parcours montre une certaine continuité entre les grands groupes et la start-up. Qu’avez-vous conservé de ces deux mondes ?

Des grands groupes, j’ai gardé la rigueur, le respect des procédures, le sens du risque mesuré. De l’entrepreneuriat, j’ai découvert le goût de la vitesse, le plaisir d’agir sans attendre l’aval d’un comité. Les deux univers s’enrichissent mutuellement. L’un apporte la structure, l’autre, l’audace. Le vrai défi, c’est de conserver cet équilibre : ne pas devenir une start-up désordonnée, ni une institution figée.

Quels sont aujourd’hui vos axes de développement ?

Nous avons deux horizons. Le premier, c’est l’élargissement de notre gamme : après la SCPI Remake Live, nous lançons des fonds fermés à thématique européenne, avec un horizon de sept ans, destinés à capter les meilleurs cycles d’investissement. Le second, c’est l’ouverture internationale. La réforme du régime ELTIF 2 (European Long-Term Investment Fund) va permettre aux sociétés de gestion françaises de distribuer leurs fonds dans toute l’Union européenne. C’est une évolution majeure : elle ouvre la voie à une vraie mutualisation européenne de l’épargne non cotée, mais aussi la porte à une concurrence étrangère redoutable. Notre ambition est de devenir un acteur européen de l’épargne immobilière pour les clients privés, tout en restant fidèles à notre culture d’entreprise.


“Le succès n’est jamais un objectif en soi. 
C’est la récompense naturelle de la sincérité entrepreneuriale.” 

Vous avez mentionné l’importance des talents. Quels profils recherchez-vous aujourd’hui ?

Nous sommes une entreprise en croissance rapide, donc les opportunités sont nombreuses et les secteurs dans lesquels nous prospectons larges : gestion d’actifs, conformité, développement international, dette, private equity…
Nous cherchons des personnes qui partagent notre esprit entrepreneurial et notre exigence, et qui pensent pouvoir apporter une expertise pour élargir notre champ d’activité, avec comme point d’horizon permanent, le client privé. Chez Remake, on ne vient pas « exécuter », on vient construire. Nous sommes particulièrement attentifs aux jeunes ingénieurs, dont la formation analytique et la rigueur scientifique s’accordent bien avec les enjeux de la gestion d’actifs.

Enfin, comment définiriez-vous votre philosophie d’entrepreneur ?

Entreprendre, c’est d’abord remettre en question les certitudes. Ce n’est pas un acte d’orgueil, c’est une curiosité : comprendre pourquoi on fait les choses, et si l’on peut les faire autrement. Dans la gestion d’actifs, il y a parfois trop de mimétisme. Chez Remake, nous voulons garder la liberté d’inventer, d’ajuster, d’oser. Le succès n’est pas la finalité : c’est la conséquence d’un projet qu’on porte sincèrement.  

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